‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 370 sur 380 · I. Séglas, Malndii's iiiriitalc.t. p. 6t · texte numérisé non relu

I. Séglas, Malndii's iiiriitalc.t. p. 6t

INTERPRÉTATION PATllULUdKjUr. DU SYNDROME 749

mêmes circonstances fâcheuses mais|jilus graves, plus prolongées produiront le même effet sur des individus qui appoitaient peu de prédispositions congénitales.

Ces caractères sont ceux qui appartiennent à toutes les maladies dans lesquelles les prédispositions héréditaires jouent unrôle. Puisque l'on considère l'hystérie, l'épilepsie, le délire des persécutions comme des maladies, il me semble juste de dire de même que la psvchasthénie n'est pas uniquement une bizarrerie du caractère ou une dégénérescence, mais que c'est une maladie dont il reste h déterminer le caractère.

Tout en faisant de la psychasthénie une maladie, beaucoup d'auteurs hésitent à en faire une maladie spéciale et distincte des autres, ils essayent de rattacher ces symptômes à d'autres groupes pathologiques. Voici une opinion exprimée autrefois par Bigot et qui est eiicore reproduite souvent d'une manière plus ou moins explicite : « la folie raisonnante, disait-il, n'est ni un genre, ni une espèce, mais une variété de la période transitoire de la raison au délire qui se trouve dans tous les genres et dans toutes les espèces d'aliénation mentale et qui même ne mérite ce nom de variété que lorsque le caractère équivoque se fait remarquer par une trop longue durée, qui laisse au second plan la période d'évidence du délire.^, c'est une sorte de phase incertaine mêlée inégalement de délire et de raison ^ » Certainement beaucoup de maladies mentales ont une période prodromique, dans laquelle il y a de la confusion, de la tristesse, des rêveries et même des idées irrésistibles dont le malade ne se sent pas le maitre. Mais si on veut bien faire l'analyse psychologique de ces prodromes, on n'y verra pas les caractères de l'insuHisance mentale de l'obsédé, de cette insullisance si particulière qui ne porte que sur. les fonctions du réel et qui laisse intactes les opérations intellectuelles proprement dites. Dans les prodromes des maladies mentales, il y a plutôt de la confusion mentale, ce qui est tout autre chose. En outre, on trouvera dans ces prodromes les caractères propres à la maladie mentale qui commence : la démence spéciale de la paralysie générale, la douleur morale de la mélancolie n'appartiennent pas à la symptomatologie des

I. V. Bigot, Des périodes raisounaiilcs de l'aliénation mentale. Revue srieiUiJiquc, 1877, I, p. 1343.

7oO LA PLACE DE [,A PSVCHASTIIliNIE PARMI LES PSYCHO-NÉVROSES

obsessions. Enfin des prodromes ne peuvent pas duier dix ans et nous voyons l'ensemble des symptômes de nos malades se maintenir dans le même sens pendant dix et vin^î ans.

Je n'admettrai donc pas non plus des opinions comme celle de Lasègue qui rattache les obsessions à la mélancolie perplexe. Des obsédés peuvent aboutir à la mélancolie anxieuse, mais c'est là une complication de leur maladie et l'on voit bien qu'ils changent de caractère : il n'ont plus de véritables ruminations, ils ne s'interrogent plus véritablement, ils souffrent et gémissent avec une agitation vague qui a supprimé les caractères spéciaux précédents.

Je serai beaucoup plus embarrassé en présence des opinions analogues à celle de M. Arndt, de M. Morselli qui appellent cette maladie « paranoia rudimentaire ». On peut dire, en effet, que les obsessions sont très voisines des délires svstén'iatisés, en particulier du délire de persécution : j'ai déjà fait remarquer ce voisinage. Il n'en est pas moins vrai que l'évolution d'un délire de persécution avec la conviction allant jusqu'aux actes, la systématisation croissante, les hallucinations auditives, est loin d'être la même que celle delà maladiedes obsessions. Ilest probable, quand on connaîtra mieux le délire de persécution, qu'on lui trouvera un début analogue à celui de la psychasthénie, avec une certaine modification psychoh)gique qui lui donne une autre évolution et en fait une variété distincte.

