LES PRINCIPALES VARIÉTÉS CLINIQUES &S
serait peut être la plus tenace et la plus fixe au point de vue clinique.
2° Les scrupuleux et les criminels. Ce qui les caractérise c'est que leurs obsessions renferment toujours une préoccupation morale; les manies des pactes, des conjurations, des symboles sont particulièrement développées chez les scrupuleux; beaucoup de phobies et en particulier l'éreutophobie se rattachent à cette variété. Quelquefois les malades restent à ce degré et évoluent vers des idées de culpabilité ou vers des obsessions relatives à la liberté idéale, à la vertu parfaite. Très souvent le scrupule se complique d'obsessions criminelles : c'est là une sous-variété très importante quoique très voisine de la forme précédente. Il s'agit de malades obsédés par l'idée du meurtre, du vol, du suicide, etc. Quoique ces obsessions ainsi qu'on l'a vu arrivent raremeut à l'acte c'est la forme de la maladie la plus grave au point de vue social. Elle peut devenir dangereuse et aboutir à des délires psvchasthéniques.
3° Les lirpocondriaques et les toxicomanes. Quoiqu'ils aient au fond le même état d'esprit que les scrupuleux, les hypocondriaques dirigent leur préoccupations du côté de leur santé corporelle. Ce sont des inquiets avec des angoisses, des algies, des phobies, des manies de précaution. Leurs obsessions portent naturellement sur la mort, la maladie et très souvent sur la tuberculose et la syphilis. On peut dire que ce sont des malades peu dangereux pour les autres, mais qui éprouvent peut-être les plus grandes souffrances. Une sous-variété importante de ce groupe est constituée par les sujets qui croient avoir trouvé un remède à leurs souffrances dans l'usage de tel ou tel poison, l'alcool, la morphine, l'éther, ou dans l'abus de tel ou tel procédé: l'alimentation excessive ou la marche. Il est à noter que ce sont les im- ■ pulsions présentées par ces i.K'lades qui sont parmi les plus irrésistibles : peut-être, comme nous I avons vu, faut-il faire intervenir pour expliquer ce fait l'état de besoin organique créé par le toxique et aussi la force de l'instinct vital qui vient s'ajouter à l'obsession.
[\° Les pe?'vertis génitaux. Si on se plaçait au point de vue strictement scientifique, les malades atteints de manie ou d'impulsions génitales devraient être répartis dans les deux groupes précédents : ce sont des obsiédés criminels ou des hvpocondriaques impulsifs. Mais comme MM. Raymond et Arnaud l'ont fait juste-
LKS OBSESSIONS, I. Î\À
ment remarquer ce groupe de malades mérite d'être distingué des autres, si on se place au point de vue de la pratique médicale. D'une part les manifestations symptomatiques sont ici d'une nature très particulière, d'autre part ces malades sont parmi les plus impulsifs. Ils le sont autant, si ce n'est plus, que les toxicomanes : cela tient à mon avis à la puissance de l'instinct génital qui est ici éveillé par l'obsession.
Comme je l'ai fait remarquer ces groupes n'ont rien de bien précis : un malade passe bien souvent d'une catégorie à une autre. Beaucoup de nos sujets ont été des scrupuleux dans leur jeunesse et plus tard des hypocondriaques. Mais en général un sujet reste pendant un certain temps dans une catégorie déterminée et ces classifications purement cliniques permettent de prévoir chez lui les pi'incipales manifestations de la maladie.
La psychasthénie constitue une maladie essentiellement longue dont la durée minima est de plusieurs mois et qui très souvent remplit la vie entière. Des variétés intéressantes sont encore constituées par cette durée et par la façon dont la maladie la remplit.