L'hyputhi'se de la dérh'ation psychologique
Malheureusement les choses me paraissent un peu plus compliquées et me forcent à admettre une hypothèse nouvelle ou du moins à développer les précédentes. Non seulement le sujet met une opération inférieure à la place de la supérieure, mais cette opération inférieure prend un développement exorbitant qui nous étonne et qui paraît en disproportion avec le point de départ. Le sujet voulait faire volontairement une action simple qui, chez un homme normal, aurait été terminée en quelques minutes, il voulait obtenir une solution négative ou positive sur un petit problème qui demandait quelques instants de réflexion, il commençait une émotion de plaisir, une émotion artistique, ou même un sentiment de frayeur qui, vu les circonstances, n'aurait été ni bien intense ni bien prolongé : et voici qu'à la place de ces phénomènes simples se développent des agitations énormes, des ruminations durant des heures, des angoisses avec troubles respiratoires et cardiaques qui paraissent très graves. Il y a en apparence une disproportion telle que l'on a quelque peine à comprendre que le second phénomène ne soit que le substitut du premier.
On peut cependant comprendre cette transformation de différentes manières. On peut d'abord remarquer un fait très vrai, c'est que l'insuffisance psychologique du début est pénible et qu'elle détermine un certain genre de souffrance difficile à supporter. Cette souffrance serait la raison d'être des efforts infructueux du sujet et de son agitation. « Vous ne pouvez pas vous figurer, dit Lise, comme cet engourdissement qui m'empêche d'ariiver à une émotion est pénible. » « Cela finit par être horrible, dit Kl..., de ne pas savoir si oui ou non on croit quelque chose. » Il y a aussi le sentiment qu'on est bête, ridicule et celîi agace continuellement. « L'émotion, comme la lumière, dit Claire, ne va jamais jusqu'à moi, c'est exaspérant à la fin. On a tort de se moquer de moi, en disant que je cherche la perfection... Je n'ai pas cherché à me perfectionner, à être mieux qu'avant, j'ai cherché à reprendre ce qui s'en allait, voilà tout; j'ai cherché à combler le vide que je sentais, j'ai cherché à me retenir parce que j'avais un horrible sentiment do tomber. » En un mot si les malades se livrent à des agitations si considérables, c'eslparce que la lacune