‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 369 sur 380 · INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME

la manifestation d'un trouble apporté par l'individu dès sa naissance et faisant partie de sa constitution en raison de ses antécédents héréditaires. Schiile en fait une folie héréditaire simple dans le groupe des psvchoses dégénératives, Krafft-Ebing rattache aussi la folie du doute aux psychoses dégénératives, Tamburini en fait la forme la plus élémentaire de la dégénérescence mentale, Magnan surtout et tous les aliénistes qui se rattachent à son école font de ces phénomènes un symptôme épisodique de la folie héréditaire des dégénérés \

Il va dans cet enseignement quelque chose de très juste, c'est de montrer l'importance de l'hérédité dans les conditions étiologiques de ces troubles; en outre l'enseignement de iNI. Magnan a beaucoup contribué à réunir tous ces symptômes en un seul tout et à faire cesser la création des innombrables manies et phobies distinctes. Mais il me semble que l'on prépare des confusions si on considère la psvchasthénie comme une simple dégénérescence mentale.

En effet si on prend le mot dégénérescence dans son sens vague comme signifiant une diminution, un moindre fonctionnement d'un organe, cette opinion est évidemment juste, mais elle est si vague qu'elle ne permet aucune distinction et peut s'appliquer à tous les troubles possibles. ^IM. Magnan et Legrain ont défini ainsi la dégénérescence « c'est l'état pathologique de l'être qui comparativement à ses générateurs les plus immédiats est constitutionnellement amoindri dans sa résistance psycho-physique et ne réalise qu'incomplètement les conditions de la lutte héréditaire pour la vie ». M. Magri la définissait ainsi : « est dégénéré tout organisme qui est incapable par lui-même, par défaut organique et psychique, d'affirmé]' sa propre individualité et qui mène une vie parasitaire, improductive et nuisible à la société - ». De cette façon, le psychasthénique qui pour nous présente une moindre faculté d'adaptation à la réalité est évidemment un dégénéré. Mais la paralysie générale aussi est une régression de 1 activité cérébrale, la confusion mentale, l'idiotie de même empêchent l'individu de s'adapter à la réalité et on ne peut pourtant pas confondre tous les troubles cérébraux à cause de ce caractère commun.

I. Magnan, Leçon sur la folie héréditaire. Ann. méd. psych., novembre 1886 p. '|54. Cf. Saiirv, Syndromes épisnd'u/ues des dégénérés, 1886.

a. Fr. Magri, La Jegenerazione considcrata nella sue causa. Pisc, i8gi.

748 LA PLAGE DE LA PSYCHASÏHÉNIE PARMI LES PSYGIiO-NÈVROSES

Si ou prend ce mot dégénérescence d'une manière plus précise comme une malformation héréditaire et congénilale, cette interpi'étation appliquée à la psvchasthénie me paraît très contestable. Les troubles psvchasthéniques peuvent survenir tardivement chez\ des individus normaux ii la suite d'une maladie infectieuse ou de violents troubles moraux. D'autre part, les obsessions proprement dites ne caractérisant pas les véritables dégénérés ne se retrouvent pas dans l'état mental des idiots et des imbéciles, au contraire, comme le remarque M. Séglas, elles sont d'autant plus rares que l'état de dégénérescence est plus profond \ Comme l'ont remarqué MM. Pitres et Régis, on constate rarement chez les obsédés les stigmates physiques de la dégénérescence qui devraient être fréquents si leur maladie n'était qu'une manifestation de leur dégénérescence.

Sur ce point voici comment on peut, si je ne me trompe, concilier ces contradictions. L'hérédité est ici simplement prédisposante, elle produit un cerveau dont la tension est sinon faible, du moins fragile, capable de s'abaisser trop facilement sous les influences que nous avons étudiées. Si les autres circonstances sont cependant favoiables, si l'esprit n'a pas en raison de l'éducation ou de l'instruction une trop grande étendue, si les conditions déprimantes ne se présentent pas, cette faiblesse de tension ne se produira pas et les troubles ne se manifesteront pas. C'est là un fait difficile à vérifier mais bien vraisemblable : nous vovons que deschaiigementsheureux du milieu guérissent souvent des obsessions toutes constituées. Il est bien probable que, si ces circonstancesheureusess'étaient manifestées dèsle début, la maladie n'aurait même pas apparu. 1! doit en être souvent ainsi pour ces enfants de familles tarées qui, gardant une vie aussi simple et tranquille que possible, échappent au développement des germes qu'ils portent en eux-mêmes. Pourquoi d'autres prédisposés n'échapperaient-ils pas, grâce à une éducation bien comprise ? Ces remarques ne s accordent guère avec la conception d'une dégénérescence dont le caractère propre est d'être fatale. Dans d'autres cas un ensemble de circonstances fâcheuses provoque cette diminution de la tension psychologique qui était latente, donne naissance à des phénomènes d'insufTisances, à des troubles de dérivation et constitue les états ps'ychasthéniques. Enfin les

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