‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 279 sur 380 · INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORCÉES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORCÉES

déterminée par la suppression du phénomène supérieur est douloureuse et qu ils cherchent tout naturellement, même par des efforts et des agitations prolongées, à se débarrasser d'une souffrance.

On pourrait aussi appliquer à cette souffrance une remarque intéressante et juste faite par M. Dumas, c'est que, dans cçrtains cas, la douleur est excitante '. Le mélancolique simplement déprimé, sans souffrance morale, présente dans tous ses phénomènes physiologiques et psychologiques un abaissement considérable ; le mélancolique en apparence plus malade, qui souffre et qui délire se montre beaucoup moins déprimé. Il y a chez le second une excitation déterminée par la souffrance elle-même. Dans ce cas voici comment on pourrait se représenter les choses : le scrupuleux, étant avant tout un psvchasthénique qui ne peut s'élever à la fonction du réel, a de temps en temps à propos d'actes volontaires ou de croyances des insuffisances psychologiques. Celles-ci déterminent des sentiments d'incomplétude et une douleur qui est excitante, qui amène dans l'esprit ou dans les viscères tout ce travail considérable de la rumination ou de l'angoisse.

Ces explications ne me paraissent pas suffisantes pour tous les cas ; il ne me semble pas que l'insuffisance du premier phénomène soit toujours sentie assez douloureusement pour déterminer soit d'une manière presque volontaire soit d'une manière automatique toute l'agitation consécutive.

Il faut compléter notre première hypothèse sur l'insuffisance de tension et la suppression des phénomènes supérieurs par une notion qui s'y rattache tout naturellement, celle de la dérivation. Quand une force primitivement destinée à être dépensée pour la production d'un certain phénomène reste inutilisée parce que ce phénomène est devenu impossible, il se produit des dérivations c'est-à-dire que cette force se dépense en produisant d'autres phénomènes non prévus et inutiles.

Des allusions à des opérations de ce genre ont déjà souvent été faites par les psychologues. Cabanis considérait déjà « la sensibilité comme une espèce de fluide, si elle ne peut s'écouler d'un côté, disait-il, elle s'écoule d'un autre... Les travaux et les

I. G. Dumas, La tritessse et la joie, 1900, p. 27, 95,'357 (Paris, F. Alcan).

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exercices du corps font une diversion et la réflexion ne peut pas naître ' ».

Spencer explique de cette façon les expressions de la physionomie qui se produisent au cours de certaines "émotions. L'excitation incomplètement utilisée dans la production des phénomènes de conscience se dépense en déterminant la contraction de petits muscles peu résistants'. Le rirft est le résultat d'une dérivation de la force nerveuse vers les muscles les plus faibles qui se meuvent le plus habituellement. Cette dérivation a lieu parce que l'émotion commencée se trouve en contradiction avec la situation donnée et qu'elle ne peut pas continuer à se développer. 11 y a un surplus d'excitation qui doit s'écouler; la décharge se produit par le canal qu'elle trouve ouvert et produit le rire. L'irascibilité, dit encore Spencer, se produit par suite d'une inactivité relative des éléments supérieurs, la décharge se fait d'une manière soudaine par des plexus inférieurs qui ajustent la conduite aux impressions pénibles^.

Dumont explique d'une manière analogue les caractères de la déception. « Quand nous attendons un événement, dit-il, un ensemble d'idées et de tendances sont en éveil, la déception supprime brusquement leur emploi, les forces inemployées se dépensent en luttes et en tristesses*. » Je crois que l'on pourrait compléter la remarque très juste de Dumont par une étude analogue sur les phénomènes de l'attente. Pendant l'attente tout un ensemble de forces est mis en mouvement, est préparé, elles trouveront leur emploi quand le signal sera donné par l'événement, mais en l'attendant elles restent sans emploi. On observe alors toutes sortes de phénomènesd'agitation motrice ou mentale et même d'excitation viscérale qui cessent dès que l'attente est terminée. Voici un fait que j'ai observé bien souvent et que l'on peut facilement vérifier. Des jeunes gens sont réunis pour un concours et attendent que l'on dicte le sujet de la composition. L'attente du sujet du travail les tient dans une agitation extrême : ils ne peuvent tenir en place, ils ont une foule de pensées, de craintes, d'angoisses, ils ont des besoins fréquents d'uriner par

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