‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 34 sur 114 · I. Séglas, Loc. cit., p. i 39 -i · texte numérisé non relu

I. Séglas, Loc. cit., p. i 39 -i

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constituant à ce moment leur personnalité individuelle, en un mot qu’ils conservent leur conscience personnelle. C’est plutôt le contraire qui existe, de par la présence même de l’idée obsédante, constituée par un groupement de certains phénomènes psychiques, une synthèse secondaire qui, loin de s’assimiler à la synthèse principale représentant la conscience personnelle, entre en lutte avec elle et même avec assez d’avantages pour l’obnubiler toujours, l’effacer même parfois tout à fait pendant un instant, soit que le malade cède à son idée, soit que celle-ci revête une forme particulière ».

Et à l’appui, M. Séglas cite un certain nombre de cas dans lesquels les malades présentaient une altération plus ou moins graye de la conscience, depuis ceux qui ne distinguent plus s’ils ont ou non exécuté ce qu’ils redoutent jusqu’à ceux, comme la femme citée plus haut, dont la personnalité est perdue ou dédoublée.

L’un d’eux, un agoraphobe, s’exprime ainsi : «Au bout de quelques pas, il me semble que je me dédouble. Je perds la conscience (5fc)de mon corps qui est comme en avant de moi. Je marche, j’ai bien conscience que je dois marcher, mais je n’ai pas conscience de ma propre identité, que c’est bien moi qpi marche. Je fais des efforts pour me prouver que c’est bien moi et souvent il me faut interpeller un passant, entrer dans un magasin pour parler, demander quelque chose, afin dè me donner une nouvelle preuve que je suis réellement bien moi. »

Un autre, « un enfant d’une douzaine d’années, atteint d’,obsessions à forme constitutionnelle, notam-

ment d’obsession du doute et du toucher, offre des phénomènes analogues ». Parfois, en se promenant, comme il restait en arrière de son précepteur, celui-ci le rappelait vers lui. L’enfant accourait aussitôt; et après l’avoir rejoint, tout à coup il s’écriait qu’on l’avait abandonné, laissé en arrière, qu’il fallait retourner le chercher, qu’il était perdu. Et il fallait longtemps au précepteur stupéfait pour le rassurer, lui persuader qu’il n’en était rien et que cet abandon n’avait jamais eu lieu. Une autre fois, voyant passer une voiture cellulaire, il aperçut le garde municipal à la lucarne. La voiture passée, le voilà pris soudain d’une grande peur, craignant d’avoir été emmené par le garde qui l’aurait regardé en passant.

Un dernier malade enfin, lorsqu’il va dans une direction déterminée, s’aperçoit au bout d’un assez long chemin a qu’il a marché automatiquement sans avoir pu saisir la transition première de la marche voulue à la marche automatique ». Le voilà alors pris d’angoisse : « Je me dis tout à coup, raconte-t-il: Mais est-ce que c’est bien moi qui suis ici ? Est-ce bien moi qui marche Et alors je fais des efforts inouïs d’appliquer ma conscience à cette inconscience (sic^ pour me rendre bien compte que je fais les mouvements de la marche. Si bien qu’à un moment, pendant cette sorte de crise, avant la certitude absolue, je suis conscient d’un côté que je suis inconscient de Vautre » (sic').

D’ou M. Séglas conclut que la conservation de la conscience dans l’obsession est toute relative; que l’obsession implique une synthèse psychique secondaire, automatique, à côté de la principale, c’est-à-

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dire un commencement de désagrégation, de dissociation du moi.

Il est certain qu’en principe M. Séglas a raison et on doit lui savoir gré d’avoir, avec M. P. Janet, appelé l’attention sur ces phénomènes d’altération psychique dans l’ohsession. Mais la question est délicate et prête à la discussion. Tout dépend, en effet, de ce que l’on entend par conscience. Si on l’entend, avec M. Séglas et M. P. Janet, au point de vue psychologique, comme la notion de l’unité de l’être, assurément la conscience n’est pas absolue dans la crise d’obsession qui est une tendance à la dissociation de la personnalité. On trouvera dans plusieurs des observations de ce volume cet état de fragmentation, de perte de la personnalité, notamment dans l’observation XXVIII où le malade ne pouvant s’assurer qu’il agit et qu’d pense, en arrive à ne plus savoir s’il vit et est obligé de le demander. Au reste, cette désagrégation du moi se retrouve très fréquemment, avec les mêmes caractères et à des degrés variables, soit dans la neurasthénie, soit dans la névrose d’angoisse qui ont avec l’obsession les rapports étroits que l’on sait. Mais conscience et personnalité sont-ce deux choses identiques ? Nous ne le pensons pas. Dès lors, si on entend le mot conscience au point de vue clinique, en tant que perception exacte des phénomènes psychiques éprouvés, il est évident que, sauf de très rares exceptions, la conscience est conservée dans l’obsession. Les faits connus de tous, dans lesquels les malades s’observent et s’étudient en pleine crise, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard et nous savons qu’ils

