‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 32 sur 114 · Lôwenfeld, Die Neurasthénie. Wiesbaden · texte numérisé non relu

Lôwenfeld, Die Neurasthénie. Wiesbaden

rimage ou la pensée opposée à l’image ou à la pensée cherchée.

Idées obsédantes uniques, multiples, prédominantes et transformées. ^ L’idée obsédante, nous l’avons vu, peut se modifier et se transformer par une série d’évolutions successives. Ainsi que nous l’avons déjà dit à propos de la phobie systématisée, elle est rarement unique. Le plus souvent, plusieurs idées obsédantes coexistent, soit similaires, soit dissemblables, l’une d’elles étant plus ou moins prédominante.

Quelques caractères généraux des obsessions idéatives. — Les éléments morbides que nous venons d’étudier peuvent se grouper en proportions et dans des conditions variables suivant les cas, de façon à donner au syndrome obsession une physionomie différente. Il existe cependant quelques caractères d’ensemble sinon constants, au moins habituels.

D’une façon générale, les obsédés sont pris le matin, dès leur réveil, et ce passage de la vie onirique, accompagné le plus souvent de l’oubli momentané de leur torture morale, à la vie réelle qui la fait réapparaître instantanément, est chez beaucoup, comme chez nombre de neurasthéniques, le plus mauvais moment de la journée. D’autres, au contraire, dans un état supportable durant le jour, sont pris tous les soirs, à la tombée de la nuit, de paroxysmes angoissants.

Le sommeil est plus ou moins bon. Tantôt l’obsession n’a aucune répercussion sur lui; d’autres fois, elle a également lieu dans le rêve, soit qu’elle en tire son origine, soit qu’eUe s’alimente et se renforce simplement en lui. Cette action du rêve sur l’obsession

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et ridée fixe s’exerce surtout chez les hystériques, sans qu’ils en aient souvent conscience à l’état de veiUe.

L’obsession se manifeste habituellement sous forme paroxystique et il est rare qu’elle soit tout à fait continue. En tout cas, dans l’intervalle des crises et même durant les crises, lorsqu’elles ne sont pas trop intenses, les sujets peuvent continuer de se livrer aux travaux de leur profession.

D’habitude ils cachent leur état d’âme et se concentrent en eux-mêmes, évitant d’en parler jusqu’à leurs plus proches. Ce n’est que lorsqu’ils sont à bout de lutter ou trop tourmentés qu’ils vont s’ouvrir au médecin, puisant dans cette confession, comme les neurasthéniques, un soulagement momentané.

Obsessions idéatives constitutionnelles et accidentelles. — L’obsession se présente également, comme la phobie, sous un aspect sensiblement différent suivant qu’elle appartient à la série constitutionnelle ou à la série accidentelle. Ainsi que nous le verrons ultérieurement, l’hérédité chargée, la précocité, la prédominance d’emblée de l’élément intellectuel, l’allure rémittente ou continue, la chronicité avec multiplicité ou modifications possibles de l’idée obsédante, appartiennent au type constitutionnel. L’hérédité moindre, surtout au point de vue vésanique, le début plus tardif, la prépondérance de la cause occasionnelle, la précession d’une phase de phobie, la persistance, à un degré marqué, des phénomènes émotionnels, l’allure toujours paroxystique, l’envahissement moindre de l’obsession, enfin la

curabilité plus grande appartiennent au type accidentel.

Lutte contre l’obsession. — Qui dit obsession, dit lutte. Ce qui différencie essentiellement, en effet, l’obsession du délire, c’est que, dans le premier état, la conscience se révolte contre l’invasion de la puissance étrangère qui tend à l’envahir et fait appel à la volonté pour la refouler ; tandis que, dans le second, l’idée délirante peut être pénible, suivant sa teneur, mais elle n’est pas un élément hétérogène, elle s’identifie à l’esprit par qui elle est acceptée dès lors, avec toutes ses déductions.

C’est cette révolte de l’individu contre l’idée parasite et son effort constant pour s’y soustraire qui a pu faire considérer l’obsession, au point de vue psychologique, comme une maladie de la volonté.

Il n’est pas absolument vrai de dire, comme on le croit généralement, que la volonté chez les obsédés est très amoindrie. Beaucoup, en effet, sont susceptibles de donner de par ailleurs des preuves d’une énergie peu commune et, d’autre part, c’est très réellement qu’ils combattent leur idée fixe.

Ils ne réussissent que rarement, il est vrai, à la repousser, mais cela ne prouve pas qu’ils n’aient pas déployé, pour y parvenir, un véritable effort. Cela prouve seulement que la tâche était au-dessus de leurs forces. On s’explique aisément d’ailleurs que la volonté la plus ferme ne puisse vaincre une obsession en l’attaquant ouvertement, en la combattant corps à corps. Le plus clair résultat de cette lutte, c’est, en effet, de concentrer davantage l’attention sur l’idée à chasser, par suite de la faire pénétrer plus profondé -

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ment dans l’esprit. Comme dit Séglas « toute idée que l’on discute tend, par ce fait même, à devenir plus nette dans la conscience, c’est-à-dire à accaparer un plus grand nombre d’éléments psychiques ». C’est ce que traduisent les malades quand ils disent que plus ils font effort pour chasser l’idée obsédante, plus elle s’impose tyranniquement à eux.

Il ne faut donc pas s’étonner si les obsédés ne parviennent que rarement à se débarrasser de leur idée fixe. Cela vient peut-être de l’insuffisance de leur volonté, de leur aboulie ; mais cela vient surtout de ce que la volonté ne sert de rien dans ces conditions : l’idée obsédante étant un de ces ennemis dont on ne fait qu’accroître la force et l’audace en les combattant directement, ou plutôt un de ces coins qu’on ne fait qu’enfoncer plus profondément dans le cerveau, en frappant dessus.

On s’explique très bien, d’après cela, comment la lutte augmente d’autant les phénomènes d’émotivité pénible et comment à l’anxiété, à l’angoisse de se sentir envahi par une idée étrangère, se joint l’anxiété, l’angoisse de ne pouvoir la chasser. Il y a ainsi une double anxiété chez l’obsédé : une anxiété primitive, origine même de l’obsession, et une anxiété secondaire, celle qu’on appelle concomitante, résultant du conflit douloureux de la volonté contre cette idée.

On s’explique également très bien comment les obsédés, pour se débarrasser de leur sujétion, sont naturellement amenés à tourner la difficulté et à user d’une série d’artifices ingénieux, ruses de guerre

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