‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 29 sur 114 · I. S. Freud, Loc. cit · texte numérisé non relu

I. S. Freud, Loc. cit

deux choses : i° d’une idée qui s’impose au malade ; 2° d’un état émotif associé et variable.

« L’état émotif de l’obsession est toujours justifié, mais il s’est éternisé. Quant à l’idée concomitante, c’est une idée substituée qui, par un mécanisme quelconque, a pris la place de l’idée primitive, toujours relative à la vie sexuelle de l’individu. C’est cette mésalliance de l’état émotif, resté le même, et de l’idée nouvelle associée, inconciliable avec cet état émotif, qui rend compte du caractère d’absurdité propre aux obsessions.

cc Exemple. — Un jeune homme, étudiant en médecine, souffrait d’une obsession. Il se reprochait toutes les actions immorales : d’avoir tué sa cousine, défloré sa sœur, incendié une maison, etc. Il parvint jusqu’à la nécessité de retourner dans la rue pour voir s’il n’avait pas encore tué le dernier passant. Origine de la substitution : il avait lu dans un livre quasi-médical que l’onanisme, auquel il était sujet, abîmait la morale, et il en était ému.

cc Autre exemple. — Une jeune fille s’était presque complètement isolée, en conséquence de la peur obsédante de l’incontinence des urines. Elle ne pouvait plus quitter sa chambre ou recevoir une visite sans avoir uriné plusieurs fois. Chez elle, et en repos complet, la peur n’existait pas. Origine de la . substitution : c’était une obsession de tentation ou de méfiance. Elle ne se méfiait pas de sa vessie, mais de sa résistance contre une impulsion amoureuse. L’origine de l’obsession le montrait bien. Une fois, au théâtre, elle avait senti, à la vue d’un homme qui lui plaisait, une envie amoureuse accompagnée (comme toujours dans la pollution spontanée des femmes) de l’envie d’ruiner. Elle fut

PHOBIES ET OBSESSIONS

obligée de quitter le théâtre et, de ce moment, elle fut en proie à la peur d’avoir la même obsession, mais l’envie d’uriner s’était substituée à l’envie amoureuse. Elle guérit complètement,

(c Dans la phobie, Tétât émotifest toujours l’anxiété; elle est plus monotone et plus typique que dans l’obsession.

« Le mécanisme des phobies est tout à fait différent de celui des obsessions. Ici, plus de substitution, plus d’idée remplaçante, rien que l’état émotif anxieux, qui, par une sorte d’élection, a fait ressortir toutes les idées propres à devenir l’objet d’une phobie. L’angoisse de cet état émotif des phobies, non dérivé d’un souvenir quelconque, se rattache à une névrose spéciale, la névrose anxieuse, de laquelle cet état émotif est le symptôme principal et qui doit être séparée de la neurasthénie, bien que confondue maintenant avec elle. Ainsi, les phobies font partie de la névrose anxieuse. »

Telle est la conception générale de Freud au sujet des obsessions et des phobies et telles sont les différences qu’il reconnaît entre elles.

Toutefois, malgré ces différences, il convient qu’elles peuvent se combiner Tune à l’autre. « Il peut y avoir, dit-il, et c’est très fréquent, combinaison de phobie et d’obsession propre. Au début, il y avait phobie, développée comme symptôme de la névrose anxieuse. L’idée qui constitue la phobie peut être substituée par une autre idée ou plutôt par le procédé protecteur qui semblait soulager la peur. Telle cette femme qui avait commencé par la peur

de devenir folle (phobie hypocondriaque assez commune chez les femmes non satisfaites par leur mari, comme elle). Pour se garantir qu’elle n’allait pas devenir folle, qu’elle jouissait de son intelligence, elle commença à se poser des questions, à s’occuper de problèmes sérieux. Cela la tranquillisait d’abord, mais avec le temps cette habitude de la spéculation se substitua à la phobie (Grübelsucht). « Pourquoi faut-il respirer ? Si je ne voulais pas respirer ? »

Freud montre déjà là, par un exemple, que la phobie proprement dite peut tourner à l’obsession, c’est-à-dire s’accompagner d’idée fixe. Mais le fait est bien plus fréquent qu’il ne le croit.

L’obsession n’est souvent que la forme aggravée ou intellectualisée de la phobie. Cas de transition. — Entre la phobie systématisée et l’obsession, il n’y a pas, à notre avis, si loin qu’on le croit généralement. Il y a si peu loin qu’en consultant l’ensemble de nos observations, nous nous sommes trouvés souvent embarrassés pour distinguer s’il s’agissait de phobies ou d’obsessions. Que faut-il, en effet, pour que la phobie systématisée tourne à l’obsession ? Il faut simplement que cette phobie, au lieu de se manifester par des crises d’angoisse intermittentes, avec calme complet dans l’intervalle, préoccupe plus ou moins, dans l’interparoxysme, l’esprit du sujet, ce qui arrive dans la majorité des cas. Et c’est ainsi que, par une pente toute naturelle, la monophobie tend peu à peu vers le monoïdéisme, et qu’on a si souvent affaire, dans la pratique, non à des phobies systématisées pures, mais à des cas intermédiares ou de transition entre la phobie et l’obsession.

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L’obsession n’est donc souvent qu’une phobie ayant perdu son caractère de simple trouble émotif pour prendre, par le fait même de son évolution, celui de trouble à la fois émotif et intellectuel.

Au reste, dans les cas mêmes où l’obsession survient d’emblée, sans avoir passé au préalable par une phase exclusivement phobique, les symptômes caractéristiques de l’angoisse se retrouvent toujours, à un degré quelconque.