sont d’accord pour accuser cette sensation de dédoublement, de dépersonnalisation, qui est bien la dominante de leur état mental à ce moment. Or, s’ils constatent ce dédoublement, cette dépersonnalisation, s’ils les analysent si correctement et si finement, c’est qu’ils en ont conscience, ou alors les mots perdent leur valeur.

Les exemples démontrant la conservation de la conscience dans les obsessions sont, nous l’avons dit, des plus communs. Nous citerons seulement ici les suivants :

Observation XXVÏ. — Obsession génitale', sensation de dédoublement de la personnalité. —trente-quatre ans, est atteinte de neurasthénie constitutionnelle avec stigmates. Elle présente une obsession génito-urinaire angoissante et chronique accompagnée de sensation de cuisson au clitoris et au méat. Le symptôme principal de son obsession est la crainte d’être obligée de regarder les organes sexuels des hommes, femmes, animaux qu’elle rencontre, d’y porter les yeux malgré elle. Cela la torture au plus haut point, parce que c’est tout à fait contraire à ses sentiments, à sa pudeur, à sa frigidité génésique. Parfois, l’obsession est telle, qu’elle est obligée de céder et de regarder. Sa pensée est toujours portée là-dessus et avec une telle intensité qu’elle a l’évocation comme hallucinatoire de scènes lubriques avec organes sexuels, surtout mâles, accouplements, etc. Elle cherche en vain à penser à autre chose. « C’est alors, dit-eUe, une idée qui se lutte l’une contre l’autre. L’idée qui s’impose et l’idée que je m’impose combattent entre elles. J’ai dans le cerveau le pour et le contre. »

Observation XXVII. — Timidité obsédante avec sensation de dédoublement. — M. D..., quarante-six ans, est un

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lettré philosophe des plus distingués qui nous a écrit des pages pleines d’intérêt sur son état psychique, sorte d’obsession chronique de la timidité, se traduisant surtout par la peur anxieuse de s’arrêter court au milieu de ses phrases ou de ne pouvoir prendre une attitude aimable dans ses rapports de société. « Dire bonjour à quelqu’un, écrit-il, et lui serrer la main en le quittant m’occasionnaient de véritables angoisses. » —■ « Qu’est-ce que la personne à qui je dois serrer la main avec un sourire aimable penserait de moi si ce sourire n’était pas aimable, si je ne pouvais pas sourire? » — « Cette réflexion devint une. véritable obsession. Durant des heures, des jours entiers, je pensais avec angoisse au moment où je devais dire adieu à quelqu’un. J’inventai mille moyens pous dissimuler mon état. Par exemple, je buvais avant de faire des visites, je prétextais un mal de dents ou je montais en courant l’escalier de façon à être essoufflé. Mais, pour peu qu’il fallût attendre, l’essoufflement était parti ; j’étais alors doublement gêné et l’on me regardait d’un,air surpris ou blessé. Car je ne pouvais sourire. J’avais beau étudier un sourire artificiel devant la glace comme les acteurs ; au moment décisif, il ratait. Ma figure se contractait légèrement, les coins de la bouche s’abaissaient, je me sentais ridicule, et après, j’étais attristé pendant des heures et des jours... » « Lire, dans les journaux, que Guillaume ou Président de la République ont dû, en recevant leurs invités, sourire 5oo ou looo fois lïi’occasionne quelquefois une véritable angoisse. J’accomplirais bien plus facilement les travaux d’Hercule que cela. Ils sont reçus par des députations innombrables, tous les regards se fixent sur eux, observent leurs moindres mouvements et ils sourient, ils plaisantent, ils s’amusent quand même. De quelle pâte sont-ils donc faits ? Voilà ce que je me disais et ce que je me dis encore, mais autrefois bien

plus souvent que maintenant où je suis résigné à garder mon mal (qui me paraît moins terrible et partant a diminué), jusqu’à la tombe. » Et le malade insiste beaucoup, dans tous ses écrits, sur ce fait que, dans son obsession, il se sent tiraillé en sens contraire par deux idées, deux forces opposées qu’il appelle la volonté et la contre-volonté. Il a même constaté qu’à ce moment il avait de véritables objectivations hallucinatoires, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

