‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 27 sur 114 · I. Ribot, Loc. cit., p. 2 i · texte numérisé non relu

I. Ribot, Loc. cit., p. 2 i

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tions, où la suspicion, d’abord vague, s’attache à un homme et ne le lâche plus. »

Pour bien préciser cette variété accidentelle de phobie systématisée, nous citerons quelques exemples tirés de nos observations :

Observation XV. — Phobie de la rage. — M. X..., 5 i ans, agriculteur, est un homme très vigoureux, jouissant d’une excellente santé physique; Il est d’un caractère un ,peu craintif. Dans son enfance un de ses oncles fut mordu par un chien qu’on disait enragé. 11 n’eut aucun accident consécutif ; mais le danger qu’il avait couru fut pendant très longtemps l’ohjet d’interminahles conversations dans la famille. Le jeune X... garda toute sa vie, de cet événement, un souvenir pénible et une répugnance très marquée pour les chiens. Le 2 novembre 1898, pendant qu’il traversait un fossé sur un étroit pont de planches, un chien de mauvaise mine se présenta en sens contraire et traversa lui aussi le pont sans menacer M. X..., et à plus forte raison sans le mordre, mais en frôlant son pantalon. Trois jours après M. X... apprit qu’on avait tué un chien enragé dans les environs. Il en demanda le signalement et acquit la conviction qu’il s’agissait bien de celui cfu’il avait rencontré sur le pont. Il lui vint aussitôt l’idée qu’en se frottant à ses vêtements le chien avait pu les souiller de bave virulente, et que lui-même avait pu, ensuite, en passant les mains sur ses vêtements, s’inoculer le virus par quelque plaie imperceptible. Depuis ce moment, M. X... vit dans une angoisse terrible. Il a serré dans une amoire fermée à clef le pantalon et les bottines qu’il portait le jour où il a été rencontré par le chien. Il ne veut plus mettre les pieds dans sa chambre à coucher, parce cjue le soir de la rencontre et les deux soirs suivants il a déposé ses vêtements sur les meubles de cette chambre. Il refuse abso-

OBSERVATIOîsS

lument de renti'er dans son écurie parce qu’il y est allé soigner son cheval après avoir été touché par le chien. Il a voulu partir pour l’Institut Pasteur, mais son médecin lui a affirmé qu’on ne l’y traiterait certainement pas puisqu’il n’avait pas été mordu. 11 comprend bien qu’il est absolument invraisemblable qu’il ait contracté la rage dans les circonstances sus-indiquées. Tout le monde le lui dit, il finit presque par le croire. Néanmoins il ne pense qu’à la rage, à la possibilité de s’être inoculé le virus en touchant ses vêtements, et il en est horriblement tourmenté. 11 en rêve même la nuit quand il a pu réussir à s’endormir.

Il n’a pas peur d’autres contaminations que celle de la rage. C’est ainsi qu’un de ses locataires étant mort phtisique, ces jours derniers, dans une de ses maisons, il n’a pas craint de pénétrer dans la chambre qu’occupait le malade, bien qu’il sache fort bien, dit-il, que la phtisie est une maladie des plus contagieuses.

Observation XVI. — Phobie des contacts malpropres (délire du toucher). — M'‘®X..., 19 ans, bien portante jusqu’à il y a six mois, eut à cet époque une petite maladie fébrile, accompagnée de grands maux de tête (probablement une influenza) qui l’obligea à garder le lit pendant quelques jours. Durant la convalescence de cette maladie elle commença, sans rien dire à personne, à avoir de la répugnance à toucher les objets de ménage, et à se laver les mains beaucoup plus souvent qu’elle ne le faisait auparavant. Il est impossible de savoir au juste quelle est la raison première de cette petite manie. La malade interrogée à ce sujet se borne à dire qu on lui a sans doute jeté un sort.

Quoi qu’il en soit, la crainte des contacts malpi’opres a fait, par à coups successifs, des progrès tels qu elle est devenue une véritable maladie.

