‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 229 sur 380 · LA HIÉRARCHIE DES PHÉNOMÈNES PSYCHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

LA HIÉRARCHIE DES PHÉNOMÈNES PSYCHOLOGIQUES

chasthéniques, va nous permettre de compléter ces recherches sur là hiérarchie des phénomènes psychologiques.

Si nous faisons cet examen d'après les longues observations précédentes, il nous faudra placer au premier degré, comme l'opération mentale la plus difficile puisque c'est elle qui disparaît le plus vite et le plus souvent, la fonction du réel. Cette fonction, qu'on a peu l'habitude de distinguer des autres et que nous avons fait connaître en résumant les insuflîsances psychologiques, consiste dans l'appréhension de la réalité sous toutes ses formes. Elle constitue « cette attention à la vie présente » dont parle M. Bergson dans un livre de métaphysique qui semble souvent prévoir ces observations psychologiques*. Voilà ce qui semble l'opération mentale la plus pai laite et celle que tous les obsédés perdent dès le début de leur maladie.

La première forme de cette fonction du réel, c'est l'action qui nous permet d'agir sur les objets extérieurs et de métamorphoser la réalité. Cette action volontaire présente elle-même diflerents degrés de dilTiculté. Au point de vue de son objet, il semble qu'elle devient plus ditllcile quand elle est sociale, quand elle doit s'exercer non seulement sur le milieu physique, mais encore sur le milieu social dans lequel nous sommes plongés-

Elle est aussi difficile quand elle est professionnelle, c'est-àdire quand il s'agit des actes d'un métier pratique, qui doit réellement aboutir à construire des choses précises, qui doit satisfaire une clientèle exigeante, qui doit réellement nous faire gagner notre vie. L'action intéressée, c'est-à-dire l'action la plus réelle pour nous et pour les autres, semble celle qui exige le plus d'efForts et celle qui disparait la première.

Au point de vue de sa forme, l'action est d'autant plus difficile, comme je l'ai montré autrefois, qu'elle est plus nouvelle et qu'elle demande davantage une nouvelle adaptation à des circonstances qui ont changé'. « Rien ne me rend malheureuse et malade, dit Voz..., comme la nécessité d'avoir à prendre une décision nouvelle. » L'action est aussi difficile quand elle doit avoir à nos yeux le caractère de liberté et de personnalité, c'est-à-dire quand la syn-

I. Bergson, Matière et mémoire, 1896 (Paris, F. Alcan), p. 190. a. i\'éi\rn.-iett el Idées fixes, I, p. 11.

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thèse mentale qui la détermine doit se tiouvcr en accord avec la plupart de nos tendances principales nettement coordonnées, en un mot quand l'action doit être coordonnée 'non seulement avec les données du monde extérieur mais encore avec l'ensemble de notre personnalité. A un degré un peu inférieur nous trouvons de la didiculté dans l'achèvement, la terminaison complète d'une action commencé, dans la rapidité, la précision, l'énergie, la résistance aux influences étrangères, qui doivent se trouver dans certaines actions volontaires.

Enfin, nous avons vu que bien souvent le fait de s'endormir volontairement était un acte et un acte difficile. Nous sommes conduits à placer cet acte du sommeil et celui du réveil à une certaine hauteur dans cette hiérarchie, immédiatement après les actes volontaires accompagnés du sentiment de personnalité et de liberté.

Ce qui nous détermine à placer au premier rang dans cette hiérarchie l'action volontaire qui modifie réellement le monde donné c'est que nous avons vu cette action constamment troublée chez bien des malades et dès le début. L'indolence, la paresse, l'irrésolution, la lenteur des actes, les retards, la faiblesse des efforts, le désordre, la maladresse, l'inachèvement, l'absence de résistance, le misonéisme, la continuation indéfinie caractérisent bien les psychasthéniques. La timidité excessive, l'aboulie professionnelle, les inhibitions, les arrêts, les fatigues insurmontables, les inerties complètes surviennent à un bien plus grand degré chez ceux qui ont des obsessions ou qui vont en avoir et augmentent surtout dans la période qui précède les crises d'agitation forcée et que nous avons comparée à une aura.

Dans la même fonction du réel, mais peut-être h un degré un peu inférieur à celui de l'action volontaire, nous trouvons l'attention qui nous permet de percevoir les choses réelles. Son degré le plus élevé toujours au point de vue de nos malades et par conséquent le plus fragile, c'est l'opération qui nous donne la notion du réel, c'est-à-dire qui détermine la certitude et la croyance. Saisir une perception ou une idée avec le sentiment que c'est bien le réel, c'est-à-dire coordonner autour de cette perception toutes nos tendances, toutes nos activités, c'est l'œuvre parfaite de l'attention.

Une ancienne conception philosophique, qui remonte à Spinoza et à Hume, qui a été admise par Spencer et par Tainc, c'est

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