Le groupe des maladies dont la psychasthénie se rapproche le plus est celui des névroses dans lesquelles nous observons les mêmes symptômes d'épuisement nerveux et iin état mental analogue. Morel disait déjà que le délire émotif est plutôt une névrose qu'une psychose, Meynert ^ admettait que cette maladie appartient au complexus de l'hystérie et de l'hypocondrie. M. Haskovec remarquait que « l'étiologie et la pathogénie des phobies et des idées fixes étaient les mêmes que celles de ce grand groupe de lésions fonctionnelles du système nerveux que nous désignons sous le nom de névroses" ». Mais il est admis aujourd'hui que les névroses sont en majeure partie le résultat de troubles fonctionnels de l'écorce cérébrale, troubles se mani-

T, Mejnert, TTehpt< Zwancçsvorstellungen. Wien. klin. Wochenschrift, 3 mai li

p. lO.,.

•j. Haskovec, up, cit., p. 127.

INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME ?ol

ffs!:int pi\r des perluibations psycho-physlolooiciues. oa ne peut donc pas les opposer trop complètement comme on le faisait autrefois airx psychoses. Aussi peut-on dire justement avec MM. Pitres et Régis que la psychasthénie se rattache aux états mixtes, que c'est une psycho-névrose.

Pour préciser maintenant sa place parmi les psycho-névroses, il faut voir ce qui la rapproche ou la distingue des formes voisines. Je ne reprendrai pas ici la comparaison des névroses au point de vue du diagnostic qui a déjà été faite dans un chapitre précédent, j'insiste seulement sur les conceptions générales que l'on peut se faire de ces diverses névroses et sur les relations que présentent entre elles ées diverses conceptions générales.

J'ai déjà montré les rapports étroits de la psychasthénie avec l'épilepsie. Je crois que dans les deux maladies il y a des oscillations considérables du niveau mental et que des abaissements ou des chutes de la tension psychologique ou nerveuse entendue comme il a été dit jouent dans les accidents de ces deux névroses le rôle principal. Mais dans l'épilepsie, autant que nous pouvons le savoir, cette chute est considérable et momentanée. Elle vajusqu'à la perte •complète de conscience pendant un temps assez court, ensuite la tension se relève non pas sans doute d'une manière complète, mais d'une manière suffisante pour que le sujet se sente à peu près normal et ne se plaigne pas d'ordinaire de ces sentiments d'incomplétude qui sont si caractéristiques du psvchasthénique. Les phénomènes de dérivation se retrouvent, je crois, dans les convulsions de l'accès : ils sont violents art d'ordre très élémentaire, c'est-à-dire que la dérivation ne se fait pas sous forme de ruminations mentales, phénomène conscient et relativement supérieur, ni sous forme d'états émotifs conscients, ni sous forme de ces mouvements encore à demi ' intelligents qui sont les tics, mais sous la forme des mouvements les plus élémentaires. Dès que ces caractères de l'accès épileptique diminuent, dès que la chute de tension est moins grande, mais se prolonge plus longtemps, quand les dérivations sont moins élémentaires, on voit apparaître des délires épileptiques qui se rapprochent beaucoup des phénomènes psychasthéniques. Quelques-uns d'entre eux déterminent des sentiments d'incomplétude, des doutes sur la réalité de la personne et du monde extéiieur tout à fait identiques à ce qui existe chez les obsédés. Sans voir dans cette proposition autre chose qu'une image destinée à montrer les rap-

7û2 LA PLAGE DE LA PSYGHASTIIÉNIE PARMI LES PSYCHO-NÉVROSES

ports apparents de ces deux psvcho-névroses, il me semble que létat psychasthéniques est une épilepsie atténuée et chronique.