Actuellement X... y pense sans cesse. Dès qu’elle

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s’éveille le matin, elle sehâlede nettoyer sesvêteinents ; elle commence par brosser méticuleusement ses robes, ses jupons, ses bas, ses bottines; puis elle les nettoie avec un linge mouillé. Cela fait elle se lave le corps, s’habille et se savonne les mains plusieurs fois de rang. Elle passe ainsi trois heures au moins à sa toilette ; puis elle descend déjeuner et aide sa mère aux travaux du ménage, ce qui lui est fort désagréable parce qu’elle est hantée par la crainte de toucher des ustensiles ou des meublés que d’autres ont préalablement pu toucher, et par le désir impérieux, quand elle les a touchés, d’aller immédiatement se laver les mains. Il lui est très désagréable d’ouvrir une porte, une fenêtre, un tiroir, de saisir un verre, un porte-plume si elle ne peut pas aussitôt après monter dans sa chambre pour se laver. Elle voudrait ne jamais sortir de chez elle parce que, hors de chez soi, on peut toujours être exposé à des contacts malpropres. Quand elle pénètre dans un appartement, elle retrousse très soigneusement sa robe de façon qu’elle ne touche pas les montants de la porte. Dans la rue, elle redoute toujours d’être frôlée par des chiens, des chats, des chevaux, et évite avec le plus grand soin de se frotter le long des jxiurailles ou des devantures de magasin. Avant de se coucher elle brosse ses draps et si sa mère ne l’en empêchait, elle les nettoierait avec un linge mouillé.

Elle n’a pas peur des maladies, ni même à proprement parler des poussières. Ce qu’elle craint, c’est de toucher ce que d’autres ont touché, et quand elle l’a fait elle n’a plus qu’une idée, aller se laver au plutôt. Si on cherché à l’en empêcher elle s’irrite, pleure et se porterait facilement à des violences.

Observ.vtiox XVII. — Polyphobies successives : peur angoissante de laphtisie, des épingles, des chiens, de la folie, de maladies diverses. — X..., 35 ans. Père vivant, bien

portant, sans tares névropathiques. Mère morte à 64 ans

OBSERVATIONS

d une chute, était d un caractère inquiet, mélancolique et très sujette à des idées fixes.

A1 epoque où elle fit sa première communion, M™"' X... fut très tourmentée par des scrupules exagérés. Mariée à i8 ans, elle fut aussitôt après hantée par la crainte de devenir phtisique, crainte que rien ne justifiait, car elle jouissait d’une santé physique excellente. Cela dura quatre mois, puis elle ne pensa plus à la phtisie.

De 19 à 33 ans, rien de particulier. Elle était timide, impressionnable, peureuse, mais n’avait pas de véritables accès d’émotivité morbide.

A 33 ans, une de ses voisines lui ayant raconté que son enfant avait avalé une épingle, elle fut très émue de ce récit et pendant plusieurs semaines, elle eut une phobie violente des épingles et des aiguilles. Elle avait la crainte de les avaler ou de les faire tomber dans les assiettes des personnes de son entourage, qui pourraient les avaler. Pour éviter cet accident, elle comptait matin et soir les épingles employées à fixer ses vêtements. Elle exigeait que sa fille lui rendît compte de celles dont elle se servait. Bref, les épingles et les aiguilles occupaient toute son attention.

A quelque temps de là, la phobie des épingles fut remplacée par celle des chiens. Quand X... en rencontrait un dans la rue, elle en était préoccupée tout le reste du jour. « Si ce chien m’avait mordu sans que je m’en aperçusse, se disait-elle ; s’il était enragé?... »

Puis ce fut la peur de la folie qui prit la place de celle des chiens, puis celle de la fièvre typhoïde, etc., etc.

Ces phobies se succèdent sans aucune régularité, l’une .chassant l’autre. Elles naissent ordinairement à la suite d’une émotion éprouvée par la malade à l’audition d’un récit ou à la lecture d’un fait divers. Sur le moment l’émotion n’a rien d’excessif, mais elle s’ancre dans l’esprit de la malade et le lendemain ou le surlendemain elle

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a pris les proportions d’une vraie phobie. Il est à noter que jamais X... n’a plusieurs phobies à la fois. Quand elle est tourmentée par la crainte du chien ou de la folie, elle est absolument indifférente à ce qui concerne les épingles ou la fièvre typhoïde et inversement.

