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manière remarquable, c'est l'émotion génitale. Sans que je puisse facilement insister sur ce point ni citer des exemples, il est évident par toutes les confidences que j'ai reçues que ce genre d excitations quand il réussit est très souvent la source d une amélioration manifeste. Quand ces personnes arrivent à une excitation complète elles retrouvent leur énergie et leur unité mentale. Dans tous les cas de ce genre on peut dire que l'émotion a augmenté la tension mentale parce qu'elle était agréable et qu'elle était sthénique. cela n'explique pas grand'chose, mais beaucoup se déclarent satisfaits.
Les choses sont loin de se présenter toujours ainsi. Dans bien des cas, j'ai pu observer que le même effet absolument heureux était déterminé par des émotions quelconques et même par des émotions tristes considérées d ordinaire comme dépressives.
Voici une observation qui a toute la valeur d'une expérience. Claire vint un jour me voir dans un état lamentable : elle se sentait divisée en une foule de personnes, elle se sentait automate et cependant mauvaise, elle était envahie par toutes les obsessions scrupuleuses et par toutes les hallucinations sacrilèges et obscènes. Je ne parvins pas à fixer son attention, par aucun moyen je ne pus la faire remonter. Le même jour, je fus obligé d'aller voir sa mère qui l'avait accompagnée à Paris et qui était malade depuis plusieurs jours d'une affection grippale. Je me suis trouvé en présence d'une femme âgée, depuis longtemps emphysémateuse au plus haut degré, avant un cœur irrégulier et qui était atteinte de broncho-pneumonie. Je ne pus m'empêcher de dire à sa fille que j'étais inquiet et qu'il fallait prévenir sa famille d'une maladie très sérieuse. Claire fut très impressionnée de cette nouvelle à laquelle elle ne s'attendait pas. Mais cette secousse eut un effet inattendu, celui de la transformer complètement. Il ne fut plus question du membre viril et des hosties, les ruminations et les angoisses disparurent comme par enchantement ; devant cette émotion réelle l'esprit retrouva son unité et la volonté son énergie. Ce fut évidemment peu durable, mais pendant plusieurs jours la restauration de 'l'esprit fut complète sous l'influence d'une émotion grave et évidemment pénible.
J'ai recueilli bien des exemples de ce fait sur la même malade. Au moment de la mort de son père elle a eu une véritable guérison pendant trois mois. « J'avais des chagrins réels, mais les
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chagrins réels sont beaucoup moins pénibles que les reproches imaginaires de ma conscience, j'étais plus énergique, j'avais plus de volonté, ce qui m'a étonnée c'est que jamais je n'ai si bien dormi, calme, sans rêves, sans cauchemars. » Frappé de ces faits, je lui ai demandé de s'observer sur ce point et voici ce qu'elle m'a écrit : « Depuis que je suis malade, les émotions me font revenir ; au commencement elles me faisaient revenir tout à fait ou presque tout à fait; quand elles étaient lortes, je me réveillais comme dun rêve, je me trouvais absurde et j'espérais de nou- . veau... Je, sentais que je m'engourdissais, que j'avais besoin d'émotion, le calme me faisait peur, je cherchais les peines, les joies, les peurs pour me retrouver heureuse, je faisais des efï'orts pour que ces émotions fussent complètes et claires. Une fois l'idée d'un mariage qui me plaisait m'a fait remonter tout d'un coup, une autre fois la peur d'un cheval emballé m'a fait revenir à la réalité l'espace de quelques heures, mais le souvenir m'en est resté longtemps, il me soutenait et me dirigeait comme une lumière qui m'indiquait le chemin à suivre... Plus j'ai été, moins j'ai senti les vraies émotions (on sait qu'elle distingue ainsi les émotions réelles en rapport avec la réalité des angoisses pathologiques), je trouvais que je n'avais plus de cœur, que j'étais endurcie, que je n'aimais plus comme avant. Aussi j'ai faim d'émotions, même de souffrances, encore maintenant quand tine émotion arrive, à me secouer cela me fait remonter mieux que tous les raisonnements. » Il est facile de confirmer ces remarques : la première visite qu'elle vient me faire à son retour, une menace prise au sérieux, une scène violente que je lui fais ont des résultats remarquables. Si je réussis à la faire pleurer, ses obsessions s'effacent pendant une huitaine de jours.