Observation XXVIII. — Obsession du doute de sa pensée et de son existence. Dissociation et dédoublement de la personnalité. — En mai 1897, M. D..., 5o ans, employé de commerce, célibataire, se présentait à notre consultation parce que, depuis quelque temps, il avait des « complications d’idées ». Son père était vif, emporté. Il est mort à 66 ans de diabète. Sa mère, morte à 81 ans, de catarrhe bronchique, n’avait présenté aucun phénomène nerveux. A eu un frère très huveur, en proie à des hallucinations et mort à 62 ans de cirrhose atrophique. Sa sœur, qui l’accompagne, est bien portante. Cependant elle est sujette à des migraines et comme elle nous l’a appris plus tard, dès l’âge de i5 ou 16 ans, elle avait une série de a manies », dit-elle, ou plutôt de « superstitions ». Pour se mettre en marche, elle devait toujours partir du pied droit, faire sa prière au même endroit dans sa chambre ; si elle touchait un objet en pensant qu’il pourrait lui arriver malheur, elle était obligée d’en toucher un autre. Cela a duré 4 ou 5 ans. Elle a eu également des crises de nerfs.

Dans son adolescence, notre malade n’a jamais eu de ces idées fixes qui l’occupent aujourd’hui. Tout au plus, a-t-il eu, comme sa sœur, quelques petites « manies », comme il les appelle. Il aimait marcher sur les interstices des pavés, de manière à faire une croix. 11 était porté à toucher les murs cimentés, etc.

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D... a fait des exces de boisson (absinthe, petits verres, etc.). Il y a un an sont survenus des troubles gastriques avec état vertigineux suivis de battements de cœur et finalement la sensation, se renouvelant tous les matins, de l’inexistence de son corps et de l’impossibilité de se détacher du lit. C’était comme un « cauchemar éveillé » le remplissant d’angoisse.

C’est dans ces conditions que sont nées « ses complications d’idées ».

Il est poussé depuis deux mois à chercher si réellement il pense et à quoi il peut reconnaître qu’il pense.

Si une idée a traversé son cerveau sans qu’il en ait conscience, il reporte son attention en arrière pour savoir quelle était cette idée qui a pu ainsi lui échapper. Il se préoccupe, en un mot, de la continuité de sa pensée. Et ce qui lui est pénible, ce qui le met dans un état d’angoisse excessive, c’est d’avoir bien pu rester un certain temps sans pensée, qu’il y ait eu, comme il le dit, « un temps d’arrêt dans ses idées ». Ces recherches angoissantes se reproduisent tous les jours. Puis une nuit il se réveille tout à coup et se demande: « Est-ce que je pense? » Ne se sentant pas penser, il se dit : « Puisque rien ne prouve que je pense, je ne puis pas savoir si j’existe. » Il détruisait ainsi le fameux aphorisme de Descartes : « Je pense, donc je suis. » Depuis, ces torturantes préoccupations ne Font pas quitté ; elles lui rendent la vie insupportable. « Il vaudrait mieux être mort que d’être ainsi. »

Ces doutes sur l’existence de sa pensée et par suite sur son existence réelle sont devenus une obsession des plus pénibles pour notre malade. Ce n’est qu’après force raisonnements qu’il peut arriver à une vague conception de son existence, mais aussitôt survient un autre raisonnement qui détruit la preuve cherchée.

11 a par déduction une idée vague qu’il existe. Il se « substitue, dit-il, à l’état de celui qui ne pense pas et

alors il voit qu’il pense ». Il contrôle aussi le fonctionnement de ses viscères pour savoir s’il vit. Pour venir à la consultation, « il a dû mettre en déroute tous ses raisonnements et obéir à la machine humaine ».

L’examen du malade révèle lés faits suivants. C’est un homme de haute taille qui autrefois a dû être vigoureux, mais il a les traits fatigués, l’air préoccupé. L’œil est brillant, intelligent. Il dit avoir maigri notablement depuis qu’il éproûve ces troubles obsédants.

Il souffre de la tête, plus particulièrement de la région occipitale. On remarque un tremblement notable de la langue et des doigts. Les réflexes sont normaux ; la sensibilité générale un peu diminuée. L’appétit est médiocre, le malade est obligé de se raisonner pour manger. Il a de la constipation. Pendant le sommeil il n’est pas poursuivi par ses idées. Mais avant de s’endormir, chaque soir, il a des visions de personnages inconnus qui défilent devant lui. Ils lui apparaissent sous un aspect très vague. Quelquefois, dit-il, il les voit converser entre eux et il entend même certaines phrases. Il se rend bien compte que ces phénomènes n’existent que dans son esprit. Au réveil, il a la sensation qu’il vient de naître, qu’il sort d’un évanouissement.

