PHOBIES CONSTITUTIONNELLES
espaces vides, de l’amnésie verbale. — X..., tailleur, vingt-cinq ans, dégénéré neurasthénique avec tic, dont la mère, très nerveuse et très impressionnable, était elle-même atteinte de phobie (claustrophobie), a présenté successivement : i“ de onze à quatorze ans, la peur de la mort subite par arrêt du cœur (cardiophobie) ; 2 “ de quatorze à dix-neuf ans, la peur des grands espaces (agoraphobie) ; 3“ de dix-neuf ans à aujourd’hui, la peur de ne pas trouver ses mots dans une conversation, de rester coi faute de mémoire et de paraître sot (phobie de l’amnésie verbale).
Enfin, parmi les cas où il existe une phobie originelle permanente et dominante, au milieu d’autres accessoires, nous mentionnerons les suivants :
Observation XIII. — Monophobie des orages, suivie de polyphobies. — X..., hystéro-neurasthénique d’ori¬
gine, a été de tout temps sujette, comme sa sœur, à la phobie des orages. A côté de cette phobie principale, elle présente, plus ou moins marquée, suivant les moments ; la phobie des araignées, des lectures émouvantes, des fenêtres ouvertes, des foules, des églises, des places désertes, de l’eau, surtout de la couleur rouge et du sang. Elle s’est trouvée mal, un jour, en tricotant un fichu rouge et n’a jamais pu voir du foie de veau cru.
Observation XIV. — Phobie de la grossesse, suivie de plusieurs autres phobies. — M‘”® L..., quarante-deux ans, dégénérée héréditaire à type hystérique (somnambulisme, catalepsie, mutisme antérieurs), a un oncle original, excentrique, sujet à des manies, et une mère qui a manifesté de tout temps une horreur phobique pour tout ce qui se rapporte à la grossesse, à l’enfantement. Elle-même a eu dans sa vie diverses phobies, notamment celle du rouge (érythrophobie), au point qu’on
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a dû enlever de sa chambre toutes les tentures de cette couleur. Dans ces derniers temps, elle a éprouvé, après une suppression de menstrues, une phobie de la groscesse tellement aiguë et tellement menaçante que force a été, après consultation mûrement pesée, de recourir à une intervention du côté de son utérus, à la suite de laquelle sa phobie s’est dissipée.
Phobies systématisées accidentelles. — La variété accidentelle de phobie systématisée a des caractères cliniques différents.
Tout d’abord, elle survient chez des sujets à prédisposition héréditaire beaucoup moindre, en tout cas non dégénérative. Dépourvus d’une tare forte les exposant, comme les précédents, à succomber dès le premier choc, ces sujets traversent la puberté, le mariage et les épreuves ordinaires de la vie sans accident.
Moment étiologique. Choc. — Mais à un moment donné, entre trente et cinquante ans surtout, comme l’avait déjà remarqué Morel, mis en état d’opportunité morbide par des fatigues, du surmenage, une maladie, qui ont créé ou accentué chez eux un état névropathique, hystérique ou hystéro-neurasthénique, ils subissent un choc moral violent : c’est, très souvent, la mort d’un parent ou d’un ami ; un accident grave, tel que chute de voiture, de chemin de fer, etc. ; la morsure d’un animal, le contact fortuit d’une personne atteinte d’une maladie contagieuse ; une fausse couche, une attaque, une syncope, un fort vertige ; la vue ou le récit d’un événement émouvant, d’un sinistre, d’un assassinat,.d’une épidémie, etc. ; en un
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mot, tout ce qui peut produire un ébranlement émotif intense. Quelquefois même, et cela est particulier aux cas hystériques de cette espèce, le fait causal n’est pas réel ; il a eu lieu dans un rêve, dont le sujet peut n’avoir gardé aucun souvenir.
Quoi qu’il en soit, le choc émotif s’est produit, le plus souvent sans réaction extérieure violente, et à dater de ce moment ou plutôt au bout de quelques jours, apparaît une phobie, en rapport avec la cause originelle, et se traduisant par des attaques d’angoisse toutes les fois qu’une impression sensorielle quelconque ou même un souvenir, une simple association d’idées vient réveiller l’émotion initiale. Ce genre de phobies mérite bien, comme on le voit, le nom de phobies traumatiques, que Freud propose de lui attribuer.
Son mécanisme étiologique est cependant parfois un peu différent. La phobie systématisée peut, en effet, n’être qu’une sorte d’évolution de l’état obsédant à phobie diffuse ou du premier degré. Ribot’ semble l’avoir vu très nettement lorsqu’il dit : « La crainte maladive peut être le résultat delà transformation occasionnelle d’un état vague, indéterminé, en une forme précise. La panophohie serait un stade préparatoire, une période d’indifférenciation. Le hasard, un choc brusque, lui donne une orientation et la fixe (peur d’une épidémie, des microbes, de la rage, etc.). C’est le passage de l’éfat affectif diffus à l’état intellectualisé, c’est-à-dire concentré et incarné dans une idée fixe ; travail analogue à celui du délire des persécu-