l'en'', Patholodie des éinolioiis, p. 4i6 (F. Alçan
96 LES lUÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
ec qui c;\i actériso les obsessions de Claire. Elle prétend voir apparaître suintement devant elle un hoiiiinc tout nu ou plutôt les parties sexuelles d'un homme en train de souiller une hostie consacrée et bien d'autres tableaux de même genre. Lod... etLise ont aussi vu des hosties par terre surtout lorsqu'elles apercevaient un crachat. We... prétend qu'elle voit dans le ciel des croix et des saintes. Parmi les malades qui ont des obsessions criminelles, Xa..., une des femmes obsédées par l'idée de tuer, voit devant elle, à pauche, une figure traversée au niveau des yeux par un long couteau de cuisine (fig. i). D'ailleurs cette hallucination du cou-
FiG. 1. — Dessin fait par la malade elle-iiipiiif pour représenter son hallucination, le couteau est vu d'une manière beaucoup plus nette que les traits du visage.
teau pointu est fréquente, on la retrouve chez Mb... et chez plusieurs autres. Vod... se voit couper le cou à sa petite fille. « Je me voyais la saigner, la mettre dans un cercueil et jeter la boîte dans une grande mare d'eau sale. » Fa... qui croit avoir des impulsions erotiques, « voit tous les hommes dans la rue se déboutonner et courir après elle ». Jean voit non seulement la servante au fou rire lui apparaître à droite mais la dame de ses pensées Charlotte perpétuellement devant lui ou dans sa tête.
Dans le groupe des honteux les hallucinations sont particulièrement curieuses. Une hallucination très fréquente est celle d'un trou, d'un précipice dans lequel ils vont tomber ou dans lequel i's sont tombés. Claire a longtemps côtoyé un grand précipice, maintenant elle est au fond du trou et elle voit, bien qu'il lui est impossible de remonter. Hi..., femme de /I7 ans, « voit moralement un trou dans lequel il lui semble qu'elle tombe ; si elle ne p uvient pas à se tirer de là, elle se tuera plutôt que de rester au fond ». On se souvient que Pascal, qui d'ailleurs avait bien des
LA TENDANCE A LA REPRÉSEiNTATION, L'HALLUCINATION SYiMBOLIQUE 97
symptômes de la maladie du scrupule, voyait à ses côlés un précipice. On a beaucoup discuté sur l'hallucination de Pascal : si elle est historique, ce qui est fort douteux, il faudrait la rapprocher des autres hallucinations du môme genre chez les scrupuleux, ce serait le meilleur moyen d'en comprendre la nature.
Il faut aussi rattacher au même groupe les cas suivants qui me paraissent particulièrement intéressants. Un jeune homme de 20 ans. Voz..., vient se plaindre d'un trouble singulier : il est distrait dans ses études et dans ses plaisirs par un spectacle gênant, il voit sans cesse devant lui un mur, et ce mur il le reconnaît bien : c'est celui de la première cour du lycée. Il est aussi gène dans ses promenades, car il marche sans cesse étroitement environné par quatre arbres, deux en avant et deux derrière lui. Ce sont quatre arbres bien connus de la cour du lycée. Enfin il est encore plus embarrassé quand il voit des chaînes ou des cordes qui sont tendues devant lui, qui s'enroulent autour des arbres précédents et qui lui barrent le chemin'. Rp..., un homme d'une trentaine d'années, que je viens d'étudier avec M. le P'' Raymond, voit passer devant lui un personnage à une distance d'à peu près cinq mètres. Ce personnage, qui est presque toujours le directeur d'une grande Ecole, a tantôt l'air souriant, tantôt l'attitude et le visage courroucé et menaçant. Ces cas pourraient être multipliés facilement, car ils sont en réalité très nombreux.
Ces phénomènes se présentent aA-ec l'apparence d'hallucinations : ce sont des phénomènes psychologiques qui semblent dans la conscience du sujet se confondre avec le phénomène de la perception extérieure, quoique pour un observateur placé en dehors du sujet, il n'y ait pas d'objet réel en rapport avec cette perception. Ils semblent représenter un système d'images correspondant à un objet, ils paraissent avoir l'apparence de l'extériorité, et s'imposer dune manière irrésistible. Aussi le sujet les donne-t-il pour des hallucinations. Le jeune Voz..., Claire et Rp... viennent consulter le médecin en demandant à être guéris de leurs hallucinations et, si on se borne à une observation superficielle, on les prendra évidemment pour des hallucinés. Cependant l'existence d'hallucinations complètes serait un lait singulier chez les scrupuleux. Comment ces malades qui n'arrivaient pas à l'impulsion
1. J'ai déjà présente ce cas à la Société de psychologie. Bulletin de l'Institut psyhoclogigue. juin it)oi,p. 188.
LES OBSESSIONB. I. T
complète, à l'exécution réelle de leurs idées, arrivent-ils à la représentation complète qui est un phénomène du même genre. Il ne faudrait l'admettre qu'après un examen démonstratif.
Or, chez la plupart de ces malades, ces prétendues hallucinations ne résistent pas à l'examen. « Tout objet blanc, disait Lod..., me fait penser à l'hostie, surtout quand il est sale, me force à regarder à deux fois, mais, quand je regarde, je vois bien que je me suis trompée. Ce n'était qu'un crachat par terre. ))Lise reconnaît même très bien qu'elle s'avance dans son délire presque jusqu'au moment d'avoir des hallucinations, mais qu'elle s'arrête en deçà. (( Dans mes grandes peurs du démon je sentais que j'allais commencer à voir quelque chose,* mais à ce moment je m'arrêtais. » Il ne faut pas se tromper au langage de We..: elle ne voit pas dans le ciel des croix et des saintes, elle cherche si elle les voit, ce qui n'est pas la même chose. « J'ai peur de les voir, je veux voir si franchement je les vois. » Tout cela ne ressemble pas àde l'hallucination.
En réalité il ne reste qu'un petit nombre de cas embarrassants. Mais on peut alors faire sur ces hallucinations les remarques suivantes, i" Ces hallucinations ne sont pas complètes et sont loin de présenter toutes les couleurs, tous les détails que l'on verrait dans un objet réel, il en résulte qu'elles sont vagues et manquent de netteté. Il faut insister un peu et ne pas trop inquiéter les malades en mettant en doute leurs hallucinations pour obtenir tous les aveux sur ce point. Xa... qui dessinait le couteau au travers delà figure, remarque bien que la figure est devinée plutôt qu'elle n'est vue. « J'ai besoin, dit-elle avec naïveté, de dessiner cette image pour me rendre bien compte de ce qu'elle représente. » Quoique Claire semble voir les images les plus terribles, il est facile de constater que ce spectacle manque beaucoup de précision. Il est impossible de lui faire dire la forme de ce prétendu membre viril, la place qu'il occupe par' rapport à l'hostie. Elle n'a jamais su me dire s'il était à la droite ou à la gauche de l'hostie et dans bien des cas, elle s'embrouille encoie davantage: « C'est quelque chose qui doit être comme un membre viril sans que je sache bien ce que c'est... En tous cas je suis bien convaincue que c'est quelque chose de sale. » Pour une image visuelle, c'est peu net.
Le dernier jeune homme Rp... serait fort embarrassé pour