‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 31 sur 114 · I. Séglas, Loc. cit., p · texte numérisé non relu

I. Séglas, Loc. cit., p

mère primitive. Cela est dans bien des cas parfaitement exact. Il sufiSt d’étudier avec soin quelques obsédés pour se convaincre de ce fait que l’idée qui tourmente les malades n’est pas toujours la même que celle qui accompagne le choc émotif initial d’où est née l’obsession. Ce choc émotif initial peut être quelconque : il suffit qu’il ait ébranlé assez fortement le cerveau d’un prédisposé. Quant à l’idée substituée qui compose ultérieurement l’obsession, elle se rattache d’habitude, malgré les apparences, à cette impression, par un mécanisme variable, presque toujours par voie de conséquence, de déduction logique ou de généralisation. Dans l’observation si connue du suisse d’église, de Morel, le malade avait l’obsession de sa hallebarde, qu’il n’osait toucher. Le point de départ de cette obsession était une chute qu’il avait failli faire, longtemps auparavant, un couteau à la inain. La peur des couteaux, qui s’en était suivie, avait peu à peu amené la peur de la hallebarde. Legrand du Saulle a cité, d’après Blanche, l’observation d’une jeune fille qui, à la suite d’une frayeur causée par un violent orage, croyait voir partout du phosphore. Elle passait des journées à se brosser sans cesse et évitait tout contact.

Une de nos malades ne peut ni manger ni voir de la salade. Cela se rattache à l’émotion qu’elle éprouva à la suite de l’incendie de la rade de Bordeaux par un navire chargé de pétrole. Elle eut en effet, après cela, l’ohsesslon phobique du pétrole et des lampes, puis de l’huile, et enfin ffes mets qui se mangent avec de l’huile.

OBSESSIONS IDÉATIVES

On pourrait citer nombre d’exemples de ce genre, montrant très nettement le lien déductif qpii joint le choc émotionnel causal à toutes les idées obsédantes consécutives, pour si éloignées qu’elles en paraissent. Nous aurons, du reste, occasion de revenir sur ce point en parlant de l’étiologie.

Nature des idées obsédantes. — Les idées qui constituent l’élément intellectuel de l’obsession sont infiniment variées. Les plus fréquentes sont des idées relatives à la morale (peur de commettre ou d’avoir commis des vols, des assassinats, des attentats à la pudeur, des actions délictueuses ou criminelles quelconques), à la métaphysique (recherche angoissante de l’origine Qt de la nature dés pensées, de la conception de la divinité, de la nature de l’infini), ou à la religion (scrupules religieux, peur de souiller les hosties ou les eaux baptismales, de commettre des sacrilèges, etc.). Mais on peut aussi être obsédé par des idées indifférentes, par une phrase banale, par un mot insignifiant, voire même par un sentiment tel que la tristesse, la jalousie ou l’amour. Enfin, toutes les sensations susceptibles de donner naissance aux phobies vulgaires peuvent perdre peu à peu leur objectivité et passer ainsi de la classe des phobies sensationnelles ou obsessions phobiques dans celle des phobies intellectuelles ou obsessions idéatives. On voit d’après cela que tout peut fournir matière à obsession et qu’il existe autant de variétés d’obsessions qu’il peut naître de sortes de pensées dans le cerveau humain.

Il est facile de constater, cependant, que dans le nombre, il est des idées d’obsession qui s’imposent Pitres et Régis. 5

plus fréquemment à l’esprit. De toutes, ce sont incontestablement, à notre avis, celles qui ont trait à la santé, à l’existence, à la vie future. Viennent ensuite celles relatives à la peur de mal faire à tous les points de vue, moral, religieux, social, etc. ; celles relatives à la peur d’un événement, d’un objet, d’un animal ; enfin, celles relatives à un penchant ou à un sentiment quelconques.

Idées obsédantes vraisemblables. Idées de contraste. — Les idées obsédantes ne sont pas généralement des idées absurdes, impossibles ; d’ordinaire, elles sont vraisemblables et n’ont de morbide que leur grossissement, leur domination, leur persistance.

Elles peuvent présenter, cependant, un caractère particulier, auquel certains auteurs ont donné le nom de contraste. C’est lorsqu’elles se trouvent en contradiction complète avec les tendances du sujet. Cela s’observe souvent dans les cas d’obsession religieuse. Les malades veulent prier, faire une oraison ? il leur vient un blasphème, une impiété, un sacrilège, une injure grossière à la pensée ou à la bouche (manie blasphématoire de Verga). « En faisant les prières, dit Krafft-Ebing*, surgissent des conceptions de contraste ; on voit « maudit » au lieu de « béni », « enfer » au lieu de « ciel », « wilde Sau » (sanglier sauvage) au lieu de « Liebe Frau » (Notre Dame) et cela revient avec persistance toutes les fois qu’on essaie de redire le passage de la prière. » Une malade, dont l’un de nous a déjà fait mention, toutes les fois qu’elle se trouve en présence

[. Kbafft-Ebing, Traité clinique de psychiatrie, p. 543 .

OBSESSIONS IDÉATIVES 'ÿB

d’un objet de piété, surtout d’un Christ, au lieu de : cc Je vous ai au cœur « qn’elle veut penser, pense : «Je vous ai au c... » Une de nos malades, jeune fille de treize ans, toutes les fois qu’elle veut prier, est assaillie par des pensées de ce genre : cc Dieu ressemble à un âne », « Dieu, bête comme une oie ». Une autre jeune fille de seize ans est également obsédée, au moment de sa prière, par une idée impure, avec représentation visuelle d’un derrière, de la nature d’un homme, et tendance à dire, au lieu de : K Mon Dieu I je n’adore que Vous I —.

« J’adore ça. »

D’autres fois, les sujets sont poussés à se contredire, à dire juste le contraire de ce qu’ils pensent ou de ce qu’ils voudraient. Raggi^ et Séglas^ en rapportent chacun un curieux exemple. Nous ferons remarquer qu’on trouve un rudiment de cette particularité, en dehors de toute obsession proprement dite, chez beaucoup de neurasthéniques qui, comme le remarque justement Lôwenfeld se plaignent de ne plus trouver leurs mots, de dire dans la conversation le mot opposé à celui qu’ils veulent et qui y voient avec appréhension l’indice d’un affaiblissement mental. Il est facile de se rendre compte que ce contraste, ce contraire a sa source dans une particularité curieuse du phénomène de l’association des idées qui, chez les sujets à automatisme cérébral prédominant, comme les obsédés, fait surgir juste

1. Raggi, in Archivio italiano per le malattie nervose, 1887.

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