‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 92 sur 380 · Néuroses el Idées fixes, T^ p · texte numérisé non relu

Néuroses el Idées fixes, T^ p

constances, à propos de perceptions plus complexes, qui portent non plus sur un objet déterminé mais sur un ensemble de faits et d'impressions du sujet, c'est-à-dire sur une situation physique ou morale du sujet.

Dans un premier groupe de cas il s'agit de la perception dune situation physique : le type de ces phobies est celle qui se développe quand le malade se sent isolé, c'est-à-dire quand un ensemble de circonstances, une situation qu'il perçoit, lait naître en lui l'impression de vide autour de lui. Déjà Leuret en i83^ décrivait un cas de ce genre en le rattachant à l'hypocondrie : « il est quelquefois six mois sans sortir; lorsqu'il sort, c'est en voiture et toujours accompagné d'une personne qui puisse lui porter secours en cas de besoin, pendant la promenade. Il est très rare qu'il descende de voiture et quand cela arrive, il faut que la personne dont il est accompagiic se tienne tout près de lui ; il ne traverserait pas une place ou un pont; à peine s'il traverserait une rue. Sur une place il est comme au milieu d'un désert, où tout manque à celui qui a besoin de tout'. » Leuret fait simplement de cet état une « hypocondrie engendrée par le luxe et 1 oisiveté » et il note justement son rapport avec le défaut de volonté.

Plus tard ce symptôme est décrit très fréquemment comme une phobie sous le nom à' agoraphobie qui lui a été donné, je crois, par Westphal en 1872 \ Une des descriptions les plus complètes est celle deLegrand du Saulle en 1877 et 1878 : cet auteur en fait une névrose spéciale distincte de la folie du doute et du délire du contact, ce qui me paraît très inexact. « La peur des espaces, dit Legrand du Saulle, est un état névropathique très particuliei', caractérisé par une angoisse, une impression anxieuse vive ou môme une véritable terreur, se produisant subitement en présence d'un espace donné... c'est une émotion comme en présence d'un danger, du vide, d'un précipice, etc. Un malade commence par avoir des coliques dans la rue, avec faiblesse des jambes ; il s'inquiète et en deux mois arrive à la terreur complète de marcher...

I. Loiircl, Fragments psychologiques sur la folie, i834. p. 3g3.

3. Westphal, Agorapiiojio, Archiv fiir Psychiatrie, Itl. 1872. William, Agoraphobia, Boston med. and Sarg. Journal, 1872. Wcber, .Vgoraphobia, Ibid.. 1873. Cordos, Agoraphobia, Archio fiir Psychiatrie, III, 1872. Porroud, Note sur l'agoraphobie. Lyon médical. 1873. Dechainbre. De l'agoraphobie, Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1878. Bourdiu, Horreur du vide, agoraphobie, Encyclopédie des lettres, dei sciences et des arts, 1878, etc.

La pensée dV'Irc abandonné dans le vide le glace d'effroi et la conviction dune assistance quelle qu'elle soit l'apaise sans effort. Point de peur sans le vide, point de calme sans l'apparence d'un semblant de pi^otection '. »

Voici quelques exemples de ces phobies du vide empruntés aux observations de nos malades. Lise a peur de la solitude qui est, en effet, plutôt mauvaise pour elle parce qu'elle favorise le développement de ses rêveries et de sa manie des pactes. Deb... (i65), Bor..., etc. ont peur des ponts, des grandes places, Por..., femme de 23 ans « étouffe de terreur dans les rues où il n'y a personne ». Hnu... (87) ne peut plus marcher seule ; elle a peur de tomber, d'être paralysée, de devenir folle : « je vois le vide de chaque côté... quand je vois des maisons cela ne me fait plus le même effet. «Léo.,. (173) redoute les grandes places ou les grandes agglomérations de monde... elle est plus tranquille quand elle est avec un petit nombre de personnes en qui elle a confiance. L'agoraphobie de Sc...^ présente quelque intérêt, parce qu'elle simule des vertiges; comme le malade a eu antérieurement des écoulements d'oreille^, on a diagnostiqué son état « vertige de Ménière ». En réalité, il n'a aucun des symptômes de ce vertige, l'angoisse qu'il ressent dans la rue est identique h celle qu'il éprouve quand il touche des cartes ou quand il pense au nombre treize. Bu... (85), un homme de /io ans, après s'être d'abord fait accompagner au dehors, ne peut plus faire un pas seul même dans son appartement; un malade célèbre de M. Azam^ exigeait que sa femme l'accompagnât jusqu'à la porte des cabinets d'aisances et en lui parlant de loin, lui fit constamment comprendre qu'elle restait près de lui ; Bu... ne peut se satisfaire par cet expédient et il exige que sa femme entre toujours avec lui.

On voit bien d'après ces exemples que ce n'est pas précisément la grande place qui provoque la phobie, c'est l'impression de se trouver seul sans appui physique ou moral dans un endroit qui ne leur est pas familier. Dès que cette impression est dissipée, l'agoraphobie disparaît. Lep.., (88), femme de 49 ans, estagrophobe depuis que son fils est parti au service militaire, elle se sent seule, et alors elle redoute de sortir, ne peut traverser les places et a besoin

1. Legrand du SaùUo, Agoraphobie, Cf. Magnan, Leçons, p. 179.

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