LA [IIÉRARGHIE DES PHÉNOMÈNES PSYCHOLOGIQUES
;ue la crovance accompagne toujours l'idée, que le cloute résulte liquemeut de la lutte entre plusieurs représentations également aires. Cette conception a été combattue par bien des philosophes ^ui lui opposaient la pensée de Descartes sur le rôle de la volonté dans l'aflGrmation et dans l'erreur. M. Brochard, dans sa thèse sur l'erreur, dans ses articles sur la croyance etla volonté, estl'un de ceux qui ont le mieux montré cette distinction nécessaire entre la crovance et la pensée proprement dite, « autre chose est, dit-il très bien, la nécessité de penser ou de lier des idées, autre chose la nécessité de croire, c'est-à-dire de poser comme vraies absolument les synthèses que l'esprit ne peut pas rompre; à la rigueur on peut 'comprendre une vérité géométrique et ne pas y croire \ » M. Gayte dans son livre sur la croyance décrit ainsi le sceptique : « C'est une intelligence toujours en mouvement qui demande à la pensée elle-même une décision qu'elle ne saurait lui donner. Il ne s'attache à aucune théorie parce qu'il ne sait pas vouloir, il délibère toujours parce qu'il est incapable d'arrêter sa pensée par un acte, il ne la domine pas, il se laisse dominer par elle'. » Parmi les travaux plus récents dans le même sens, je signale ceux de M. W. Jérusalem', ceux de M. A.-J. Balfour^qui insistent « sur les causes non rationnelles de la croyance )> et le livre de M. W. James ^.
Ces théories philosophiques semblent être le résumé de l'observation de nos malades. Certainement, dirons-nous avec M. Brochard, on peut penser et ne pas croire, puisque nous voyons tant de sujets qui perçoivent très bien, qui raisonnent admirablement et qui ne peuvent pas arriver à croire. Il faut se rendre bien compte de ce fait que la croyance est un degré d'activité cérébrale au-dessus de la simple intelligence. Dans la hiérarchie que nous établissons, la croyance fait partie des fonctions du réel et occupe un rang élevé à côté des opérations volontaires.
En dessous de cette opération de croyance à l'existence réelle des objets, l'attention trouve encore des diflficultés moins graves peut-être dans la perception d'objets nouveaux, dans la complexité du spectacle offert à nos sens, dans la clarté qu'il faut
1. Brochard, Croyance et volonié. Revue philosophique, i884, II, p. i5.