Observation XVIII. — Phobies successives de la rage, des accidents de chemins de fer, de la folie, du vide. — M^^X..., 36 ans. Père mort jeune, sans maladies nerveuses ; mère sujette à des phobies diverses, notamment à celle du vide. Comme sa mère, X... est tourmentée par des craintes maladives dont l’objet varie d’un jour à l’autre. A sa première communion, elle a été hantée de scrupules exagérés. Vers i5 ans elle eut la phobie de la rage. A 24 ans, après une grossesse pénible, elle eut la phobie des accidents de chemin de fer. Elle avait toujours peur d’être écrasée ou de voir quelqu’un écrasé par une locomotive. Quand elle était obligée de voyager, elle en était toute bouleversée, et lorsque le train arrivait, elle allait se cacher dans une salle d’attente pendant que le train faisait son entrée en gare. Vers 82 ans, peur de devenir folle, de perdre la tête. A 34 ans, peur de l’eau ; elle ne pouvait passer sur un pont sans éprouver une inexprimable angoisse. Il lui semblait qu'elle était attirée par l’eaü. Depuis six mois elle a la peur du vide. Elle monte bien jusqu’au premier étage de sa maison parce que, dit-elle, « si je tombais, j’aurais encore des chances de ne pas me tuer » ; mais pour rien au monde elle ne monterait jusqu’au deuxième ou au troisième étage. Etat général excellent-

Observation XIX. — Monophobie du suicide. —M“^X..., 65 ans, sans hérédité morbide chargée, a joui jusqu’à l’âge de 45 ans d’une très bonne santé physique et morale. A cet âge elle reçut un choc émotif violent : Une femme de chambre à son service se suicida dans sa maison ; M™® X..., la trouva pendue dans un grenier, froide, rigide, hideuse. Elle fut très émue de cet évène-

OBSERVATIONS

ment, non pas seulement du fait de s’être trouvée inopinément en présence du cadavre, mais surtout de la pensée que cette femme, à laquelle elle était assez attachée, qui lui paraissait intelligente et saine d’esprit, avait pu se donner volontairement la mort.

A la suite de cette émotion, M”® X.,. fut pendant quatre mois incessamment tourmentée par la peur de se suicider elle aussi. Elle songeait constamment aux cas de suicide dont elle avait entendu parler antérieurement. Elle voulait n’y pas penser, mais l’idée s’imposait malgré elle à son attention. « Elle revenait, dit-elle, comme si quelqu’un me la soufflait intérieurement. » Quand en lisant un fait divers ses yeux tombaient sur le récit d’une mort volontaire, elle était toute bouleversée. Si par hasard on venait à parler devant elle d’un cas de suicide, elle se levait brusquement et s’échappait comme une folle. Elle n’avait pas envie de mourir, bien au contraire elle redoutait la mort, surtout la mort par le suicide ; mais elle était hantée par l’idée qu’elle pourrait bien finir un jour ou l’autre comme sa femme de chambre.

Après avoir persisté pendant quatre mois à l’état aigu, l’obsession s’est peu à peu apaisée. Mais elle s’est reproduite depuis à diverses reprises, tantôt sans cause connue, tantôt à l’occasion de récits de suicides portés accidentellement à la connaissance de la malade. M“® X... n’a jamais eu aucune idée fixe, aucune autre phobie. Ellen a fait non plus, cela va sans dire, aucune tentative de suicide.

Observation XX. — Obsession phobique de la paralysie générale. — Parmi les maladies qui peuvent devenir le point de départ d’obsession phobique, il faut citer la paralysie générale.

L’obsession phobique de la paralysie générale s observe non seulement chez des hommes, habituellement neu-

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rasthéniques parasyphilitiques, que la peur du « ramollissement » hante au point de tourner au monoïdéisme anxieux, mais aussi, chose plus intéressante et plus rare, chez des femmes qui, ayant vu un être cher atteint de paralysie générale, en restent tellement frappées, qu’elles tombent dans l’appréhension fixe de cette maladie et croient en éprouver tous les symptômes. C’est le même mécanisme étiologique, le même shock émotif que l’on rencontre dans nombre de cas de nosophobies, où la vue d’un sujet frappé de folie, d’attaque, d’angine de poitrine, de mort subite, etc., devient, chez un névropathe prédisposé, le point de départ de la phobie de la folie, de l’attaque, de l’angine de poitrine et de la mort subite.

