LES CRISES DE PSYGHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES
tissent à l'angoisse. Si... (34), femme de ,33 ans, a eu depuis liïge de i8 ans des crises nocturnes dans lesquelles elle se mordait la langue, urinait dans son lit et qui laissaient une grande courbature au réveil; ces crises n'ont jamais cessé complètement quoique dans ces derniers temps elles se soient fort espacées. La malade se plaint maintenant beaucoup plus de ce qu'elle appelle des crises d'idées noires, c'est un état d'inquiétude et d'angoisse qui^ s'empare d'elle surtout le soir. Il lui semble que son cœur se serre et que chez elle tout est mort, il lui semble que ses viscères dispaiaissent, n'existent plus : ce sentiment l'effraye beaucoup, elle croit qu'elle va devenir folle et ne peut plus tolérer de rester seule chez elle. D'après son opinion cette angoisse vient uniquement des tourments qu'elle a endurés et du départ d'un amant, mais en réalité cette tristesse prend un caractère spécial à cause de l'épilepsie antérieure. Si on en doutait, il suffirait d'examiner la façon dont s'est terminée une de ses an croisses pour en être convaincu. Dans un de ses désespoirs elle est sortie de chez elle et elle ne sait pas où elle a été : en réalité elle est tombée dans la rue en proie à un accès épileptique, ainsi que le prouvent la plaie qu'elle a encore au front et sa langue mordue.
Une autre malade, Fy... (3/4), femme de 35 ans est épileptique depuis l'enfance, morsure de la langue, peinte d'urine, etc. ; depuis que ses crises s'écartent, surtout depuis l'influence du traitement bromure, elle a « des crises d'inquiétude, des peurs d'être seule, il lui faudrait un maître à qui' se dévouer, elle a peur de voir le monde comme il est... Tout est si étrange que cela l'angoisse... Le temps est drôle, c'est ^peut-être la fin du monde et elle étouffe au point d'appeler sans cesse au secours. » C'est, comme on voit, la forme de Bechterew : épilepsie d'abord et angoisse ensuite, dans le dernier cas avec troubles de perception.
Il y a aussi la forme inverse et à ce propos l'observation suivante est remarquable. Gny... (32), homme de 52 ans, mécanicien de chemin de fer, d'un esprit intelligent et délicat a toujours eu une volonté faible. Depuis l'âge de 12 ans, il a des préoccupations et des scrupules qui ont pris bientôt la forme interrogative, il lui vient en tête des idées singulièies qu'il a de la peine à expri mer et qu'il comprend mal lui-même : (( pourquoi les hommes vivent-ils? Comment les hommes sont-ils faits? Pourquoi les hommes doivent-ils mourir ? » Ces idées l'ont déjèi beaucoup tourmenté. Au même moment où il se posait ces questions, il a déjà
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éprouvé depuis longtemps des états émotifs tout à fait spéciaux, il avait des treml)leraent, des secousses, des sensations de froid dans les jambes, des troubles de respiration et des palpitations de cœur. En un mot depuis sa jeunesse il a des angoisses en même temps que des idées obsédantes et des interrogations scrupuleuses. Dans ces dernières années, les angoisses ont beaucoup augmenté et, comme il arrive souvent dans ce cas, les manies mentales ont diminué. Cependant il restait uniquement un psychasthénique douteur et angoissé, personne n'aurait songé à faire un autre diagnostic. Mais voici que depuis deux ans les choses en s'aooravant ont semblé changer de caractère. Le malade dans ses crises d'angoisse perd conscience de plus en plus : à trois reprises il est tombé par terre de tout son long, il a perdu conscience et il n'a eu pendant deux minutes « qu'un petit grelottement dans les mains » il est revenu à lui très hébété et engourdi et il a été saisi d'un sommeil profond et irrésistible qui a duré plusieurs heures ; dans un de ces accès il a mouillé son pantalon. Ce cas est tout à fait remarquable pour nous montrer la transformation très tardive, à ôo ans, des angoises en accès épileptiques.
Même évolution dans l'observation de Gy... (46), femme de 34 ans : crises d'angoisse qui ont commencé à la pension après une peur, sorte de sentiment de vertige et de bourdonnement de pensée. Dernièrement dans une de ces crises elle a marché droit devant elle sans savoir ce qu'elle faisait, puis elle est tombée sans connaissance et en bavant, l'accès a été tvpique. C'est assez pour montrer que l'angoisse psvchasthénique peut se transformer en épilepsie de la même manière que 1 épilepsie en angoisse.
Enfin, il est un dernier phénomène dont les rapports avec l'épilepsie sont extrêmement intéressants, c'est la rumination mentale et l'obsession intellectuelle elle-même. Tous ceux qui ont décrit les épileptiques ont bien noté leurs crises psychiques. Quelques-unes de ces crises sont tout à fait identiques à des ruminations psychasthéniques. M. Cullerre décrit chez les épileptiques les arithmomanies, les impulsions à compter, à combiner d'une laçon générale des nombres quelconques et plus particulièrement à faire des calculs portant sur les divisions du temps, les secondes, les minutes, les heures, les jours, les mois, les années, les siècles ',