I. Cf. Clicrvin, Des phobies verbales. Pari
L'ouïe est intéressée bien souvent dans toutes les phobies des bruits. Ot... (75), homme de 53 ans, retiré des affaires, prend en dégoût son appartement, son quartier, se sent émotionné par le bruit qu'on y entend et en arrive à une terrible dysesthésie de l'ouïe. Il lui faut vivre dans une chambre matelassée pour qu'aucun bruilne parvienne jusqu'à lui. ChezBow... (76)s'ajoute un détail particulier : tous les bruits n'affectent pas douloureusement l'oreille, mais seulement les petits bruits : bruit d'un fouet dans la rue, bruit d'une porte qui se ferme, c'est la microphonophobic. On retrouve ici l'attention des scrupuleux pour les petites choses que nous avons notée dans leurs manies de la précision.
L'œil donne naissance à un trouble remarquable qui semble une maladie spéciale, c'est la photophobie ou au moins une des variétés de la photophobie. Mv..., (i5i) femme de ^2 ans a assisté un soir à un concert où jouait devant elle un musicien aveugle, elle n'a pu s'empêcher de l'observer toute la soirée. Le lendemain, elle prie son mari de la mener consulter un oculiste, celui-ci examine les yeux qui ne présentaient à ce moment encoTe aucune douleur et ne constate aucune altération. Cependant Mv... n'est pas rassurée, elle déclare cet oculiste incompétent, et va en voir un autre, puis un troisième. Son agitation croissant, on la force à s'expliquer et elle finit par avouer qu'elle est poursuivie. par la pensée d'être aveugle, qu'elle examine sa vue continuellement, que la nuit elle s'éveille en sursaut pour allumer une lumière et vérifier si elle voit clair. Chez cette malade s'est développée peu à peu une horrible algie de la paupière et des yeux ; il suffit d'approcher le doigt des paupières pour provoquer des hurlements et de terribles angoisses. Même phénomène à peu près identique chez Mb... (i56) et chez Ria... (62) qui ont aussi peur d'être aveugles.
Ces dysesthésies des yeux peuvent amener les malades à redouter la lumière et à vivre cFans l'obscurité. C'est ce qui arrive dans l'observation remarquable de Rs... (63). Cette femme, âgée de 69 ans, a toujours eu des troubles de la volonté, elle était inquiète, hypocondriaque, très exigeante et très autoritaire, ce qui arrive souvent chez les abouliques, comme çn le verra dans le chapitre suivant. A l'âge de 56 ans, peu après la ménopause, elle eut à subir une épouvantable secousse : on amena chez elle sa fille, jeune temme mariée depuis peu, qui venait d'être horriblement brûlée dans un incendie. Rs... soigna sa fille avec cou-
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rage peiidant trois jours sans pouvoir la sauver. La mort de cette jeune femme ne sembla pas déterminer chez elle une violente émotion, Rs... s'étonnait de n'avoir pas assez de chagrin, d*e ne pas pouvoir pleurer. Quelque temps après elle, commença à se plaindre de ses yeux, parlant de cataracte, de paralvsie, etc. « Elle ne pouvait se servir de ses yeux à volonté, elle ne pouvait regarder; quand elle fixait un objet, surtout un objet éclairé, elle éprouvait une gêne, une émotion pénible qui la suffoquait. » Bientôt elle prit l'habitude de tenir les yeux mi-clos puis fermés et de se comporter comme une aveugle.
Ria... (62), jeune femme de 26 ans, couvre constamment ses yeux d'un grand bandeau' et refuse de voir la lumière « car les objets dansent d'une manière odieuse et effrayante m. Cela lui donne de terribl.es angoisses à la pensée qu'elle va perdre la vue. Le point de départ est plus curieux. Après une opération abdominale déterminée d'ailleurs par une algie utérine, elle eut ce sentiment de bizarrerie, d'étiangeté dans la perception des objets qui joue un rôle si considérable chez les psvchasthéniques. Elle en conclut que sa vue était en jeu, qu'elle voyait mal, qu'elle allait perdre la vue et présenta peu à peu les symptômes de cette photophobie.
