‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 244 sur 380 · I. Pilrps ot Régis, op. rif., p. qô · texte numérisé non relu

I. Pilrps ot Régis, op. rif., p. qô

LES (JBSESSIO.NS. I. 33

514 , THÉORIES PATHOGKNIQUES

do !uia«>c, de défaut d'émotion, soient la suite d'une obsession, à laquelle songerait tout le temps le malade ; on les observe fréquemment et pendant des années entières avant l'apparition d'aucune obsession.

On insiste ensuite sur la conservation complète de la conscience pendant les crises d'obsession. C'est encore un point que je ne puis admettre : l'incapacité absolue d'arriver malgré de^ efforts inouïs à une résolution, à une croyance, l'amnésie continue, la diminution énorme de toutes les fonctions du réel ne sont pas les marques d'une conscience intacte. Il y a une diminution de la tension psychologique que l'on ne p^ut pas considérer comme insignifiante.

D'autre part, on insiste sur la soudaineté, l'inconscience, la perte totale des souvenirs, la répétition automatique de la grande attaque comitiale. Qabord certains de ces caractères, la soudaineté et la régularité se retrouveraient très bien chez les psychasthéniques. Jean est toujours saisi soudainement de ces idées « cela me vient tout d'un coup, comme si je recevais un coup de bâton », et ses crises ont une monotonie remarquable. Il en est de même chez Gisèle », ça tombe sur moi comme un coup de tonnerre » et l'on peut prédire mot à mot les phrases qu'elle va prononcer. Ensuite lescaractères que l'on indique ici n'appartiennent qu'aux grands accès épileptiques et personne n'a jamais prétendu que les crises d'obsessions fussent identiques au grand mal avec secousses cloniques et stertor. Il y a d'autres phénomènes épileptiques dans lesquels on n'observe ni la perte totale de la conscience, ni la perte totale des souvenirs. Les différences indiquées par ces auteurs ne me semblent donc pas suffisantes a priori pour écarter le problème et c'est à la clinique à montrer si le rapprochement est possible et intéressant.

A plusieurs reprises M. Féré a montré que certaines formes d'émotivité morbide doivent être considérées comme des syndromes analogues aux syndromes épileptiques. MM. Marinesco et P. St eux ont insisté sur la fréquente coexistence des idées obsédantes, des scrupules, des manies impulsives, des phobies avec l'épilepsie^ M. Nagy^ et surtout M. Ottolen-

I. Marinesco et P. S^'rieux, Essai sur la pulhoijénie et le Iraiteinenl de l'épilepsle, iSç).'), p. 6/|.

u. ^agj) (U'idnilbl. f. Neruciihcillc., iSgS.

LES GRISES DE PSYCHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES Mo

ghi ont insisté sur les épilepsies psychiques. « L'état crépusculaire peut précéder le grand accès, le suivre ou en être indépendant, il peut durer quelques heures, quelques jours, des mois, des années et constituer alors une sorte d'état second... cet état est souvent difficile à distinguer de l'état somnambulique. Lorsqu'il dure un certain temps il peut être conscient, c'est une sorte d'état second épileptique dans lequel l'individu a conscience de ce qu'il fait, s'en souvient, mais agit tout autrement qu'à l'état normale » Il est facile de voir que cet état crépusculaire peut se rapprocher de notre état psychasthénique.

Aussi n'est-il pas surprenant que M. Haskovec au dernier Congrès de médecine ait repris l'ancienne opinion de Griesingor et montré par une observation remarquable que l'on rencontre parfois chez des épileptiques des phénomènes identiques à ceux que présentent les obsédés. « Un homme de 36 ans, J. R..., atteint depuis longtemps de mal comitial classique se trouvant un jour au théâtre senties premiers signes d'un accès semblable à ceux qu'il a depuis longtemps. Il résiste de toutes ses forces et arrive à arrêter l'accès. Celui-ci ne se produisit pas, mais le malade entra dans un état psychique étrange. Il me semblait dit-il, que je rêvais ; je voyais tout, j'entendaistout, mais tout celame paraissait étrange; il me semblait que ces perceptions n'arrivaient pas directement à moi que je n'avais pas des impressions réelles niais que ce n'était que des reproductions de choses automatiques ^ » L'observation de M. Haskovec ne parut pas très démonstrative parce qu'elle portait en réalité uniquement sur le sentiment d'étrangeté, de dépersonnalisation dont on était disposé à faire une maladie indépendante sous le nom de névrose de Krishaber. Mais pour nous qui avons beaucoup insisté pour montrer que ce sentiment est banal chez les obsédés, qu'il est à la racine de leurs obsessions, le fait prend une plus grande importance. Pour terminer cette incomplète revue historique des auteurs qui ont étudié ces relations de la psychasthénie avec l'obsession, nous rappelons seulement que depuis plus de quatre ans dans les leçons cliniques de la Salpêtrière M. le P' Ravmond et moi-même avons signalé à maintes reprises à propos d'un grand nombre d'observations cliniques analogues à

I. Ottolenghi, Epilepsies psychiques. Riv. sper. d. freniat., XVU, fasc. i,

■->.. Haskuvcc, op. cit., p. ia5.

516 Tlli;()KlKS l'ATllOGÈNIQUES

celle de M. Haskovec l'importance de ce rapprochement*. Nous pouvons maintenant passer à l'examen clinique des faits.

Une première remarque qui a une' certaine importance c'est la coïncidence assez fréquente de l'épilepsie vulgaire avec la maladie des obsessions. Parmi les malades que j'ai cités dans ce travail il y en a 12 qui sont de véritables épileptiques, ayant des grands accès classiques et des vertiges. Ce nombre à déjà quelque intérêt, quand on songe que, si je ne me trompe, la coïncidence de l'hystérie et de la maladie du doute bien nette est infiniment plus rare. Les idées fixes existent bien entendu très souvent dans l'hystérie, mais elles prennent de tout autres caractères. L'idée fixe hystérique qui se développe au cours d'un somnambulisme sous forme d'actes et d'hallucinations ne ressemble pas du tout à mon avis à l'obsession qui détermine des ruminations interminables et des angoisses sans jamais se développer complètement dans la crise de psychasthénie.

Cette simultanéité de l'épilepsie et de la maladie du scrupule est-elle une simple coïncidence • fortuite ou ces deux symptômes ont-ils des relations entre eux? Si nous considérons les phénomènes rangés sous le titre d'insuffisances psychologiques et de sentiments d'incomplétude que présentent constamment les obsédés, nous verrons que des troubles de la perception extérieure ou personnelle tout à fait identiques sont souvent sous la dépendance immédiate d'accidents épileptiques. Qes... a des obsessions conscientes avec impulsion à tuer sa mère ou des remords obsédants de l'avoir tuée, elle se figure qu'elle fera du mal à tout le monde, elle veut vivre enfermée dans un hôpital parce que les fenêtres sont gritlées et qu'elle sera empêchée de commettre des crimes. En même temps elle a des accès épileptiques complets et des vertiges. Ceux-ci sont tout à fait caractériques : soudaineté, pâleur de la face, obnubilation intellectuelle. Souvent dans ces états vertigineux quand ils se prolongent un peu et qu'ils ne sont pas assez complets pour supprimer tout souvenir consécutif elle éprouve des sentiments bizarres, elle voit les objets les plus habituels avec une sorte d'étonnement, elle les trouve étranges, inattendus comme des objets qu'elle n'aurait jamais vus et qui appartiendraient à un monde imaginaire. Chez cette

I. Raymond, Leçons cliniques sur les maladies du systhme nerveux, 5" série, 1901, p n5.

Page 1