INFLUENCES QUI DÉTERMINENT L'ÉLÉVATION DU NIVEAU MENTAL SM
plus cet effort et l'émotion prend le caractère inférieur et dangereux. Cette première remarque nous ramène aux études précédentes sur l'influence de l'effort et de l'attention.
Une autre remarque importante m'est suggérée par certaines attitudes que je retrouve chez Lise et surtout che?: Wo... Ces malades redoutent surtout l'émotion rapide et brusque, elles demandent que l'émotion mette un certain temps à se développer pour qu'elles aient le temps de s'y adapter. « Je n'aurais pas été malade, répète Wo..., si j'avais vu ou entrevu par la fenêtre la voiture qui apportait le piano, si j'avais pu prévoir qu'il arrivait, si j'avais eu quelques instants pour me préparer au plaisir de le voir arriver... C'est ce que je fais toujours avant toute émotion, quand je suis un peu prévenue, je me prépare à tel ou tel sentiment; je me dis : il faut être calme, ne pas m'embrouiller, ne pas faire de vœu, penser uniquement à ceci ou à cela... Dans le naufrage j'ai été réveillée par mon mari qui m'a prévenue qu'il se passait quelque chose, J'ai eu le temps de me dire que c'était grave, qu'il ne fallait pas perdre la tète, et quand je suis montée sur le pont, j'étais préparée et c'était moi la plus courageuse. » Tout cela est d'une analyse bien intéressante : ces malades, nous le savons, sont des esprits lents, il leur faut du temps pour la décision, pour l'attention, pour l'émotion réelle, surtout quand l'événement n'est pas très grave et très excitant par les tendances qu'il réveille. Il en résulte qu'ils adaptent beaucoup moins bien leurs émotions aux événements insignifiants et qu'il leur faut alors un certain temps de préparation entre le signal et l'éinotion ellemême. Quand ce temps ne leur est pas laissé, l'émotion se produit d'une manière incomplète avec prédominance des phénomènes inférieurs et elle amène k sa suite une dépression.
Telles sont les quelques remarques encore très incomplètes que l'on pourrait faire pour expliquer l'action si différente de l'émotion qui est, suivant les circonstances, tantôt déprimante, tantôt excitante.
Quoi qu'il en soit de ces explications qui sont peu importantes et qui montrent simplement la complexité des émotions et notre ignorance, les malades connaissent bien cet effet de l'émotion et il en résulte chez eux une recherche de l'émotion excitante qui est un trait de leur caractère : « Que voulez-vous, dit Gisèle, je suis toujours ardente à rechercher ce qui m'enthousiasme ; j'en
Sm THÉORIES PATIIOGtolQUES
ai tant besoin, j'éprouve les impressions d'un cœui auî a faim, d'un cerveau qui a faim, c'est un besoin intense de sensations, d'émotions extraordinaires, et si je me laisse aller à ce sentiment (un amour biza ne.) cela me fait l'impression do gripjnoter un peu pour ne pas mourir de faim. » J'ai rencontié des jeunes femmes très curieuses sur ce point :Plo... est d'ordinaire assez calme, puis sous l'influence d'une fatigue quelconque, elle ressent un horrible abaissement avec dégoût de la vie, impuissance, état de rêve, etc. (( Elle devine que pour sortir de cet état il lui faut une excitation émotive. Alors, malgré elle, sa tête imagine les aventures les plus baroques, les expéditions les plus aventureuses et les plus contraires à la putleur commune et elle a des tentations inouïes de s'y lancer à corps perdu. » (]'est ainsi qu'elle a déjà fait nombre de sottises qu'elle regrette ensuite, mais qui lui ont fourni sur le moment le remède il sa dépression.
Nous avons vu que parmi les émotions excitantes une des plus remarquable était l'émotion génitale, aussi ne faut-il pas être surpris de la voir particulièrement recherchée dans ces circonstances. Quand l'excitation sexuelle réussit, la malade est momentanément guérie, puis au bout de quelque temps elle cherche de nouveau le remède. Bien des prétendues excitations sexuelles chez les psychasthéniques n'ont pas d'autre origine. Si l'excitation sexuelle se montre insu disante, la malade est désappointée et recherche passionnément une excitation plus complète. Loa... et Len..., tout à fait identiques sur ce point, ont une obsession génitale qui les pousse à chercher partout cette satislaction 'idéale ; un véritable délire prend sa racine sur ce fait psychologique. M. Marro observe que la passion du j«u remplit souvent un rôle analogue : « le jeu, dit-il, tient dans le champ de l'activité psycho-motrice, la même place que l'alcool dans l'alimentation. Le jeu est un exercice hautement émotif qui donne l'illusion de la richesse comme le vin donne l'illusion de la forcée «^ Dans le jeu les efforts d'attention combinent leur influence avec celle de l'émotion pour relever le niveau mental. Aussi observet-on la manie du jeu dans les mêmes conditions que la dipsomanie ou l'érotomanie.
Dans bien des cas d'ailleurs il y a une combinaison de ce genre : comment comprendre l'excitation favorable que l'on observe chez