Les rapports de la psvchasthénie et de l'hystérie sont intéressants et instructifs. Au premier abordles deux maladies semblent être assez voisines : 1 aboulie, l'aprosexie existent dans 1 une comme dans l'autre, il v a dans les deux névroses une diminution de l'activité nerveuse et mentale. Cependant Morel remarquait déjà que le délire émotifserapprocheplus de la neurasthénie que de Ihystérie. Beaucoup d'auteurs ontdéjà remarqué de même la grande différence clinique qui sépare la psvchasthénie de l'hystérie. J'ai beaucoup insisté pour faire ressortir cette opposion qui me semblait curieuse : en voici les principaux points. Le psychasthénique est surtout un incomplet dans tous ses phénomènes pathologiques, il a desimpulsions mais elles ne s'exécutent pas, il a des hallucinations mais elles ne paraissent pas réelles et il n'est jamais trompé par elles, il a des idées obsédantes mais il sait qu'elles sont fausses et il est le premier à les mettre en doute, il a des périodes d'agitation et des périodes d'immobilité, mais il ne va jamais jusqu'à l'attaque ni jusqu'au sommeil, ces crises n'amènent jamais l'amnésie, il se sent dédoublé mais il n'a jamais de subconscience et il sait toujours très bien ce que pense la seconde personne. Ce caractère d'incomplétude se retrouve encore dans les phénomènes normaux qu'il a conservés, il ne sent pas bien, il ne se souvient pas bien, il ne fait pas bien attention, il n'agit pas bien, mais il n'a point d'anesthésie complète, ni d'amnésie, ni de paralvsie. En un mot il est incomplet toujours et partout, mais jamais il ne va plus loin que cet état d'insuffisance générale ; il a surtout un « voile sur la pensée » qui obscurcit les phénomènes psvchoiogiques supérieurs, qui les diminue partout, mais qui ne détermine nulle part de lacune précise ou profonde.

L'hvstérique présente sur tous ces points des différences importantes : d'une part, les phénomènes que l'hystérique a conservés sont tout à fait complets et vont jusqu'à la fonction du réel : le malade ne doute ni de sa personne ni des choses extérieures. Bien mieux ceâ phénomènes conservés sont pliitùttrop développés, le sujet exécute complètement ses idées impulsives, si complètement et si facilement même qu'il suffit de lui inspirer une idée pour qu'il la transforme en acte, il développe ses images jusqu'à ' Ihallucination coinj)lète et il suffit d'une suggestion pour que cette hallucination surfisse, il arrive très facilement à la convie-

LNTKRPHËTATIOX PATHOLOGIQUE DU SYiNDROiME 753

tion extrême. D';uitre part, l'hystéiique pousse aussi à l'extrême les phénomènes négatifs et il présente dans son esprit de véritables lacunes : il a des anesthésies, des amnésies, des paralysies, des subet)nscienees véritables. Sans doute ces lacunes ne portent d'ordinaire que sur la conscience personnelle, mais cette conscience même présente des lacunes qui n'existent pas chez l'obsédé.

A (pioi tiennent ces différences remarquables? A un fait capital ({ue piésente l'hystérique et qui n'existe pas chez le psychasthénique, au rétrécissement du champ de la conscience. L'hystérique restreint son activité mentale, se concentre en quelque sorte sur quelques phénomènes, il en résulte que les phénomènes conservés ne sont pas abaissés, incomplets, mais qu'ils sont plutôt trop développés et que les phén(jmènes négligés s'effacent de plus en plus et disparaissent de la conscience personnelle. Ce qui caractérise l'hystérie c'est ce rétrécissement, cette localisation sur certains points de la force subsistante. La faiblesse mentale se manifeste dans cette maladie comme faiblesse de synthèse, tandis que dans la psychasthénie elle se manifeste par un abaissement général de tension et par la simple diminution des fonctions supérieures ou fonctions du réel à peu près sur tous les points. Si l'on peut ainsi dire, la réduction de la conscience semble se faire géométriquement chez le premier, en réduisant le nombre des fonctions conservées, dynamiquement chez le second en réduisant la force, la perfection de tous les phénomènes. Sans doute il y a quelques cas de transition : le plus curieux me semble constitué par l'état d'esprit de certains extatiques, mais en général cette différence entre les deux psycho-névroses est très nette.