Nous avons observé deux cas dans lesquels une jeune femme et une je^ine fille présentèrent l’obsession phobique de la paralysie générale, après avoir perdu leur mari et leur fiancé de cette maladie. Nous citerons brièvement l’un des deux.

M"® X... est âgée de 35 ans. Sa mère est morte à 33 ans, après son huitième accouchement, de fatigue, probablement de la poitrine. Des huit enfants qu’elle a eus, trois seulement sont Avivants, les autres sont morts en bas âge, de maladies inconnues. Le père est vivant, âgé de 68 ans, bien portant. Remarié, il a eu du second lit neuf enfants, dont aucun n’a succombé.

La malade a eu, à 32 ans, une congestion pulmonaire avec crachements de sang. Pas d’autre maladie importante. Elle est très sensible et très impressionnable sans avoir jamais présenté, cependant, d’accidents nerveux.

Fiancée à i8 ans, elle a vu son fiancé, atteint de paralysie générale, être interné et mourir dans une maison de santé de Paris. Durant tout le cours de sa maladie, elle n’a cessé de le visiter, et a assisté ainsi à sa déchéance progressive et à sa fin, témoin attristé de tous les symp-

OBSERVATIONS 55

tomes somatiques et psychiques qui se produisaient chez lui.

Depuis sa mort, elle n’a cessé de penser avec frayeur à la paralysie générale, et elle en est arrivée à être obsédée par la crainte d’en être frappée à son tour. Elle retrouve dans ce qu’elle éprouve toute l’histoire de son fiancé. Il a commencé comme elle, par de la fatigue du cerveau et du besoin de repos à la suite d’excès de travail : il avait, comme elle, des sensations pénibles, de la perte de la mémoire, de l’oubli des mots, de l’embarras dans la parole, de l’insomnie. Il n’y a qu’une chose qui lui manque, croit-elle: ce sont les manies qu’ont les malades de ce genre, l’amour des oiseaux, par exemple.

M''® X... est littéralement obsédée par cette phobie. A certains moments, surtout dès qu’elle croit constater en elle un symptôme nouveau, son appréhension devient paroxystique et elle a alors de véritables crises d’angoisse aiguë.

Observation XXL — Obsession phobique du bruit de la mastication. — M. S..., employé d’administration, est âgé de 4o ans.

Père très nerveux, très original, était atteint de tic facial. Il mourut à 64 ans, par suicide, pour se soustraire aux douleurs d’un cancer dont il était atteint. Mere morte à 54 ans, de gangrène du pied. Très nerveuse, mais sans tic, sans obsession.

Une sœur bien portante, pondérée, pas nerveuse.

Le malade a eu une fièvre typhoïde à 12 ans, et il y a quelques années, la syphilis, qu’il a consciencieusement traitée et dont il ne présente aucun accident, depuis longtemps.

Dès l’âge de i 5 ans, il a été agacé par le bruit de mastication f[ue faisait sa mère, à table. Depuis, ce bruit n a cessé de l’ennuyer, de l’énerver, de lui paraîtie insupportable.

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Lors de son mariage et pendant un temps, ce bruit a cessé de l’agacer. Mais il ne tarda pas à s’en affecter de nouveau.

Il y a 6 ou 7 ans, cela est devenu une véritable obsession. Il en arriva à se boucher les oreilles avec des corps étrangers, pour ne pas entendre mastiquer sa femme et ses enfants. Ce moyen ne suffisant pas, car il percevait quand même le bruit irritant, surtout au vu des mouvements des lèvres, il est devenu tellement préoccupé et anxieux, ’qu’il a consulté un médecin. Sa femme a dû voir ce médecin car, depuis un an, elle s’est mise à manger à part pour ne pas l’énerver.

Il prend donc ses repas tout seul. Au reste, il n’a jamais, à cause de sa phobie du bruit de la mastication, pu assister à un banquet, à un dîner, et il refuse systématiquement toute invitation.

Le malade se rend compte qu’il s’agit chez lui non pas seulement d’un agacement produit par un bruit particulièrement désagréable •— c’est ce qui existait au début — mais d’une véritable obsession qui en est arrivée à le tourmenter même en dehors des repas.

