‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 351 sur 380 · La médication ionique · texte numérisé non relu

La médication ionique

Il ne faut pas publier que cette excitation apparente du sujet est toute seconduïre et qu'elle est la manifestation d'un épuisement réel, d'une insuffisance du système nerveux central qui ne peut plus atteindre la tension normale. L'essentiel serait évidemment de relever la force du système nerveux, c'est le problème général des états neurasthéniques, il n'est dans ce cas plus facile à résoudre que dans les autres. Sans doute les précautions d'hygiène que j'ai mises au premier rang ont sur ce point une influence incontestable. Une alimentation convenable que le malade puisse digérer, la suppression des toxines que produisaient les alcools, les viandes fermentées insuffisamment digérées, etc., sont pour beaucoup dans le relèvement du système nerveux. Malheureusement ces précautions sont loin de sulfire toujours, d'ailleurs la mauvaise digestion dépend elle-même de cette insuffisance du système nerveux et l'on tourne dans un cercle vicieux. Il faut donc recourir à tous les" toniques nervins, à tous les reconstituants et dans notre ignorance il faut souvent les varier.

Les phosphates occupent une grande place parmi les toniques nervins. La vogue a été longtemps aux glycérophosphates, j'en ai lait prendre à tous ces malades des quantités énormes et, comme un très grand nombre sont guéris, on peut supposer que ce médicament a eu une influence favorable. Aujourd'hui la mode se

7li LE DIAGNOSTIC ET LE TUAITE.MENT

loiirnc clavaiitagc vers une autre lonne la léeilhine, qui m'a donné quelques résultats heureux, il est tout indicjué d'y recourir. L'arsenic sous In (oinie actuelle des cacodylates et des niétharsinates m'a paru avoir une très bonne influence sur l'état physique et par là influencer favorablement l'état mental surtout quand les obsessions avaient pour point de départ un grand sentiment de faiblesse et de dépression.

Depuis nn an, séduit par la lecture du travail de M. Joulie, j'avais fait analyser très souvent l'urine des obsédés au point de vue de l'acidité et j'avais constaté de nombreux cas d'hypoacidité, ainsi que je lai indiqué plus haut : dans ces cas j'ai voulu essayer le traitement de M. Joulie par l'acide phosphorique». La potion que j'employais était la suivante:

Acido pliospliorique otTicinal lo gramme».

IHiosplialc de soude 3o —

l']au distillée 25o —

dont je donnais aux malades de deux à six cuillerées à café par jour. , ^

Les dangers de cette médication essayée graduellement m'ont paru minimes. Dans un certain nombre de cas, les résultats ont été assez intéressants pour que je continue quelquefois à recourir à cette médication. Chez une malade en particulier, à deux reprises un eczéma de la face a été complètement guéri et il reprenait quand on cessait cette médication. L'état général s'est amélioré et l'état mental, aidé, il est vrai, par un traitement moral que je crois très important, s'est beaucoup amélioré'.

Parmi les autres excitants de la nutrition nerveuse MM. Pitres et Régis citent l'ovarine dont ils ont vu les bons effets dans un cas. Dans une dizaine de cas, j'ai essayé la thyroïdine ou la poudre de corps thyroïde parce que certains symptômes me rappelaient le mvxœdème fruste que l'on a beaucoup étudié récemment ; dans plusieurs de ces cas je n'ai pas constaté de modification appréciable, mais dans cinq cas et en particulier dans le cas de Ron..., les changements ont été remaïquables. La santé phvsique s'est transformée, les troubles circulatoires qui rendaient les mains rouges et froides, le nez rouge, qui déterminaient une impression de froid général ont assez vite disparu,

I. (If. A. Martinet, Indications et contre-indications de la médication pliosphoriijiie. Presse médicale, 8 janvier 1902, p. '60,

rinquiétude et les obsessions se sont prolongées quelque temps encore et ont cédé après un traitement de quelques mois. Je n'ai pas revu ce malade et ne sais s'il a récidivé. Cette observation (lui m'a frappé montre donc que dans certains cas, assez rares peut-être, des troubles analogues à ceux du myxœdème fruste peuvent jouer un rôle dans la psychasthénie. Il faudrait donc dans des cas semblables songer à la thyroïdine et dans d'autres peut-être voisins à l'ovarine.