Sa mémoire est assez bonne ; ses goûts ont changé. La musique, qui était une de ses distractions les plus agréables, lui est devenue insupportable. D’ailleurs, rien ne l’intéresse plus et il vit dans l’inaction, le désœuvrement le plus complet, dominé uniquement par ses pensées.

Son obsession le gagne toujours de plus en plus : Je parle, je marche, donc je vis. Si je vis, je parle, je marche, donc je pense. »

11 lui est arrivé plusieurs fois d’aller réveiller sa sœur la nuit et de lui poser la question suivante : ce Je te parle, donc je vis ? » Il se sent obligé de penser par force pour bien se prouver qu’il existe. Il pourrait à la rigueur se

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distraire, mais il souffre de cette distraction parce qu’il lui semble qu’il n’a pas fait « la quantité suffisante de raisonnements pour la vie y>..

Il recherche les pensées abstraites, car elles sont pour lui une preuve bien plus évidente de sa pensée, puisqu’elles ne sont pas fondées sur des sensations.

Chacun de ses échafaudages de syllogismes est accompagné d’une crise d’angoisse avec bouffées de chaleur, sueurs, palpitations de cœur, sensation de constriction épigastrique.

A la suite de ses visites au médecin, il devient un peu plus calme. Mais l’effet ne dure pas. D’ailleurs, même derrière le calme, il sent qu’il a toujours cc des idées, des paquets d’idées ». 11 n’a plus de satisfaction en s’assurant qu’il vit. Il éprouve même une répulsion pour toutes les actions qui prouvent la vie. Pendant qu’il est avec nous, un orgue vient à jouer sur .la porte, il l’entend. « J’entends, donc je pense, donc je suis ; mais est-ce que je suis sûr de penser ? »

D’ailleurs, il n’a pas conscience si son « moi actuel est le même que son moi de jadis ». Néanmoins, quand il ne pense plus à toutes ces idées, il lui semble qu’il est dédoublé et qu’il revient à sa « vie ancienne ».

Dans la suite, malgré tous ses efforts pour se débarrasser de cette obsession, l’état ne s’est pas amélioré. La démonstration de son existence demande certains raisonnements, mais l’esprit du malade ne reste pas satisfait, car le terrible doute renaît malgré lui et plus l’esprit s’applique sur ce point, plus l’angoisse augmente. Un raisonnement en amène un autre de sens contraire et celui-ci une multitude, jusqu’à ce qu’enfin l’angoisse étant à son maximum, le malade sente un vide se faire dans son crâne et comme il le dit: « ses idées se volatilisent » et c’est à ces moments qu’il se croit sur le point de devenir fou.

Il existe chez lui quelques moments où la tranquillité d’esprit tend à revenir ; mais, hélas ! ils sont de bien courte durée.

Un jour, il voulut se remettre au piano qu’il avait beaucoup aimé avant sa maladie ; une fois même, nous dit sa sœur, il composa une valse. Mais ordinairement, loin de le distraire de ses idées, la musique ne fait que provoquer de nouvelles angoisses. En effet, pendant qu’il joue du piano, que devient sa pensée ? Il ne pense pas, ses raisonnements ne lui ont pas prouvé qu’il pensait, etc.

Ses moyens de défense sont les nombreux raisonnements qu’il se fait pour se convaincre qu’il existe réellement et que ses doutes sont absurdes. Mais ils n’aboutissent guère. Ainsi, la preuve : c’est qu’il sent, qu’il entend, qu’il marche et sa pensée accompagne bien tous ses actes, mais non constamment, et il lui arrive d’avoir fait des actes automatiquement ; par conséquent « sa pensée a subi des interruptions ». Il n’a pas toujours eu dans son esprit l’idée continuelle qu’il existait et alors ses doutes recommencent.

Plus il fait de calculs, plus l’obsession augmente.

Pour se convaincre qu’il existe, il lui arrive la nuit de se tâter le pouls. Puisqu’il sent des pulsations, c’est qu’il existe réellement. Mais l’acte par lequel il a porté la main droite sur la main gauche, afin d’y sentir le pouls, n’estce pas un acte dont tout le fonctionnement n’a pas été présent à sa pensée? Et tous ces procédés qu’il emploie pour s’assurer qu’il pense, qu’il existe, ne font que renforcer et redoubler son état anxieux.

C’est donc en vain c[u’il cherche à se prouver qu’il vit en s’examinant marcher, en tâtant son pouls, en contrôlant les sensations de sa vue et de son ouïe. Il n’arrive pas à se convaincre que tout cela est vrai.

