LES CRISES DE PSYGHOLEPSIE ET LES ACCÈS ÉPILEPTIQUES
Si elle dort bien la nuit suivante elle est délivrée le lendemain matin et elle peut se remettre au travail, sinon elle aura le même tourment toute la journée et ne sera guérie qu'après la nuit suivante. Un tel cas dont je compte poursuivre l'étude est tout à fait instructif pour l'interprétation des obsessions.
Pour montrer le fait inverse que la rumination proprement psychasthénique peut se terminer par un accès épileptique je rappellerai l'observation remarquable de Vil..., que j'ai déjà souvent signalée. Elle a rapport à ce jeune homme qui présentait de si singulières obsessions sur l'infini du temps et de l'espace. On a déjà vu dans l'étude des ruminations comment l'esprit de ce jeune homme s'épurait à la poursuite de l'infini en toutes choses, comment il avait des méditations forcées sur l'infini du temps et de l'espace, sur l'infini du bonheur ou sur l'infini du malheur. Il m'avait décrit ses ruminations dans une lettre où il montrait une pleine conscience de leur absurdité ; d'après cette description, je l'avais considéré comme un obsédé se rattachant à la folie du doute et du scrupule et je l'avais prié de venir chez moi m'expliquer ce qu'il ressentait. Quand il vint me voir il me demanda de ne pas insister devant lui sur ces idées d'infini «car cela me cause, disait-il, un mal étrange». Crovant provoquer tout au plus l'angoisse du scrupuleux, j'insistai sur les espaces qui s'ajoutent indéfiniment aux autres espaces. Le malade se plaignit de ressentir « des impressions de perdre la tète, de descendre » que nous connaissons bien; puis brusquement il se renversa en arrière et pâlit, les globes oculaires se convulsèrent, il y eut des secousses rapides dans tous les membres. Quelques instants après, il reprit connaissance, mais il y avait une grande tache d'urine sur le parquet au-dessous de lui. Le malade n'eut aucun souvenir de ce qui lui était arrivé et reprit sa conversation avec une certaine hébétude et de l'amnésie rétrograde. 11 était évident qu'il venait d'avoir un accès épileptique, qui avait été le terme de l'angoisse déterminée par la rumination sur l'infini. Depuis j'ai eu l'occasion d'observer un certain nombre de faits exactement du même genre.
Tous ces' faits qu'il serait facile de multiplier me semblent démontrer que la distinction complète établie par M. Mikle, par MM. Pitres et Régis entre l'état psychasthénique et le mal comilial est un peu exagérée. Je n'ai pas la pensée de les identifier, je dis seulement qu'il y a dans ces deux maladies quelque
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chose de commun, que leurs phénomènes sont voisins et peuvent aisément se transformer les uns dans les autres. Cet élément commun me paraît être l'abaissement, la chute de la tension psychologique. Dans l'épilepsie vraie cette chute est énorme, il y a suppression complète de la conscience, toutes les forces qui devaient être employées à produire cette conscience amènent la décharge, se dépensent en convulsions de tout le corps : dans l'état psychasthénique la chute est bien moins grande, mais il y a tout de même une chute de conscience qui détermine les sentiments bizarres des malades, leurs doutes et leurs angoisses.
6. — Oscillations du niveau mental— Influences qui déterminent l'abaissement.
Pour justifier ces théories psychasthéniques qui considèrent les crises de tics, d'angoisse, de rumination comme des crises de psycholepsie, qui les explique par un abaissement du niveau mental il faut montrer davantage, qu'il existe chez les malades des abaissements de l'esprit ou, d'une manière plus générale, des oscillations du niveau mental et que ces oscillations sont en rapport étroit avec les phénomènes observés dans les crises et dans les obsessions.
Pour y parvenir il faut rechercher dans quelles circonstances se développe cette maladie des psychasthéniques, quelles sont les conditions dans lesquelles elle prend naissance, ou dans lesquelles elle présente de grandes augmentations quand elle existe déjà depuis longtemps. Il ne s'agit pas ici d'une étude clinique sur l'évolution de la maladie, étude que nous tenterons dans le chapitre suivant, mais d'une recherche psychologique sur les conditions de son développement.