Un traitement auquel j'ai eu très souvent recours ce sont les injections sous-cutanées d'une solution saline concentrée : la solution de Chéron. Ces injections qui relèvent la pression vasculaire et déterminent une excitation vitale de tout 1 organisme ont eu souvent des effets fort utiles.

Je ne cite que pour mémoire les grandes injections du sérum de Ilayem que j'ai faites chez Nadia à la dose de 5oo grammes pendant la période de confusion mentale et de stercorhémie. Ces injections ont certainement contribué à sauver la malade et leur action est bien connue. J ai eu souvent recours également aux injections de slrvchnine (de i à 5 centigrammes), qui ne m'ont pas paru avoir des effets plus nets que les solutions précédentes moins dangereuses.

Un très grave problème se pose à propos de ces traitements par toniques nervins, c'est celui des injections de morphine. On sait que M. A. Voisin avait fait de la moiphine la base de sa thérapeutique des maladies mentales, il en avait obtenu quelquefois des résultats remarquables. Certains faits d observation m'ont montré depuis longtemps que cette thérapeutique reposait sur des observations en partie exactes. J'ai vu des hystériques anesthésiques qui perdaient tous leurs stigmates après des injections de morphine; je connais des obsédés qui ont recouru à la morphine et qui ont été guéris au moins momentanément. Ces phénomènes se comprennent : la morphine n'agit pas uniquement comme un anesthésique, de même que l'alcool elle détermine une excitation du système nerveux qui peut augmenter sa tension et supprimer momentanément les résultats de son insuffisance. Cependant j ai longtemps reculé devant l'emploi de cette méthode ■ à cause des dangers de la morphinomanie chez des malades si disposés à^contracter un besoin pathologique et une impulsion. Je restais convaincu que chez la plupart des psychasthéniques, 'es dangers de ce médicamsnt dépassaient ses avantages.

L'ohsfMvation de certnins Aiits nu' rcwd [luiiiitoiiiiiit un ' peu plus ht'sitaîil. L année dernière une malade que j'ai citée dans ce travail Mb... impulsions homicides et délire du doute à propos des perceptions des sens) ma réclamé le traitement par la morphine, je le lui ai refusé et elle s'est adressée à d'autres personnes qui le lui ont appliqué. J'ai appris, malheureusement sans détails, qu'elle avait obtenu ainsi une amélioration remarquable.

Dans un cas particulièrement grave, je me suis décidé à recourir à quelques injections de morphine. Il s'agissait de Qsa..., cet homme de 55 ans, qui présentait les algies, les phobies de la digestion et qui arrivait souvent à des terribles crises des efforts de vomissement. Cet homme ne pouvait plus du tout se nourrir et il était bien difficile d'obtenir une amélioration de l'état mental avec une .alimentation aussi insulfisante. Il est incontestable que quelques piqûres d'un centigramme de morphine m'ont permis d'arrêter bien plus facilement les efforts de vomissement et de nourrir le malade. Le poids a augmenté, j'ai pu diriger un peu l'esprit et modifier quelques habitudes pathologiques. Je n'ai pas eu à déplorer d'accidents de morphinomanie car j'ai pu supprimer la morphine sans difficulté.

Voici d'ailleurs une précaution que j'avais prise dans ce cas et que je crois devoir être souvent fort utile. J'ai toujours caché au malade quand je faisais usage de la mor|)hine et à quelle dose. Des injections de sérum de Chéron que je lui faisais régulièrement permettaient de dissimuler facilement, quand il y avait lieu, la dose de morphine ; la suppression se fit également à son insu. M. Joffi'oy a déjà justement insisté sur cette facilité beaucoup plus grande de la démorphinisation quand on peut trompei complètement le malade et lui laisser ignorer la suppression de la morpiiine. Il y a donc des cas où la morphine par son action excitante et analgésiante peut rendre des services remarquables, mais il n'en reste pas moins vrai que son usage est parliculièremen* dancrereux chez ce oenre de malades, nu il doit être très réservé, et qu'il demande beaucoup de prudence et de précaution.

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