Pour donner une idée plus exacte de l’état du malade et de ses syllogismes angoissants, nous transcrirons ici

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une note que nous remit sa sœur, devenue pour lui l’Antigone la plus patiente et la plus dévouée :

« Je cherche, dit-il, le mécanisme de la pensée. Je parle pour m’assurer que je puis parler. Si je pense à marcher, alors je vis. Il me semble que je ne vis pas, je ne m’entends pas parler, je ne me sens pas. Si je ne pense pas, c’est que je ne vis pas, si je ne vis pas, alors je ne dois pas manger. Je préférerais être fou que de ne pas savoir si je pense et si je vis. »

Hier matin il me dit : « Pour le lever, il faut que je pense que je vis ; pour constater que je vis, il faut que je pense et comment constater que je pense ? Et pourtant c’est ça ! »

Il veut que j’écoute ses raisonnements pour se prouver qu’il vit et qu’il pense et cela toutes les cinq minutes, depuis le matin jusqu’au soir. C’est à me rendre folle moi-même. Quelle marche suivre, dois-je abonder dans son sens ou le contredire ?

Il veut se prouver qu’il vit et qu’il pense et de là ses calculs à perte de vue, et comme il n’arrive pas à se prouver ce qu’il désire, il souffre comme un malheureux ».

D... a un mauvais état général ; il souffre riotamment de l’estomac : il lui semble que son estomac rentre en lui-même. Il se sent faible, abattu ; il est pâle et s’amaigrit. On a essayé pour lui presque toutes les ressources de la thérapeutique : toniques, calmants, hydrothérapie, galvanisation cérébrale, pilules de cérébrine, d’orchitine. On lui a fait pendant un mois, presque chaque jour, des injections de 8 à 10 centimètres cubes de sérum artificiel. L’état ne s’est pas amélioré. Nous avons pratiqué alors une série d’essais d’hypnose. Nous avons employé tous les procédés possibles pour provoquer le sommeil : fixation du regard, d’un objet brillant, frictions oculaires, passes, suggestions verbales, etc. Nous nous sommes aidés

deux fois de la chloroformisation. Le malade s’est toujours montré très réfractaire. Tout au plus, par instants, semblait-il plongé dans une légère somnolence ; mais il se réveillait spontanément sans avoir d’anesthésie, de contracture, sans la moindre amnésie. Enfin au bout de dix séances, D... mettant toute sa bonne volonté pour arriver au sommeil, nous lui conseillons de s’entraîner personnellement à fixer un objet brillant ; une bougie, une glace, chez lui chaque jour, jusqu’à ce qu’il sente le sommeil le prendre.

Après une quinzaine de jours, nous recommençons nos tentatives d’hypnose, mais sans succès. D... est désespéré et déclare que, malgré son désir, il lui est impossible d’arriver à concentrer son attention sur un point quelconque et à s’endormir.

Pour essayer de faire une diversion salutaire, nous envoyons D... passer quelques semaines dans son pays natal. 11 y a été ce qu’il était ici. La seconde ou la troisième nuit, raisonnant comme d’habitude sur l’objet de ses doutes, il lui est venu l’idée qu’il vivait peut-être, mais sous la terre. Cette idée s’est depuis fixée dans son esprit comme « obsession — déduction » et aujourd’hui, c’est elle qui le domine. Il ne peut arriver à se convaincre qu’il n’est pas sous terre. Hier (26 mars i 898) passant cours Victor-Hugo, il a cru qu’il était sous terre, et qu’étant sous terre, il s’imaginait être cours Victor-Hugo. La personnalité fictive créée par son obsession apparaissait donc à sa conscience comme la réelle et la personnalité réelle' comme la fictive. Ici, la conscience était réellement entamée, mais momentanément et incomplètement.

Le malade s’enfonçant de plus en plus ainsi dans les calculs psychiques, en arriva à tomber rapidement dans une crise de névrose d’angoisse aiguë, toujours lucide et obsédé, mais manifestant froidement l’intention, s’il ne guérissait pas, de recourir au suicide.

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On dut le placer dans une maison de santé de nerveux où, exécutant ce qu’il avait annoncé, il se suicida au bout de quelques jours.

Il nous semble impossible de contester que des malades qui s’expriment d’une façon aussi nette et aussi précise sur les phénomènes de leur crise obsédante en aient la pleine et entière conscience.

Il est des cas cependant, et M. Séglas a eu raison de les bien mettre en lumière, où les obsédés. n’ont plus une notion exacte de ce qui se passe dans leur accès. Il s’agit surtout, dans ces cas, d’obsession à forme intellectuelle et particulièrement de doute. Tel sujet, par exemple, hanté par la peur de tuer quelqu’un, de commettre un vol, un attentat à la pudeur, finira par ne plus s’y reconnaître et par ne plus savoir s’il a exécuté ou non l’acte redouté. Mais, même dans ces cas, la conscience n’est pas, semblet-il, sérieusement entamée, car derrière ce doute il reste encore une analyse et une appréciation très judicieuses de l’état psychique.

