‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 87 sur 380 · i\'évrosrs et friérs fixes. I[, 3ri · texte numérisé non relu

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198 LES CITATIONS FORCfcKS

Séglas et Biswanger'. Quelquefois elles se développent à la suite de paralysies plus ou moins réelles, comme dans une observation de M. Grasset-; le plus souvent elles ne s'accompagnent d'aucun trouble réel du mouvement. Fou (72), homme de 58 ans, s'est eflVayé de la marche parce que, pour se rendre à l'atelier, il doit longer un l'ossé. Il n'a pas simplement la peur du fossé ou la peur des grands espaces à traverser : non, il a peur de marcher n'importe où, il avance à tout petits pas, en trépidant,il recule d'un pas de temps en temps, puis il tombe ou plutôt il s'asseoit par terre, « car la marche lui donne des sueurs froides et il faut qu'il se repose », '

Enfin il me semble que l'on peut ranger dans le même groupe de phobies des fonctions des membres, la singulière affection qui a été récemment décrite par. M. Haskovec de Prague sous le nom de akalhisie (ol, /.aGiCo), s'asseoir)^ J'en décrirai longuement dans le second volume de cet ouvrage un cas remarquable, celui de Rul (39) homme de ^o ans qui depuis une dizaine d'années ne peut plus rester assis. Quand il est assis depuis quelques minutes, il'faut qu'il se cramponne à la chaise parce qu'il se sent soulevé en l'air, il a des palpitations: des étouffements, des sueurs surprenantes : son visage exprime l'angoisse d'une manière remarquable. A mon avis, il ne s'agit pas d'un phénomène hystérique analogue à l'astasie-abasie, comme le pense M. Haskovec, mais d'une agitation à la fois motrice et émotionnelle qui survient à propos de l'acte de rester assis, parce que cetteposition, au moins dans ce cas, est associée avec l'idée du travail dont ce pauvre homme est devenu incapable. C'est un phénomène de phobie et d'agitation qui peut se ranger dans les phobies des fonctions.

Les fonctions de nutrition donnent lieu à d'innombrables phobies très in\portantes à causes de leurs conséquences. J'ai déjà signalé à propos de la honte du corps ces malades qui refusent de manger parce que cette action leur paraît honteuse. D'autres re-

I. Séglas, Pebove et Boulloche, Soc. méd. de^ hôpitaux, 17 novembre 1898. L. Hallioh et J.-B. Charcot, Dysbasles d'origine nerveuse. Archives de neuroL, iSgS, I, [>. 81. G. Ballet, Les astasies-abasies, abasics amnésiques, abasies par obscs.sion et par idées fixes. Semaine médicale, 12 janvier i8g8.

3. J. Grasset, Basopbobio ou abasie phobique clioz un hémiplégiquf. Semaine médicale, i5 août i^gi, p. 366.

3. L. Haskovec (Prague). L'akathisie, Reoue neuruloQl'jiie, 3o novembre 1901, 1). 1107.

lusent de manger et se coiidaniHent presque à l'inanition parce que cette action leur est douloureuse et leur fait peur. Té... (66), jeune fille de i8 ans, sans phénomènes d'anorexie hystérique, ne peut parvenir à manger quoiqu'elle le désire. « Quand je vois les aliments, quand j'essaye de les portera ma bouche, cela me serre dans ma poitrine, cela me fait étouffer, , cela me brûle dans le cœur. Il me semble que je meurs et surtout que je perds la tête. »

Dans ce groupe, l'observation de Gel... (67), femme de f\8 ans, est assez singulière. Ordinairement, les malades ont peur de manger et repoussent plus ou moins les aliments. Celle-ci a peur de ne pas manger assez, elle a peur de refuser de manger. Vers l'âge de 21 ans, elle a eu un premier accès sous la forme commune du refus d'aliments : après avoir sevré un enfant, elle avait eu des inquiétudes, des remords, des troubles de la digestion, Moitié parce qu-'elle avait des remords, moitié parce qu'elle souffrait de l'estomac, elle coriimença à refuser l'alimentation et à avoir de l'horreur et de l'angoisse en essayant de manger. Cette maladie se guérit, puis recommença et .disparut encore. Le troisième accès qui est survenu au moment de la ménopause est tout à tait l'inverse des précédents. Le malade mange parfaitement, mais elle a peur que sa maladie ne la reprenne, qu'elle soit empêchée de manger par une peur et qu'ainsi elle n'arrive à mourir de faim ; il en résulte qu'elle mange avec angoisse par la peur d'avoir peur de manger.

Une des phobies des plus curieuses et semble-t-il pratiquementdès plus importantes qui se rattache aux -fonctions dénutrition, est la phobie de la déglutition. On en trouvera plusieurs observations détaillées dans le second volume de cet ouvrage, je sicrnale en particulier l'observation de Fok... (6g), femme de ^^o ans ; de Rib... (68). femme de 29 ans, de Les... (70), homme de 4o ans, chez tous, les phénomènes sont exactement les mêmes. Ces malades qui ont faim, qui digèrent bien et qui veulent se nourrir ne peuvent y parvenir parce qu'ils ont la terreur d'avaler la nourriture. Ils croient qu'ils vont avaler de travers, qu'ils vont s'étoufler et mourir subitement, ils imaginent des procédés pour avaler dans la perfection et sans danger. Pour cela il est nécessaire de continuer à respirer en avalajit, de respirer juste au moment où l'on avale, etc. Dans rcs conditions, il n'est pas surprenant quils n'arrivent à rien : la moindre gorgée de liquide dans la bouche leur cause

d'intolérables angoisses et leur amène des sueurs froides sur tout le corps. Ils ne peuvent se- nourrir qu'en absorbant un liquide goutte à goutte et Fok... met une journée entière pour absorber deux jaunes d'œufs délayés dans une cuillerée de jus de viande.

