‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 231 sur 380 · W. Jérusalem, Psycholoc/ical Review, iSgS, p. 2o · texte numérisé non relu

W. Jérusalem, Psycholoc/ical Review, iSgS, p. 2o

l[. A.-J. Balfour, The fondation of belirf. New-York, 1896, p. 21^. 5. W. James, The will to bclieoe, 1897.

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lui donner, dans la perception intelligente de la lecture, de l'audition, simplement dans la perception intelligente d'une situation donnée. L'orienlalion, c'est-à-dire la disposition des perceptions par rapport à notre corps et à nos mouvements possibles, est encore une opération proche de la croyance et de l'action qui se ra{)proche des ionclions du réel.

La mémoire ne présente réellement des difficultés et ne se rattache aux l'onctions du réel que dans une partie de ses opérations. La fixation du souvenir des événements présents de manière qu'il puisse être utilisé plus tard, l'évocation des souvenirs récents encore intimement liés àla réalité présente, enfin l'évocation précise des souvenirs passés dans la mesure exacte où ils doivent jouer un rôle dans la perception actuelle, telles sont les opérations supérieures delà mémoire. « Fonder des souvenirs, disait déjà très bien Debs, créer par un seul eirolt d'attention, Une préd SI osition, ou ce qui est synonyme, une habitude nouvelle est à coup sûr une des plus utiles prérogatives de la volonté ' ». a Ce qui caractérise l'homme d'action, disait M. Bergson, c'est la promptitude avec laquelle il appelle au secours d'une situation donnée tous les souvenirs qui s'y rapportent, mais c'est aussi la barrière infranchissable que rencontrent chez lui en se présentant au seuil de la conscience les souvenirs inutiles ou indiirérents\ »

La fonction du réel se retrouve aussi dans la conscience de nos états intérieurs et dans la perception de notre propre personne. Il faut savoir nous percevoir nous-mêmes comme nous sommes en réalité ; nous retrouvons ici la dilficulté principale qui est la perception avec certitude, avec le sentiment de la réalité. Nous en trouvons aussi une autre qui prend ici plus d'importance, c'est la perception de notre unité, le sentiment que l'esprit est réellement parvenu à une synthèse mentale unique.

Il est presque inutile de rappeler les troubles si fréquents de l'attention et de la perception chez les psychasthéniques qui nous obligent à mettre ainsi ces opérations dans le premier groupe, le doute des perceptions, l'inintelligence de la lecture, de l'audition, l'instabilité de l'attention, les éclipses mentales, la mémoire

I. Debs, Tableau de l'acllvilê volontaire pour servir à la science de l'éducalion,

iSV't, P- i53.

a. Bergson, Ma libre et mémoire, i8g6, p. i66.

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retardante, l'amnésie continue, les troubles de la perception personnelle, etc.

A ces opérations de la volonté et de l'attention il faut rattachei certains phénomènes qui tiennent à l'émotion. Celle-ci est en général, comme nous le verrons, une opération mentale très facile et très différente par conséquent des opérations de ce premier groupe, mais elle prend de la difficulté quand il s'agit d'une émotion précise, bien adaptée à la réalité donnée, surtout quand il s'agit d'émotions heureuses. Savoir jouir complètement du présent, de ce qu'il y a de beau et de bon dans le présent, c'est une opération mentale qui semble très difficile et digne d'être rapprochée sur ce point de l'action et de l'attention au réel, on la voit disparaître bien souvent dans lindilFérence et dans 1 ennui que présentent presque toujours ces malades.

Le dernier terme de cette fonction du réel, celui qui résume probablement tous les précédents serait une opération mentale malheureusement très peu connue : la constitution du temps, la formation dans l'esprit du moment présent. Le temps n'est pas donné à l'esprit tout fait; il suffirait pour le démontrer d'étudier les illusions des enfants et des malades sur le temps. Le moment présent des mathématiciens, ce point inaccessible n'a rien à voir avec les notions dont nous parlons ici. Le présent même qu'étudie la psychométrie, cette pulsation de un dixième de seconde, n'est pas non plus ce que nous apprécions comme présent. Le présent réel pour nous c'est un acte un état d'une certaine complexité que nous embrassons dans un seul état de conscience, malgré cette complexité et malgré sa durée réelle qui peut être plus ou moins longue. Pour les gens distraits, indifférents à la réalité, ce présent s'allonge et reste vague, pour des esprits actifs qui sont toujours à la minute, ce présent se resserre et devient précis. Il y a une faculté mentale que l'on pourrait, en forgeant le mot, appeler la prc.sentification et qui consiste à rendre présent un état d esprit et un groupe de phénomènes. Il ne serait pas difficile de montrer que cette opération se confond en réalité avec les précédentes, c'est l'action, c'est l'attention, c'est la perception exacte de la situation donnée avec le sentiment de sa réalité qui produit la présenllficalion ; il n'est pas non plus difficile de comprendre que cette opération n'est qu'un aspect de la fonction du réelle et qu'elle présente par conséquent les mêmes difficultés et les mêmes troubles.

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Au-dossous de ce premier degré, le plus parfait et le plus diffîcile, se place le groupe des opérations que j'appellerai désinlcressées : ce sont les mômes opérations psychologiques simplement dépouillées de ce qui faisait leur perfection, c'est-à-dire de l'acuité du sentiment réel. Ce sont des actions sans adaptation exacte aux faits nouveaux, sans coordination de toutes les tendances de l'individu, des perceptions vagues sans certitude, et sans jouissance du présent. C'est ce que l'on désigne souvent comme des actions et des perceptions avec distraction, c'est une vie en apparence identique à la vie complète mais avec indilTérence à la réalité.

Nous avons déjà noté bien des fois que la distraction rendait faciles à nos malades des opérations qu'ils ne pouvaient plus accomplir avec pleine conscience. Voici des exemples nouveaux de cette remarque importante.

J'ai eu l'occasion de remarquer bien des fois un trait de caractère assez étrange chez beaucoup de scrupuleuses. Ces malades qui sont tout à fait incapables de se conduire elles-mêmes, qui hésitent indéfiniment à propos de la moindre action quand il s'agit de leur intérêt ou de leur devoir personnel, deviennent sensées, perspicaces et décidées, quand il s'agit de donner des conseils à quelque autre personne. Je ne puis m'expliquer cette difïerence qu'en remarquant combien la conduite d'autrui est à nos yeux plus indifféjente, plus simple, moins réelle que notre propre conduite. Ou a vu que Wo... fait indéfiniment et fort bien des additions sur des chiffres imaginaires, elle m'offre même d'additionner mes propres comptes, mais elle ne peut plus fixer son attention dès qu'il s'agit des comptes de son propre manège.

Quand les malades seront fortement distraits de l'action qu'ils accomplissent, ils arrivent de même à cette indifférence qui rend l'action plus facile. Bei..., qui a perdu son moi quand elle cherche il agir ou à sentir avec conscience, avec attention, « n'a plus aucun trouble pendant l'état de distraction. Quand la malade est entraînée par une préoccupation, ne pense pas à elle-même, tout va parfaitement bien et elle est parfaitement normale. Le trouble revient quand elle essaye de faire attention, de penser à elle-même, de se rendre compte de ce qu'elle éprouve*. »

Lod..., Claire agissent normalement quand elles sont distraites

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