Beaucoup d'auteurs rapprochaient les obsessions, la folie du doute, les phobies, de la neurasthénie (Westphal, Krapelin, KralTt-Ebing, Morselli, Ventra, Bouveret, Levillain, Féré, Mathieu, etc.)Récemment les auteurs, qui ont essayé de constituer comme maladie distincte la névrose d'angoisse, ont voidu la séparer de la neurasthéuieet même l'yopposer. Les conceptions de M. Freud' sur ce point ont été très bien résumées et discutées dans le travail de M. ilarlenberg sur la névrose d'angoisse^.

I. S. Freuil (de Vienne), Sur la légitimité de séparer de la neurasthénie un syndrome défini sous le nom de névrose d'angoisse. Neurol. Centralblutt, i8g5, p. a. 2- Ihiilrnljerg, Ln néiTose d'unijoissc, 1901, p. 67.

LE-^ OBSliSSIUNS. I. 48

7o4 LA PLACK DK LA l'SVClLVSTIILMK l'AliMI LKS l'SYCllO-.NKVROSKS

1.0 nroinif'f oioupe darouiiuMits de ces derniers auteiii's ne me semble pas 1res intéressant : dans la névrose d'angoisse, disent-ils, nn eeitain nombre de symptômes essentiels delà neurasthénie font toujours défaut, tels sont: la raehialgie, robnubilalion psyehique l'asthénie neuro-musculaire, la dyspepsie et l'insomnie chroni(jue. C'est là, si je ne me trompe une constatation clinique inexacte : les p'.iobiques et les douteurs sont si préoccupés de leurs angoisses et de leurs obsessions qu'ils attachent moins d'importance à des troubles constants chez eux, mais en apparence secondaires. La raehialgie est ti'ès fréquente chez eux, depuis que j'ai vu cesdiscussions, je l'ai recherchée et retrouvée dans une douzaine de cas; l'obnubilation intellectuelle avec aprosexie, amnésie continue, troubles de perception, diminution des lonctions du réel est un symptôme essentiel des psvchasthéniques comme des neurasthéniques, la faiblesse, la faligue, la dyspepsie, l'insomnie ont été lonouement déciites chez eux. Il me semble, en un mot que les angoissés ont bien tous les symptômes des neurasthéniques et à ce premier point de vue la distinction ne me paraît pas légitime.

Une deuxième remarque est plus intéressante, c'est que la neurasthénie est surtout dépressive, tandis que dans la névrose d'anooisse, il v a une surexcitation une tension pénible et des décharges paroxystiques surtout viscérales. On voulait en conclure que la neurasthénie était l'épuissement nerveux du système cérébro-spinal, tandis que la névrose d'angoisse était plus particulièrement l'épuisement nerveux du sympathique et peutêtre du vague'. J'avoue que je ne suis pas aussi fiappé parces différences : beaucoup de neurasthéniques ont, à un degré faible, une agitation, unsentimentd'inquiétude, une attente angoissante. L'ao-italion* du psychasthénique n'est à mon avis qu'un phénomène secondaire, une dérivation qui résulte justement de l'impuissance primitive et qui ne s'y oppose pas. M. Hartenberg, d'ailleurs, n'exagère pas cette opposition, il se rapproche de l'opinion de Bouveret, de lleckei', de Kaan qui voient « dans ces deux maladies deux manifestations diversement localisées dun même épuisement nerveux ».

Ajoutons qu'il s'agit de deux manifestations de degré et de gravité différen-tes. La neurasthénie, comme disaient M. Dejerine et M. Moebius, est u la l'orme initiale d'où dérivent les

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