Ensuite on observe les pJiobies de la digestion. Le moindre trouble de la digestion, la moindre pesanteur d'estomac cause des angoisses et ces malades ont « la mort devant les yeux » quand il leur arrive d'avoir un peu de pyrosis. Une forme curienso de ce trouble détermine des douleurs à la fin de la digestion, surtout la nuit et réveille les malades par une crise de terreuV qui survient en général vers une heure du matin.^ Lyx... femme de 28 ans, se réveille à cette heure toute les nuits : pâle, les yeux hagards, elle se contôrsionne, prétend avoir d'horribles douleurs qui partent de l'estomac et attend sa mort prochaine. Dans d'autres cas plus communs, l'angoisse se développe même dans la journée à propos de toutes les digestions. Qsa...(io8) homme de 55 ans, scrupuleux typique depuis son enfance, qui a traversé à peu près toutes les phases de la maladie, est surtout tourmenté depuis une dizaine d'année par la phobie de la digestion. A l'inverse des malades précédents qui ont la phobie de l'alimentation ou la phobie de la déglutition, il a le désir de manger et « mange tout ce que l'on veut lui donner » : il voudrait même continuer à manger, car ses tourments ne vont commencer qu'au moment où il cesse de manger. A ce moment, l'estomac s'agite, se gonfle, se tortille « la masse alimentaire remue comme dans un sac, tous les membres sont brisés çt remplis d'inquiétudes, le moindre mouvement tire sur l'estomac comme si tous les muscles v avaient leur point d'attache, les yeux sont retirés à l'intérieur du cerveau, toutes les pensées sont teintées de souffrances, etc. » Ces troubles s'accompagnent chez ce malade de tics, il a le tic de sucer quelque chose pendant, qu'il digère, et fait une consommation invraiseiiiblable des boules de gomme, enfin il présente le tic des vomissements qui a déjà été décrit. Si on le force à retarder le vomissement, l'angoisse augmente avec agitation motrice et agitation viscérale et peut amener dans les cas grave une crise que j'ai décrite sous le nom de la crise des efforts de vomissements. Les mêmes phénomènes s'observent chez beaucoup d'autres malades, car ces phobies de la digestion sont parmi les plus fréquentes,

La digestion intestinale cause les phobies du ventre, les sensa-

tions « d un ver qui a des pattes d araignée qui se pelotonne avec des glissements froids ».

Enfin, Hil..., femme de 4o ans, nous montre la phobie de la défécation. « Elle va s'en aller en diarrhée, elle va perdre ses aliments, elle souffre tant à cette pensée qu'elle aime mieux mourir tout de suite que d'aller à la selle. » Et il faut les supplications de toute la famille pour la décider à ce -sacrifice. Les hypocondriaques urinaires et génitaux sont innombrables et presque tdujours leurs obsessions s'accompagnent de phobie de la fonction, il est inutile d'y insister.

On peut observer des phobies .plus curieuses portant sur les fonctions de relation. On connaît les phobies du langage^, Bq.., (65), homme de 38 ans, est soigné depuis cinq ans pour de prétendues lésions du laivnx : il a été dans plusieurs villes d'eaux, il a subi toutes sortes do traitements. C est que depuis des années la parole lui est de plus en plus difficile ; quand iFessaye de parler, il ressent une faiblesse générale, ses jambes flageolent, sarespiralionsarrête et son corps se couvre de sueur. Aussi nessave-t-il jamais de parler quand il est debout, car il tomberait. Il rattache tous ces troubles à des lésions tuberculeuses qu'il doit avoir dans la gorge. L'examen le plus attentif jque M. Cartaz a bien voulu répéter démontre que le larynx est absolument sain. Un peu de pharyngite survenue il v a des années et l'inquiétude causée par son métier de mécanicien « qui 1 expose aux poussières du charbon ■» ont déterminé la forme dé cette phobie.

Les sens spéciaux sont susceptibles de présenter les mêmes angoisses et les mêmes dvsesthésies. L'odorat devient pénible quand lodeur s'associe avec une des manies des scrupuleux. Big...(6), femme de /ig ans, a peur de sentir une odeur surtout de la narine gauche, car cela lui donnerait des angoisses. Wy.... (iG'i) craint les odeurs qui toutes rappellent l'odeur des parties génitales, et Ds...(i54), femme de 21 ans, aurait des angoisses si elle sentait une odeur « car pour sentir il faut aspirer par le nez et cela fait monter dans le nez des petites bêtes, des mouches, des punaises qui iraient jusqu'au cerveau d. Elle est obligée pour compenser une "odeur de se moucher indéfiniment.

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