Gatsaras, Ann. méd. psychol
5. Larroussinic, Hallucinations succédant à des obsessions. Archives de neurol., 1896, II, p. 33.
(j. Raymond et Arnaud. Ann. méd. psychol., 1892, II, 2oi.
7. Rcuue philosophique, février 189^. — Néuroses et' Idées Jixcs, i8y8, I, p. iGi, iGi.
poux, les voyait et entendait leur bruissement*. Une de nos malades, Mae..., femme de 5o ans, qui a accouché à l'âge de 22 ans, a longtemps souffert de son ventre. Il lui prend maintenant à tout instant « des crises d'accouchement », elle prétend tout ressentir avec précision dans les reins, dans le ventre, dans les jambes comme si elle accouchait : « c'est au point de s'y méprendre, dit-elle. » Deux autres ont l'idée fixe d'un ver intestinal : chez Mort..., femme de G3 ans, « le ver remonte à la gorge, il vient lui donner un petit coup dans la bouche puis il redescend : il est tantôt dans le dos, tantôt à l'estomac. « Vous n'entendez pas le ver grouiller, il me remonte de nouveau à la gorge et il faut f]U(î je prenne une gorgée d'eau pour le faire redescendre ». Bé... a un ver solitaire dans le ventre « elle sent par ses glissements froids qu'il se pelotonne jusqu'à l'épigastre. C'est un ver araignée qui a de grosses pattes velues comme une araignée ». Gomme typé d'hallucinations du sens tactile on peut étudier les fluides de Jean. Il sait toujours exactement dans quelle direction est située par rapport à lui la dame de ses pensées. S'il marche dans cette direction ou s'il a le visage tourné vers ce point tout va bien : il peut à la rigueur résister. Mais ce qui est terrible c'est quand il tourne le dos à ce point de l'espace ; alors le fantôme est dans son dos et se permet mille extravagances. Il détermine des chatouillements, des frissons, des « fluides » et la situation est intenable. Aussi Jean se préoccupe-t-il énormément de l'orientation de son lit dans la chambre, de sa chaise à table. Il en change la position jusqu'à ce qu'il ait trouvé une situation où il ne tourne plus le dos à ce fantôme dangereux. Le malheur c'est qu'il y a une autre personne située dans une autre direction qui exerce à peu près la même influence et il est bien diilicile de trouver une situation qui ne l'expose ni à l'une, ni à l'autre.
Les hallucinations auditives sont assez rares : en voici quelques exemples. Joh,n Bunyan, auteur mystique anglais, atteint évidemment du délire du scrupule, entend un jour une voix qui lui dit: « veux-tu laisser tes péchés et avoir le ciel ou conserver tes péchés et avoir l'enfer » et il voit Jésus dans le cieP. M. Lépine
1. Werniclte, Deutsche ined. Wochensch., aS juin 1892 ; Pitres et Régis, op. cit. p. 58.
2. Juslali Iloyce, Tlic case of John Bunyan. Psycholoijinil lîcjiew, i8y4, 32.
LA TENDANCE A LA REPRÉSENTATION, L'HALLUCINATION SYMBOLIQUE 9o
cite une observation singulière d'une malade obsédée qui est contrainte d'entendre une voix répétant toujours une série de 25 mots. L'observation un peu abrégée me parait cependant se r;ipprocher de nos malades*. M. de Sanctis rapporte une singulière obsession musicale, obsession qui peu à peu devient impulsive et contraint le sujet à chanter intérieurement le même air". Dans une observation de M. Larroussinie, des voix viennent à l'appui de la pensée de la malade et formulent les mêmes reproches que l'obsession^. Une de nos malades, Per..., obsédée par une honte du corps relative à des poils sur son visage, entend au travers du mur ses voisins murmurer : « poilue, poilue ! » Jean a aussi de ces hallucinations auditives : il est obsédé par le souvenir d'une femme de chambre en l'honneur de laquelle il eut, croitil, ses premières éjaculations. Ce visage très laid, nous savons déjà que Jean n'est obsédé que par la pensée de femmes vieilles ou très laides, se dessine de profil. Il est animé de mouvements, la bouche peut s'ouvrir et le fantôme se met à rire. Ce rire d'abord modéré est devenu en quelques années absolument énorme, c'est un fou rire démesuré qui lui ouvre la bouche jusqu'aux oreilles. Ce rire est déterminé par les actions du pauvre Jean, car la femme de chambre le surveille et se moque de lui d une manière indigne de (Quelque manière qu'il se conduise. Entre-t-ildans un tramway où il risque de se trouver assis auprès d'une femme, l'image de la femme de chambre se met à rire parce qu'il est tourmenté par sa voisine. Quitte-t-il le trannvav et prendil un fiacre pour être seul, la femme de chambre éclate tout à fait et lui dit : « Tu dépenses quarante sous pour ne pas te trouver en tramway avec des femmes, hi, hi, hi. » Il est difhcile de trouver des hallucinations plus complètes en apparence ; images visuelles complexes, en mouvement, accompagnées d'images tactiles dans le dos et dans certains cas d'images auditives.
Les représentations purement visuelles sont de beaucoup les
plus fréquentes; nous les trouvons d'abord chez les sacrilèges. Un
» malade de M. Féré ^ voyait apparaître un membre viril. C'est aussi
t. Lépine, Obsession verbale et auditive. Société de médecine de Lyon, 12 juilicl
2. S. de Sanctis, Obsession et impulsion musicale. Poîiclinico, III, n" /|, 1896.
3. Larroussinie, Hallucinations succédant à des obsessions. ArctUues Je neurologie,