D’autre part, depuis que, mangeant seul, il n’est plus exposé à ouïr le bruit de la mastication, vis-à-vis duquel il conserve d’ailleurs son obsession phobique, son appréhension émotive s’est également portée sur le hruit de reniflement que fait entendre régulièrement un de ses collègues de la même administration, ainsi que sur le léger bruit guttural émanant de sa femme, durant son sommeil. Cette pensée obsédante est même, à l’heure actuelle, plus continue que la première, car dans l’intervalle de l’audition des hruits phobiques, elle le hante et il se dit : « Demain ce sera la même chose, et ainsi de suite. »

Observation XXII. — Obsession dermatophobique. Phobie à deux. — A. 1 ..., marchand courtier en librairie, âgé de 4 o ans, célibataire, n’a jamais été malade ; mais il a eu

OBSERVATIONS

beaucoup d’ennuis dans son commerce. Il est vif, impressionnable et emporté depuis son enfance.

Son père est mort à 5o ans de fluxion de poitrine ; sa mère est morte à 64 ans, également de fluxion de poitrine, elle était très nerveuse.

Le malade a une dilFiculté de parole, consistant en une sorte de phobie verbale. Quand il est en colère, il parle beaucoup mieux, mais il est gêné par la présence de quelqu’un ; il est obligé de s’arrêter par moments, puis il peut reprendre le fil de son discours. Lorsqu’il est embarrassé, il cherche ses mots ; s’il possède bien le sujet de son récit, il peut facilement le raconter, même devant un grand nombre de personnes ; c’est surtout quand il a peur de mal parler qu’il hésite et s’arrête.

Mais ce n’est pas pour le trouble de sa parole qu’il vient nous consulter : c’est pour une obsession cutanée qui le hante depuis six mois.

Au-mois d’août dernier, il coucha avec une femme. Durant la nuit, il éprouva une sensation analogue à une piqûre de moustique, de puce ou mieux « d’un feu se déplaçant ». Il se découvrit, chercha sur son corps et ne vit rien. Craignant cependant d’avoir attrapé quelque chose, il exigea d’examiner sa compagne, mais ne découvrit rien non plus. Il l’interrogea : elle lui déclara qu’elle n’avait pas de puces chez elle et n’éprouvait pas de démangeaisons pareilles.

Rentré chez lui, I... ne songea plus à cette aventure, ou tout au moins sa crainte s’était endormie. Mais un mois après, il constata qu’il lui venait des « boutons blancs entre peau et chair », analogues à de la chair de poule. Puis, ayant couché avec une autre femme, il s’aperçut, le lendemain, qu’elle éprouvait des démangeaisons et qu’elle avait des hou tons hlancs analogues, sans qu’il lui eût parlé, cependant^ de sa maladie de peau ?

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Quoi qu’il en soit, cette femme convaincue qu’elle était atteinte de gale et qu’elle la lui devait, alla à l’hôpital pour y réclamer le traitement spécial. Il lui avait communiqué, dans une certaine mesure, sa phobie.

Quant à lui, en présence de tous ces faits, il devint complètement obsédé par sa dermatose. Il se traita avec une pommade et du savon noir ; mais il a eu beau faire, jusqu’ici, son état ne s’est pas amélioré. Aussi, est-il très préoccupé, très inquiet, et c’est sous l’influence de cette appréhension qui le ronge depuis plusieurs mois qu’il s’est rendu à la clinique dermatologique de la Faculté.

Notre collègue, le P'' Dubreuilh, ne constate chez lui que des élevures de follicules pileux, telles c|u'on les rencontre dans l’hyperkératose pilaire. C’est pourquoi il nous l’adresse avec le diagnostic de parasitophobie.

Observation XXIII. — Phobie de la mort subite. — M““X..., trente ans, émotive, sujette à des crises d’anémie avec aménorrhée, a une mère très impressionnable et une sœur nerveuse, avec accidents hystériques. Il y a six mois, sa grand’mère est morte tout d’un coup devant elle, à table, en mangeant la soupe, ce qui l’émotionna très violemment. La troisième nuit, elle commença à réver de sa grand’mère, de sa mort, de son tombeau. Dès lors, elle fut prise de la 'peur obsédante de mourir tout d’un coup, comme elle. L’attaque d’angoisse survient chaque fois que la malade se met à table et elle devient tellement pénible quand elle essaie de manger de la soupe, qu’elle a dû y renoncer. Elle éprouvait alors des spasmes divers et en particulier une constriction complète du pharynx qui l’empêchait d’avaler. La grand’mère étant morte un dimanche, la phobie se montre de plus en plus intense au fur et à mesure qu’on s’approche des derniers jours de la semaine.

