Tiss'c, Revue scientifique, i8y6, II, f>. fi/jS
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positifs, des opérations qui restent possibles, lesquelles peuvent très bien ôtre exagérées par la suppression des premières'.
M. E. Wright, en étudiant l'élément physiologique de l'émotion exagérée, dit que ces réflexes viscéraux sont secondaires, et sont une simple dérivation des forces cérébrales mal employées.
Hack Tuke indique une remarque du même genre à propos des rêveries. Si, dit-il, on est. occupé à un travail monotone et facile, menuiserie ou jardinage, qui ne demande que peu d'attention et de travail menlaL et si cependant par inexpérience on fait à ce moment un grand effort d'attention, il en résulte une excitation" de l'attention et une alimentation insuffisante. Cette situation amène régulièrement une foule de rêveries qui se reproduisent indéfiniment'.
Enfin M. Freud semble faire un emploi très intéressant de cette notion pour expliquer les phénomènes de l'angoisse. D'après lui l'angoisse aurait toujours pour origine des phénomènes d'excitation génitale. Cette excitation devrait normalement se dépenser dans l'exécution de l'acte spécifique, si par abstinence, par suite du coït imparfait, ou pour d'autres causes cette excitation n'arrive pas à son terme elle s'écoule en suivant d'autres voies et donne lieu à des réactions viscérales pathologiques qui déterminent l'angoisse.
Je pense depuis longtemps qu'il est nécessaire de comprendre d'une manière plus large le rôle de ces phénomènes de dérivation dans la pathologie mentale.
D'abord la dérivation ne donne pas uniquement naissance à des phénomènes viscéraux et à de l'angoisse comme le pensent quelques-uns des auteurs précédents. Elle peut prendre diverses directions suivant les prédispositions individuelles et les circonstances, elle peut être musculaire et déterminer des agitations ou des mouvements plus ou moins systématisés, elle peut être viscérale et déterminer des excitations de l'appareil circulatoire, de l'appareil respiratoire ou même de l'appareil intestinal ou vésical, elle peut être aussi cérébrale et déterminer des phénomènes intellectuels de diverses sortes, pourvu que ces phénomènes restent d'ordre élémeutaire, restent des phénomènes de basse
I. H. Jackson, On imperatîve ideas. Brnin, i8g5, p. 3i8. a. Cf. G. Mercier, Brain, 1895, p. 3uy.
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tension, des images automatiquement associées, des idées abstraites, des raisonnements, etc.
Ce qu'il est le plus important de bien comprendre, c'est .'origine de la dérivation. Je ne puis admettre que l'origine de la ibrce qui va dériver provienne uniquement de l'excitation génitale inassouvie. Cela arrive sans doute dans certains cas et j'ai montré des malades qui ont des crises de rumination parce qu'elles sont incapables de parvenir à l'émotion génitale complète. Mais nous avons observé le même fait après des émotions artistiques, des émotions de chagrin, de peur, etc., qui ne parvenaient pas non plus à leur terme, nous l'avons vu également après des efforts d'attention ou de croyance, après des tentatives d'acte, surtout quand ces efforts et ces tentatives n'aboutissaient pas. En un mot, la dérivation peut se produire toutes les fois qu'un phénomène supérieur de haute tension a commencé à se produire, et qu'il est arrêté dans son développement par cet abaissement du niveau mental qui rend impossibles les phénomènes de haute tension.
Cette conception permet de résoudre la difficulté qui nous avait arrêtés dans l'interprétation des crises d'agitation forcée. Comment se fait-il, demandions-nous, qu'au phénomène initial supprimé, qui semblait un phénomène unique et assez petit, se substitue une quantité énorme d'autres phénomènes secondaires qui se prolongent pendant longtemps ?
Je crois que l'on pourrait répondre par un développement de notre hypothèse relative à la hiérarchie psychologique et aux degrés de tension des phénomènes. Quand un phénomène psychologique est très supérieur à un autre, la tension qu'il exige pour se produire pourrait être suffisante, si on l'employait autrement, pour produire cent fois le phénomène inférieur. Un courant électrique de I lo Volts est nécessaire pour allumer une lampe électrique et il produit ainsi une lumière qui ne nous parait avoir rien d'excessif. Mais si on appliquait le même courant à des sonnettes, il en ferait marcher des quantités et produirait un vacarme. Si on lui faisait traverser des fils métalliques résistants, il les ferait rougir et pourrait déterminer un incendie. Une quantité donnée d'énergie calorique doit être portée à 1800". cest-à-dire à un degré élevé de tension pour fondre une quantité minime de platine, si cette même quantité d'énergie n'arrive qu'à la tension de ^00°, elle ne pourra plus fondre un milligramme de platine, mais elle pourra
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facilement fondre des kilograninics de plomb. Nous sommes amenés à admettre de même que la tension psychologique inemployée pour les phénomènes supérieurs qu'elle ne peut plus produire se dépense en phénomènes inférieurs, et qu'elle donne alors naissance à une véritable explosion de phénomènes infiniment nombreux et puissants, mais toujours inférieurs dans la hiérarchie. Eh bien, c'est cette conception de la dérivation ainsi entendue que nous devons appliquer à l'interprétation des crises d'agitation motrice, d'angoisse ou de rumination mentale. L'examen de quelques faits nouveaux nous montrera que cette interprétation résume d'une manière commode un certain nombre de caractères de ces crises.