I. Raymond et P. Janet, Névroses et idées fixes, H, p
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n'aurez plus d'obsession. Bien fies malades sont obsédés jusqu'à ne plus j)ouvoir rien faire cl ils ne restent que trop indiileients à leur obsession. »
D'autres auteurs ont aussi présenté des critiques contre cette r.^stauration un peu simpliste des anciennes théories émotionnelles. MM. Yasiiiide et Marchand, dans une étude expérimentale sur un cas d'érevitophobie, ont bien constaté un certain nombre de modi ' ( ations viscérales en rapport avec l'angoisse. Ces modifications S!)nt, il faut en convenir, assez vagues et assez banales, comme nous avons essayé de le montrer en étudiant les symptômes de l'an- "oisse. Les auteurs font justement observer que ces modifications sont bien loin de précéder ou de déterminer les troubles mentaux. Le sujet accuse d'abord la conscience du trouble intellectuel et du sentiment psychologique, la réapparition de son obsession et de sa phobie, puis un certain temps après les graphiques accusent quelques modifications circulatoires et respiratoires. Aussi MM. Vaschide et Marchand concluent-ils ainsi : « L'idéation du sujet provoque une association qui, à son tour, suggère une émotion d'attente, d'anxiété et d'angoisse et les phénomènes neuro-vasculaires ne sont nullement la source de ces changements intellectuels ou émotifs..., il faut encore ajouter que l'obsession de la peur de rougir est bien loin d'être liée avec une coloration spéciale du visage,. le phénomène qui prédomine est bien un élément purement émotionnel, un état pour ainsi dire intellectuel*... »
Dans une étude sur le même phénomène de l'éreùtophobie, M.Claparède (de Genève) reproduit les objections de MM. Vaschide et Marchand. 11 insiste sur une remarque déjà faite par M. Régnier que la rougeur du visage ne produit pas d'angoisse si l'intelligence du malade « n'est pas sulïïsamment développée pour avoir souci de l'opinion d'autrui et de ses remarques à cet égard ^ ». Après avoir remarqué que suivant les cas le trouble vasculairc peut précéder quelquefois depuis longtemps ou suivre le trouble moral, il ajoute : « Ce n'est pas la rougeur comme telle qui provoque cette honte, mais c'est la rougeur en tant qu'elle est une infirmité, en tant qu'elle attire l'attention du public sur celui qui y est sujet »
I. Vaschide et Marcfiand, Un cas d'éreutophobie. Revue de Psychiatrie, juillet
a. Régnier, De l'éreùtophobie. Thèse de Bordeaux, 1896, p. 53.
et il se montre disposé à rattacher, comme je lavais proposé dans mon étude publiée par la Re^'ue philosophique, l'éreutophobie aux maladies des scrupules, à la honte de soi-même'.
Enfin, dans une étude présentée au congrès des aliénistes et neurologistes de Limoges en 1901, M. Arnaud a de nouveau discuté l'interprétation émotionnelle des obsessions et surtout la théorie périphérique qui les rattache exclusivement à des modifications viscérales et vaso-motrices essentiellement périphériques. « i" Cette théorie, dit-il, attache à l'expression émotive et aux modifications périphériques, une importance vraiment excessive. L'expression émotive est loin d'être toujours adéquate à l'émotion ressentie dans la conscience, il v a dans l'émotion totale une part considérable à faire aux idées, à la brusque perception du trouble de notre existence, ce qu'on appelle affectivité n'a pas d'existence distincte mais fait partie intégrante de l'état psychique. 2° Cette théorie n'explique qu'une partie de la maladie des obsessions, l'accès émotif. Cet accès émotif est un incident important sans doute, mais passager. L'état obsédant qui persiste en dehors des crises ne peut être expliqué par l'émotion, phénomène brusque et passager. L'anxiété des obsédés est surtout cérébrale, intellectuelle, il y a un grand nombre d'obsessions intellectuelles dans lesquelles ne se retrouve pas linfluence d'une tendance organique ni d'un trouble vaso-moteur ^ »
Ces critiques m'ont intéressé. En effet, quoique disposé, comme je l'ai dit, à admettre dans ses grandes lignes l'interprétation présentée au congrès de Moscou, j'avais fait depuis longtemps en observant les malades des réflexions analogues. La théorie émotionnelle qui consiste k expliquer et à définir l'obsession par l'angoisse et par l'émotion me semble, malgré les services qu'elle a rendus, devoir être provisoire : elle me semble trop vague, trop générale et en même temps trop restreinte".
Cette théorie est nécessairement très vague, non par la faute de ses auteurs, mais à cause des ignorances de la psychologie sur la nature des émotions. Est-il un concept plus vague que celui de l'émotion en général et que celui de l'émotivité ? Les émotions-
I. Claparède (Genève), L'obsession de la roiiireur. Archives de Psychologie de la Suisse romande, avril iÇ|02, p. SaS.
a. F.-L. Arnaud (de Vanves), Sur la théorie de l'obsession. Archives de neurovrjie, 1903, I, p. 257.
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chocs et les émotions-sentiments ne sont pas du tout de la même nature, veut-on rattacher l'obsession à des émotions analogues à la surprise, à la colère ou à des émotions analogues à l'amour, à la honte : ce seront en réalité des théories absolument difFérentes. Il est bien évident que si on persiste à prendre le mot « émotion » dans un sens absolument vague, si on désigne par ce mot tous les troubles imaginables des sentiments, de la volonté, de la conscience personnelle, aucune discussion n'est possible et, du moment que l'on n'admet pas une théorie purement intellectuelle, on se rattache forcément à ces théories émotionnelles. Mais cela revient à peu près à supprimer toute explication.
Très justement MM. Pitres et Régis ont voulu préciser la conception de l'émotion en rappelant la théorie célèbre et déjà ancienne de Lange et de James et en affirmant très brièvement que « l'émotion est la conscience d^s variations neuro-vasculaires '. » Ajoutons pour être plus complet le rôle des modifications cardiaques, respiratoires, digestives, et nousdirons que l'émotion estalors comprise comme la consciencede certaines modifications viscérales qui accompagnent quelquefois les phénomènes de conscience.
Sans doute il serait facile de discuter la théorie de l'émotion donnée par Lange et James et de démontrer qu'il y a dans l'émotion véritable quelque chose de spécial, de psychologique, au moins de cérébral qui précède et qui détermine les réactions respiratoires et vasculaires. Mais pour l'étude présente cette discussion générale de la thèse de James a peu d'importance. L'angoisse, l'émotion entendue, si l'on veut, comme la conscience en retour de ces réactions viscérales peut-elle précéder, déterminer et par conséquent expliquer tous les phénomènes observés chez les psychasthéniques d'une façon suffisamment précise pour caractériser cette affection et la distinguer des autres, c'est là toute la question que nous avons à considérer.
Même ainsi précisée la théorie émotionnelle me paraît rester encore beaucoup trop vague et ne pas caractériser le phénomène qu'elle se propose de définir. Si l'émotion ne consiste que dans les palpitations de cœur, les respirations irrégulières, les boulTées de rougeur, elle va se retrouver exactement la même dans les émotions normales et dans les obsessions pathologiques. Un homme en colère présente des palpitations, de la rougeur, de la po-