L'observation de Bry... (63), jeune homme de 16 ans, pous présente des crises de phôtophobie un peu différentes : les phénomènes mentaux sont réduits et les phénomènes organiques très augmentés. L'œdème des paupières, la congestion de la conjonctive, le larmoiement, l'hydrorrhée nasale qui lui fait mouiller cinquante mouchoirs en vingt-quatre heures sont des plus remarquables. Les crises sont courtes et se répètent tous les quinze ou vingt jours depuis l'enfance. C'est là une forme différente de la maladie, qui me semble se rapprocher des phénomènes épileptiques et qu§ nous aurons à discuter au point dé vue clinique dans le second volume de cet ouvrage.
Toutes ces algies et toutes ces phobies des fonctions présentent des caractères communs, elles se développent à propos d'une sensation déterminée par l'excitation d'une partie du corps : la peau, les muscles, le pharynx, l'oreille, les yeux. On pourrait croire que cette région est hyperesthésiée et qu'une maladie locale détermine ces sensations douloureuses. C'est ce qui amène si souvent les opérations chirurgicales en particulier sur les
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ovaires. Cependant un examen attentif permet de constater que rorgiine est parlaitement sain. Bien mieux les sensations cféterminées par cet orp;ane ne sont aucunement troublées, il n'y a pas d'anesthésie, ni même d'hyperesthésie véritable. Rs... dont la photofJiobie est'si remarquable qui reste depuis trois ans sans ouvrir l'es yeux, qui se conduit tout à- fait comme une aveugle, a été l'objet de bien des examens par plusieurs oculistes : non seulement l'œil est absolument sain, mais la vision est complètemont conservée, ni l'acuité visuelle, ni le sens de couleurs, ni le champ visuel n'ont subi la plus légère altération, elle voit mieux que la plupart des personnes de son âge. Chose curieuse, quand elle est ainsi l'objet d'un examen médical, elle ne bouge pas, tient les yeux ouverts sans se plaindre de rien, elle accepte qu'on dirige un rayon lumineux dans l'œil pour voir les réflexes, . tandis qu'elle aurait des angoisses horribles pour regarder un objet. .
On pourrait dire que la sensation intelligente est conservée mais qu'il y a Un sens spécial de la douleur qui est seul hyperesthésié dans ces régions. J'ai souvent essayéde mesurer la sensibilité à la douleur avec une aiguille dont la pression variable peut être exactement déterminée, j'ai fait modifier dans ce sens l'appareil de Chéron pour mesurer la tension sanguine. J'ai d'abord délerminé la sensibilité à la douleur de la même région chez un individu normal, puis j'ai voulu mesurer cette même sensibilité chez les malades qui prétendaient ne pas pouvoir être couchés à cette région sans souffrir énormément. 11 faut pour cela commencer par les i-assurer, leur faire croire que l'exarhen médical est utile, arrêter un peu leurs ruminations et leurs obsessions, , les intéresser à ce petit problème, leur apprendre à répondre exactement à quel moment le contact de l'aiguille devient pour eux uîie piqûre douloureuse. Beaucoup ne laissent pas faire l'expérience : Mv... poussait des cris quand je voulais approcher l'instrument de ses tempes ou de ses paupières et je n'ai pu obtenir sur. elle aucun chiffre précis. Mais d'autres se décident à permettre cet examen : on est tout surpris de constater qu'ils arrêtent l'instrument au même degré que l'homme normal et que par conséquent ils ont conservé la même sensibilité douloureuse, ni moindre, ni plus grande. Dans quelques cas, il y a plutôt une certaine diminution de la sensibilité. Ces dyscsthésies ne sont donc pas des truu])les de la sensation de la région, ce sont des troubles gêné-
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i';ui\, des éiuotioiis envahissant tout l'organisme qui se protUusent à pi(i[jos de la sensation delà région. Nous retrouverons la même loi à propos des autres phobies, c'est ce qui nous permettra de réunii' toutes ces angoisses ponr en chercher l^s caractères généraux.