Observation XXIV. —Phobie de la syncope. — C... est un homme de trente-trois ans, impressionnable, dont la

RÉVIVISCENCE ÉMOTIONNELLE 69

mère a des crises de nerfs. Un jour qu’il se faisait raser chez un coiffeur, ayant grand’faim, il se vit peu 'à peu pâlir dans la glace, et arriva ainsi jusqu’à une défaillance quasi-syncopale. A dater de ce jour, il est resté atteint d’une véritable phobie de la syncope, pour laquelle il est venu nous consulter et qui se produit par paroxysmes, dans des circonstances déterminées, notamment s’il se regarde dans une glace. A ce moment, il se trouble, il a peur, il est angoissé, il se sent devenir pâle, il éprouve les mêmes phénomènes de semi-évanouissement que la première fois. La sensation est si forte qu’un jour, affolé, il a couru chez un pharmacien voisin pour vite absorber un cordial.

Observation XXV. — Phobie de la mort par angine de poitrine. — M“® M..., trente-deux ans, fille d’arthritiques nerveux, est elle-même arthritique et nerveuse. 11 y a un an, elle éprouva un premier choc moral, résultant d’une chute de voiture. Elle se remettait à peine de cette secousse lorsque, il y a quelques mois, sa mère est morte subitement devant elle, dans un accès d’angine de poitrine. Quelques jours après, elle est prise de phobie de la mort subite et de la mort par angine de poitrine. Dans ses attaques d’angoisse, la malade éprouve exactement les symptômes de l’angine de poitrine, tels que les éprouvait sa mère. Elle accuse surtout « une griflê », une cc oppression anxieuse », des « irradiations dans le bras gauche ». Et alors, elle se lamente en s’écriant; « Je vais mourir » !

Telle est, sous sa forme ordinaire, la phobie systématisée accidentelle.

Réviviscence émotionnelle. — Un caractère frequent chez elle, spécial peut-être, en tout cas sur lequel il convient d’insister, c’est l’intensité, dans les pa-

6 o LES PHOBIES SPÉCIALES

roxysmes angoissants, de la reproduction de la sensation première, qui en arrive à être reconstituée intégralement, soit dans la veille, soit dans le sommeil, comme en une sorte d’hallucination. Les observations précédentes, auxquelles nous pourrions joindre celle de Pascal, revoyant à son côté un précipice béant, depuis son accident du pont de Neuilly, sont très nettes à cet égard. Ce fait semble légitimer l’idée de Féré, qpii fait de l’émotivité morbide une hallucination du sentiment. « Puisque l’émotivité morbide, dit-il, se produit dans les mêmes conditions que la sensibilité subjective morbide, les émotivités morbides sont donc, en réalité, des états affectifs extériorisés ou objectivés : ce sont des hallucinations du sentiment. L’extériorisation renforce l’émotion, provoquant des phénomènes physiques aus&i intenses que s’il y avait excitation réelle du dehors, comme dans l’hallucination sensorielle. »

Gela est d’autant plus vrai que, parfois, comme nous le verrons plus tard, la résurrection émotive s’accompagne, dans les cas de ce genre, de véritables hallucinations des sens. Tels sont, par exemple, les acarophobes, qui en arrWent à éprouver de réelles démangeaisons spécifiques.

Type intermittent et type rémittent. — Il faut distinguer, dans la phobie systématisée, constitutionnelle ou fonctionnelle, les cas où elle se manifeste exclusivement par des attaques angoissantes, avec tranquillité complète d’esprit dans l’intervalle, et ceux où, en dehors des attaques, la crainte subsiste sous forme de pensée plus ou moins obsédante.

Ces derniers sont les plus fréquents, surtout

TYPE INTERMITTENT ET TYPE RÉMITTENT 6l

lorsque la phobie se prolonge, et ils représentent, on le voit, un état morbide intermédiaire entre la phobie pure, réduite à l’attaque d’angoisse, et l’obsession inteb lectualisée. Nous reviendrons plus loin sur ce point important de notre étude.

Pitres et Régis.

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