Division et classement des obsessions idéatives. — On a depuis longtemps distingué et décrit à part quelques-unes des obsessions idéatives, par exemple : la folie du doute avec délire du toucher (J. Falret, Morel, Legrand du Saulle) ; la maladie du scrupule (P. Janet) ; Vonomatomanie (Charcot et Magnan), etc., etc. Ces descriptions isolées, qui ont le mérite de faire ressortir dans tous leurs détails les particularités cliniques d’une obsession idéative ont, par conséquent, leur raison d’être et leur intérêt ; mais à la double condition qu’on n’en fasse pas des maladies distinctes

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et qu’on ne leur applique pas une dénomination susceptible d’induire en erreur à ce point de vue, comme folie du doute avec délire du toucher (il ne s’agit là ni de folie ni de délire), ou maladie du scrupule (il ne s’agit pas là d’une maladie spéciale).

En réalité, toutes les obsessions idéatives, quelles qu’elles soient, représentent de simples variétés d’une seule et même maladie, dans laquelle l’idée, variable et changeante d’ailleurs, n’est que la traduction intellectuelle, le revêtement extérieur de l’anxiété psychique. Et même, lorsqu’on examine les choses de près, on s’aperçoit que la plupart des idées qu’on observe dans les obsessions ne sont, avec toutes les variantes que comporte la pensée humaine, que des idées d’hésitation, de perplexité, pour tout dire en un mot de doute ; si bien qu’on peut dire, sans crainte de se tromper, que le doute anxieux est à la base de la plupart, sinon de toutes les obsessions.

Il n’y a donc pas lieu, pensons-nous, de consacrer ici un chapitre distinct à chaque obsession idéative, les caractères généraux que nous venons d’indiquer s’appliquant exactement à chacune d’elles. Peut-être pourrait-on, comme nous l’avons fait pour les phobies, et simplement en vue de la commodité de l’étude, établir parmi elles une sorte de classement ou de division par analogies d’idées morbides, et admettre, par exemple : les obsessions du doute proprement dit ; les obsessions du scrupule ; les obsessions du mot, du chiffre, du langage ; les obsessions du sentiment ; les obsessions nosopbobiques, etc., etc.

Il nous suffit d’avoir signalé ce point. Aussi, sans insister davantage, donnerons-nous ici quelques obser-

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vations, se rapportant aux principales variétés idéatives que nous venons d’énumérer. On y verra en même temps et les similitudes de fond et les différences de détail.

Observations cliniques. — Observation XXIX.— Obsession idéative; crainte de souiller les eaux baptismales. — M. l’abbé X... est un homme grand, rouge, chauve, marquant au moins 65 ans bien qu’il n’en ait que 55 . Il a perdu ses parents très jeune et ne sait pas s’ils ont présenté des troubles de l’esprit.

A 12 ans il a commencé à avoir des scrupules sur la chasteté et bien qu’il ne se soit jamais livré à des pratiques répréhensibles, ces scrupules ■ obsédants l’ont tourmenté jusqu’au moment de son ordination qui eut lieu à 3 i ans.

Après son ordination, il fut obsédé par la crainte que la cérémonie n’ait pas été régulièrement faite. Il se demandait si on n’avait omis aucun des détails essentiels exigés par la liturgie ; s’il avait bien le droit de dire la messe, de donner les sacrements, etc., etc. Par suite la peur de ne pas accomplir congrument les divers actes de son ministère se fixa dans son esprit. Après avoir présidé à un mariage il se demandait anxieusement s’il avait posé aux époux les questions réglementaires, si ceux-ci y avaient répondu comme il convient, s’il ne s’était pas mépris sur le sens de leurs réponses, si leur mariage était régulier, etc.