J'ai fait exactement les mêmes observations sur Lise. Quand elle a des enfants malades, ou des ennuis sérieux, elle est mieux pendant plusieurs jours ; sans la connaître, elle parle exactement comme Claire et réclame des ennuis pour la faire revenir. Il est nécessaire de teiups en temps de lui faire une scène et surtout de la menacer sérieusement de l'enfermer comme aliénée, a Décidément, dit-elle, il n'y a que la peur qui me fait marcher. »
Vi... n'a plus de scrupules quand son mari est très nialadc. Ges... est guérie pour plusieurs jours par son entrée à l'hôpital. Byl..., obsédée par l'idée d'épouser son jardinier, pour s'abaisser car elle se croit indigne de tout, est momentanément guérie
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quand un 1 enlciine : « réniotion m a remontre et icnclue plus hardie ». Jean est transformé par des reprochesj et même par des peurs, comme par la joie de ses petits succès, et Tr... s'améliore (|uand on lui lait une scène violente. Enfin, ce qui semble extraordinaire, Wo... scrupuleuse obsédée par les prières et par les comptes, a tait naufrage au cours d'une excursion maritime. Non .seulement elle n'a pas été troublée par cet accident très émouvant, le navire s étant échoué à la côte pendant la nuit, mais elle s'est montrée très courageuse et elle s'est très bien portée moralement pendant tout le mois suivant.
Je pourrais citer beaucoup d autres exemples, le fait me paraît sulfisamment établi ; les émotions, même les émotions les plus pénibles, peuvent déterminer chez ces malades des oscillations ascendantes du niveau .mental avec augmentation de la tension psychologique, retour des phénomènes supérieurs et disparition des états obsédants.
Ce fait est très remarquable, parce qu'il se trouve en contradiction complète avec un autre fait capital sur lequel est même fondée la théorie émotionnelle, c'est que les émotions sont le point de départ de la maladie. L'émotion, avons-nous constaté cent fois, a déterminé la chute de la tension et donné naissance aux sentiments pathologiques et aux obsessions. Je constate cette contradiction, je la regrette, car je la trouve plus grave que la contradiction précédente à propos de l'attention, mais je ne crois pas devoir chercher à la dissimuler. La terreur exagérée de la contradiction est la marque d'un esprit de système, elle n'a pas de raison d'être dans de semblables études : il est bien entendu que nos hypothèses sont tout h fait provisoires et qu'elles ne donnent (ju'une synthèse approximative de ces phénomènes encore si mal connus. Tout ce que nous pouvons leur demander c'est de mettre un peu d'ordre dans la classification de phénomènes trop nombreux et trop confus, il ne faut pas être surpris outre mesure si elles laissent subsister çà et là quelque incohérence et quelque contradiction.
Cette dilficulté nous montre que l'émotion est un phénomène infiniment plus complexe qu'on ne le suppose et dont les éléments ne se présentent pas toujours de la même façon quand les circonstances varient. Il y a évidemment dans l'émotion deux o-roupes de phénomènes : i" des phénomènes inférieurs, évocation d'images,
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réactions viscérales variées, 2" il doit y avoir aussi dans l'émotion des phénomènes supérieurs, spécialisation de rémotion, adaptation exacte de l'émotion à la situation réelle et actuelle. Les émotions sont plus basses si la première catégorie de phénomènes y prédominent, plus élevées dans le cas contraire. Si les émotions sont très inférieures, elles provoquent une dérivation considérable et un épuisement à la suite duquel la tension nerveuse peut rester insuffisante. Si au contraire les émotions sont surtout caractérisées par leurs phénomènes supérieurs, si .elles surviennent à un moment favorable quand l'esprit n'a besoin que d'une excitation pour s'élever à une tension supérieure, on peut s'expliquer que l'effet d'une émotion soit exactement inverse du précédent.
Voici quelques observations relatives à Wo..., cette malade dont l'état mental est relevé par un naufrage, qui peuvent, non résoudre le problème, mais mettre sur la voie de certaines recherches utiles. J'^i observé que cette malade, si courageuse en face du naufrage, succombe devant de très petites émotions. Elle avait acheté un piano et l'attendait avec impatience : en traversant l'antichambre, elle est surprise de voir la porte d'entrée de l'appartement grande ouverte et de voir apporter son piano. C'est là une émotion, mais elle semble une émotion légère et plutôt une émotion agréable, sthénique. Cependant, cette émotion bouleverse complètement l'esprit de la malade: Wo... n'éprouve pas la joie qu'elle s'attendait à éprouver, elle est horriblement agitée. Il lui semble qu'elle ne pense pas librement, qu'elle est dominée, qu'elle est forcée de faire des vœux, des pactes. L'agitation continue, amène des crises de manie mentale : Wo... s'interroge, recherche minutieusement les pensées qu'elle a eues en voyant entrer le piano, pour savoir si à ce moment elle a fait des vœux et des pactes ; elle devient tout à fait malade pendant quinze jours.
Voilà qui est singulier : une femme qui supporte très bien l'émotion d'un naufrage au milieu de la nuit, tombe malade parce qu'on lui apporte un piano qu'elle désirait ! Sans prétendre expliquer les faits, voici les quelques remarques que j'ai pu faire à ce sujet. Quand le danger est grave soit pour le sujet luimôme, par exemple dans le naufrage de Wo..., soit pour une personne aimée, par exemple dans la maladie de la mère de Claire, il y a un violent effort, déterminé par les tendances excitées. Cet effort amène l'adaptation, l'émotion correcte sans abaissement mental. Quand la situation est insignifiante, il n'y a