Ce qu’on peut dire, au moins en thèse générale, c’est que plus l’obsession tend à s’intellectualiser, plus son substratum émotif s’atténue.

Il se produit là, semble-t-il, ce qui se produit toutes les fois qu’un instinct, une émotion vient à passer dans la sphère mentale. Th. Ribot \ après avoir montré qu’il en est ainsi pour la tendance sexuelle, qui de physiologique peut devenir psycho-physiologique, enfin purement intellectuelle, dit : « Ces formes subtiles et raffinées que les intellectualistes tiennent pour supérieures ne sont en réalité qu’un appauvrissement dans l’ordre affectif. Au reste, elles sont rares et, sauf quelques exceptions, sans efficacité; car c’est une règle que tout sentiment perd de sa force dans la mesure où il s’intellectualise ; et c’est une source inépuisable d’illusions et d’erreurs, dans Ig pratique, que la foi aveugle dans la puissance des idées. »

Que l’obsession soit consécutive à une phobie dont elle n’est qu’une aggravation, un degré de plus, ou qu’elle se manifeste d’emblée sous forme d’obsession, elle est en somme formée par l’adjonction aux phé-

:. Th. Ribot, Loc. cit., p. ii

nomènes émotionnels de la phobie simple, d’un élément intellectuel, d’une idée fixe.

Il est d’usage de séparer, dans l’obsession, Tidée fixe simple et l’idée impulsive. Bien qu’au fond de toute idée il y ait un élément moteur, et que les idées obsédantes soient de véritables « impulsions intellectuelles » (Ball), nous envisagerons séparément les obsessions idéatives et les obsessions impulsives. Nous dirons aussi quelques mots à part des, hallucinations dans les obsessions.

Obsessions idéatives.

Le substratum; émotionnel de l’obsession nous étant connu, puisqu’il est le même, à l’intensité près, que celui de la phobie, nous n’avons à nous occuper ici que de l’élément intellectuel, de l’idée fixe.

Idée fixe physiologique et idée fixe pathologique. — L’idée fixe est physiologiquement, comme dit Ribot, l’hypertrophie, la forme quasi-tétanique de l’attention. C’est ainsi qu’elle se présente chez les compositeurs, les savants, dont elle domine l’esprit à l’exclusion de toute autre manifestation d’activité psychique. Bien que le sujet puisse être entière ment absorbé par cette idée, comme dans le cas si connu d’Archimède, elle n’est pas pour cela pathologique.

De même qu’en ce qui concerne l’émotivité, la limite et les caractères différentiels entre l’idée fixe physiologique et l’idée fixe pathologique ne sont pas faciles à préciser. On peut cependant indiquer cer-

OBSESSIONS IDÉATIVES

tains éléments de distinction. L’idée fixe physiologique est voulue, parfois même“c^rc/i^e, en tout cas acceptée et non douloureuse, et elle ne rompt en rien, par son intervention, Yunité psychique de Findividu.

Il est des cas assurément, surtout chez certains travailleurs qui sont plutôt possédés par l’élahoration de leur œuvre que maîtres de la diriger, de la quitter et de la reprendre à leur gré, où une conception artistique ou scientifique arrive à poursuivre l’esprit, à s’imposer à lui, en provoquant même de la souffrance. C’est évidemment presque déjà de Fohsession, mais une obsession qui, à l’origine, a été voulue et n’est devenue involontaire que par sa persistance.

Pour M. Séglas, la différence entre l’ohsédé et le travailleur ahsorhé est aussi dans ce fait que l’attention, chez le travailleur, est fixée volontairement, tandis que chez l’ohsédé eUê esFspontanée, automatique, et s’impose à la conscience qu’elle envahit par une sorte d’effraction de la volonté.

Caractères dé l’idée d’obsession. — Le caractère principal de l’idée fixe pathologique — nous parlons de l’idée fixe jugée telle, car l’idée fixe méconnue est une idée délirante dont nous n’avons pas à nous occuper ici — est donc d’être involontaire et en désaccord avec le cours régulier des pensées.

L’individu que poursuit un nom, un mot, un refrain, présente à ce point de vue un rudiment d’obsession, parce que le souvenir qui s’impose à lui est involontaire, automatique, et tend à dissocier son activité psychique normale en se substituant à elle. Mais ce n’est qu’un rudiment d’obsession

parce qu’il lui suffit d’un effort de volonté plus ou moins intense pour chasser cet hôte importun.

C’est une idée parasite, automatique, discordante) irrésistible. — La plupart des auteurs ont insisté sur ce caractère essentiel de l’idée fixe d’obsession. Koppen* la considère comme paraissant née en dehors de notre cerveau. Séglas® dit : « L’obsession n’est, en résumé, qu’un état particulier de la désagrégation psychologique, une sorte de dédoublement de conscience. »

Dans l’harmonie polyidéique qui constitue le fonctionnement normal de notre intelligence, l’émotivité pathologique cherche à jeter, ainsi que nous l’avons vu, une note, toujours la même. Cette note, introduite ainsi dans le concert intellectuel, devient une étrangère, une intruse, qui sollicite notre attention. De sorte qu’en dehors des concepts réguliers qui se déroulent normalement dans notre esprit, une idée discordante tend à se faire jour et, s’hypertrophiant de plus en plus, en arrive à s’imposer et même à dominer les autres ; d’où cette tendance à la dissociation ou dédoublement psychique constatée par tous dans l’obsession.

Et ce qui prouve bien qu’il en est ainsi, c’est que, dans certaines formes chroniques et incurables de l’obsession, au fur et à mesure que l’idée fixe s’ancre dans le cerveau, le dédoublement s’accentue. Il est même des cas où le dédoublement étant en quelque sorte complet, l’obsession a créé chez le sujet une

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