A 4 o ans, ces craintes devinrent beaucoup plus obsédantes. Elles se localisèrent sur la question des eaux baptismales. Pour que le baptême soit valable, se dit le malade, il faut que l’eau soit pure. Si elle est corrompue par des immondices, eUe ne doit plus pouvoir servir à la cérémonie. Or l’eau baptismale est incessamment soumise

à des causes de souillures, et si elle est souillée, le baptême auquel on l’emploie ne peut plus être valable. Cette idée tonrmente constamment le malheureux ecclésiastique. Pour éviter l’angoisse qui en est l’effet, l’abbé X... a renoncé depuis i5 ans à baptiser des enfants, mais l’idée le poursuit quand même. Elle le torture tellement qu’il cherche toujours à s’éclairer sur la question qui le préoccupe. Il écrit aux théologiens en renom pour leur demander si l’eau corrompue peut servir au baptême. Ceux-ci lui répondent que tant que l’eau reste eau elle est utilisable pour le sacrement. Mais cela ne le satisfait pas. Quand l’eau commence-t-elle à ne plus être de l’eau ? Quand la corruption en altère-t-elle les propriétés fondamentales? Voilà ce qui le préoccupe, ce qui l’obsède. Il y pense sans cesse.

Dans la vie ordinaire M. X... est timide, impressionnable, émotif. Il croit qu’il va être atteint de toutes les maladies dont il entend parler. S’il va voir un -pneumonique ou un typhique, il rentre chez lui avec la conviction qu’il aura lui aussi une pneumonie ou une fièvre typhoïde, mais cela ne l’alarrne pas, et les jours suivants, quand il s’aperçoit qu’il reste bien portant, il ne songe plus à ce genre de craintes.

En somme il est surtout obsédé par l’appréhension de mal faire des choses dont l’exécution défectueuse pourrait nuire à son prochain. Il ne craint pas’pour lui-même, mais pour les autres. Si ses préoccupations se localisent sur la question des eaux baptismales, c’est parce que le baptême est un sacrement essentiel. Il se dit donc que si par son imprudence il venait à souiller des eaux qui serviraient ensuite à baptiser des enfants, ceux-ci pourraient ne pas être régulièrement baptisés alors qu’on croirait qu’ils le sont, ce qui compromettrait leur vie éternelle ! Aussi a-t-il toujours peur de toucher des objets sales, car s’il a renoncé à pratiquer lui-même des

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baptêmes, il n’a pas cessé d’exercer son ministère sacerdotal : il va à l’église, il touche les objets du" culte, il change de vêtements dans la sacristie. Il pourrait donc ainsi répandre autour de lui des impuretés qui souilleraient les eaux baptismales. Pour éviter ce malheur, il prend des soins de propreté méticuleuse. Le matin, il passe de deux à quatre heures à sa toilette, lavant minutieusement toutes les parties de son corps. Dans la rue il fait perpétuellement attention à ne pas marcher sur des immondices, à ne pas frôler des objets sales. Il répugne à toucher des boutons de portes, des pièces de monnaie, des chandeliers qui pourraient avoir été antérieurement touchés par des personnes malpropres. Il ne touche jamais les animaux domestiques. S’il vient à être accidentellement frôlé par un chien ou par un cheval, il va aussitôt brosser ses vêtements et se laver vingt fois les mains. S’il aperçoit sur sa soutane un brin de poussière, il le repousse avec les mains et comme il ne lui est pas toujours possible de laver immédiatement ses mains, il les frotte l’une contre l’autre à sec pour en assurer la propreté : non pas qu’il ait peur des poussières en tant que poussières, mais parce qu’il craint que ces poussières adhérentes à ses mains aillent ensuite souiller et corrompre les eaux baptismales.

Il dit la messe sans inquiétude, touche les vases sacrés sans crainte de les souiller. Il ne se préoccupe pas, non plus, de la pureté des eaux qui servent à son alimentation. Il rêve peu et ne rêve jamais à ses idées obsédantes. Les distractions le détachent un peu de ses préoccupations maladives. Quand il est en voyage ou occupé, il ne songe presque pas aux eaux baptismales. Inversement quand il n’a rien à faire il y pense sans cesse et passe tout son temps à se laver ou à brosser ses vêtements. Il comprend cependant combien ses préoccupations sont mal fondées, mais il ne peut résister à l’angoisse qu’elles Pitres et Régis. 6

lui occasionnent. « J’ai deux moi, nous dit-il, l’un malade qui rumine perpétuellement les mêmes pensées angoissantes, l’autre sain qui voudrait repousser les suggestions du premier mais qui n’y peut réussir. »

Observation XXX. — Obsessionidéative. — Peur défaire saigner le cœur de Jésus. — X..., 28 ans. Père et mère sains de corps et d’esprit. Une tante hystérique, dévote à l’excès. Une cousine du côté maternel sujette à des idées fixes, obsédantes.

Mariée à 21 ans, M“®X... a eu un enfant actuellement âgé de 4 ans. Elle n’en a pas voulu d’autres. Il y a deux ans, sa tante lui fit, en termes violents, des remontrances à ce sujet. Elle lui exposa qu’une honnête femme devait ne rien faire pour éviter de devenir enceinte, qu’elle commettait une grosse faute en restreignant volontairement sa descendance, que Dieu la punirait, etc. M”® X... fut très émue dé ces observations, y pensa beaucoup, mais ne changea rien à sa vie conjugale.

