I. A. Ciilli-rro. Aiin. in^d. psych., 1890. I, p
LES GRISES DE l'SYCIlOLEI'SlE ET LES ACCÈS ÈPILEPTIQUES o2l
Je rappelle surtout ;i ce propos une observation très intéressante de M. Kéraval (jui a rapport, il est vrai, ;i la migraine ophtalmique dont on sait les relations avec l'épilepsie. Il s'agit dune malade qui a une migraine ophtalmique avec hémianopsie et scotome scintillant à gaucho ; en même temps que le trouble visuel elle ressent une excitation intellectuelle bizarre, une profusion d'idées avec afflux obsédant et gênant de toutes les conceptions qui s'y rattachent, elle se sent Forcée d'examiner chacune de ces idées, de les soupeser et de répondre par « oui » ou par « non » sur tous leurs caractères. Détail bizarre de l'observation que nous ne sommes pas capables aujourd'hui d'interpréter quand l'hémianopsie est inverse et plus accentuée à droite il n'y a rien de mental'. J'observe également en ce moment une malade qui a des crises de migraine ophtalmique avec scotome scintillant à gauche et qui est une scrupuleuse obsédée, mais je n'ai pas trouvé de rapport étroit entre les crises de migraine et les crises de scrupule.
Dans un article intéressant sur l'action inhibitoire de la volonté dans les attaques d'épilepsie M. Tissié ■ décrit un épileptique dont la crise est précédée par « une mauvaise idée ». C'est une idée banale qui traverse son esprit, grossit peu à peu, devient fixe et chasse toutes les autres pensées, le malade qui connaît cette mauvaise idée lutte contre elle dès qu'elle apparaît en tâchant de grossir d'autres idées. Cette observation est intéressante à bien des point de vue. Un des caractères distinctifs que l'on donne souvent: c'est que 1 obsédé lutte contre son idée, on voit ici que lépileptique peut lutter également; cette observation nous montre aussi la rumination au début de la crise d'épilepsie.
C'est ce que nous vérifierons dans l'observation de Jet... (36), homme de 25 ans, accès épileptiques depuis l'âge de 7 ans. « Cela débute, dit-il, quand je pense à une idée, cette idée m'entortille et je ne comprend plus rien. » Les accès de Sie..., homme de 17 ans, commencent par la pensée de chercher quelque chose, tout le temps il rêve qu'il cherche une clé qu'il a perdue, il s'absorbe dans cette recherche il ne reprend conscience qu'après une demiheure de sommeil et se réveille la lanorue mordue. Get... tombe
1. Kéraval, Wéos fixes. Arehiv. de neuroloyie, 1899, II, p. 83o.
2. Tissic, Comjrès t/e»- aliénistes et neurologhtes français, i8().ï. e[ Revue de l'Ii^^pnotisine, 1896, p. 129.
,'i22 THÉORIES PATHOGÊNIQUES
quand elle cherche à approfondir quelque chose. T>u!t..., Pax... (v!(S), présentent des phénomènes semblables. On eu trouverait beaucoup d'auti-es exemples dans les observations (jue j'avais recueillies pour la leçon de M. Raymond ^ sur les équivalents psychiques de l'épilepsie.
A côté des observations précédentes je puis placer un cas que je trouve tout h fait intéressant et démonstvatif; la malade m'a été obligeamment signalée par M. Riche parmi les épileptiques de la Salpêtrière. Il s'agit d'une jeune fdle Yol..., âgée de 20 ans, dont la maladie a commencé dès l'âge de 5 ans. Au début elle présentait seulement une sorte de malaise et de tic. Elle avait une soufTrançe à l'estomac qui la faisait pâlir, elle y portait les mains, frottait la région deux ou trois fois et c'était tout. Les phénomènes sont restés semblables, plus ou moins fréquents jusqu'à l'âge de i3 ans. A ce moment, huit jours avant l'apparition des règles, elle eut son premier grand accès. Depuis, les accès se répètent à peu près tous les mois et les vertiges tous les huit ou quinze jours. Mais ceux-ci se sont un peu compliqués par l'addition d'un phénomène intellectuel remarquable. Le malaise de l'estomac avec mouvements de friction et pâleur la saisit ordinairement le matin assez brusquement. Au moment où le malaise survient elle avait une pensée quelconque en tète, ou bien elle regardait quelque objet. Immédiatement, par le fait même de sa coïncidence avec le malaise, cette' pensée change de caractère, elle devient douloureuse et obsédante. A partir de ce moment et sans interruption pendant toute la journée, Yol... se srtnt forcée de penser à cette même idée et ne peut s'en détourner « elle sait que cette idée lui est très pénible physiquement et moralement, car l'idée ramène le' malaise de l'estomac et fait tout voir d'une manière drôle ; mais elle est forcée d'y penser constamment et ne peut absolument rien faire d'autre. » Yol... a été ainsi obsédée par la pensée de la première communion de sa sœur, par une date, par le nom d'une personne, par l'image d'un calendrier, par l'image d'une chaise ou d'un parapluie, parce que, au moment du malaise initial, elle pensait à cette première communion ou à cette personne, parce que, à ce moment, elle regardait le calendrier, la chaise ou le parapluie. L'obsession et le malaise durent tant que la malaise n'a pas eu plusieurs heures de sommeil normal.
I. F. Havmoii(l. Lcmna sur Ira tunlmlies dti systemi' nerreii.r. im'u, V, p. \o-j.