11 y a quatre mois, elle commença à avoir des « idées fixes ». Elle se figura qu’elle outrageait Dieu dans une foule de circonstances banales de la vie, par exemple que quand elle marchait dans la rue elle marchait sur le corps de Dieu.

Un mois plus tard elle fit un r,êve qui l’émut profondément. Elle vit dans un songe un cœur percé d’unê flèche, d’où s’écoulait un flot de sang. Ce cœur c’était à n’en pas douter le cœur de Jésus. Depuis lors elle est poursuivie par la pensée angoissante quelle pourrait bien le piquer, le couper, même sans le vouloir, et en faire couler le sang précieux.

Constamment elle est obsédée par l’image de ce cœur saignant. Elle ne peut plus coudre sans penser que chaque coup d’aiguille s’enfonce dans ce cœur de Jésus et en fait couler le sang ; elle n’ose déchirer du papier ou de la toile sans voir aussitôt le cœur de Jésus déchiré et saignant

OBSESSIONS IDÉATIVES

par sa faute ; si elle coupe du pain elle croit que le couteau pénètre dans le cœur de Jésus ; si elle se déplace elle craint de marclier sur le cœur de Jésus ; quand elle mâche ses aliments elle a peur de broyer entre ses dents le cœur de Jésus.

Cette phobie la poursuit partout, dans tous les actes de la vie. Elle comprend l’absurdité de son idée fixe mais elle ne peut pas la chasser. Elle la trouve si bête qu’elle a peur de devenir folle. Elle a même pensé à se suicider, mais le souci de ses devoirs religieux et l’amour de son enfant l’ont retenue jusqu’à présent. Sa santé générale est parfaite.

Observation XXXI. — Obsession idéative .— Peur de ne plus savoir parler .— M"® X..., 26ans. Pèrelypémaniaque ; mère scrupuleuse ; grand-mère maternelle morte aliénée.

M"® X... est une charmante jeune fille, grande, brune, distinguée, aimable. Elle a toujours été un peu inquiète, timide, scrupuleuse, se préoccupant outre mesure pour des futilités.

A i6 ans, sans qu’on sache ce qui a pu donner naissance à cette idée bizarre, elle commença à être obsédée par la crainte de ne plus savoir parler, c’est-à-dire de ne plus savoir exprimer congrument ses pensées dans les diverses circonstances de la vie. Cela la rendit très malheureuse pendant trois ans, puis l’obsession s’apaisa et pendant six ans il n’en fut plus question.

A 22 ans (il y a de cela quatre ans), M"® X... fut très affligée par le mariage d’une de ses sœurs qu’elle aimait beaucoup, mariage qui l’obligea à se séparer d’elle. Elle devint triste, inquiète, émotive, et presque aussitôt après la crainte obsédante de ne plus savoir parler reparut plus violente et plus angoissante encore que par le passé. La malade n’a pas la peur de devenir aphone ou muette, elle craint- de ne pas savoir dire au moment opportun ce qu’il conviendrait de dire, ce qu’elle voudrait dire. Par

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exemple, quand elle va dans un magasin, elle a peur de ne pas savoir demander l’objet qu’elle désire acheter; quand elle va rendre une visite, elle est tourmentée par la crainte de rester bouche bée, comme une bête, de ne pas savoir répondre aux questions qu’on lui posera. Cette crainte l’obsède et l’affole. En réalité rien ne la justifie, car M"® X... parle très bien, sans la moindre difficulté d’articulation, sans la moindre hésitation dans le choix des mots.

Elle emploie fort à propos les formules de la politesse la plus raffinée.

Bref, elle ne présente et n’a jamais présenté aucun trouble du langage. Elle se plaint d’un peu de céphalée en casque qui augmente d’intensité quand l’obsession devient plus tyrannique. Elle a aussi un peu de dyspepsie flatulente.

Le sommeil est bon mais les réveils sont presque toujours pénibles, angoissés, immédiatement suivis de l’apparition de l’idée fixe obsédante.

Observ.a.tion XXXII. — Obsession idéative. Rumination angoissante de trois phrases banales. —M'^® X..., 29 ans, professeur de dessin et de peinture.

Père mort tout récemment d’une maladie de cœur. Mère raisonnable, au moins en apparence, mais atteinte depuis sa jeunesse de phobie des allumettes. Elle tressaille malgré elle quand on frotte une allumette sur un corps dur devant elle. Quand elle en allume une, elle regarde avec soin ses vêtements et ses doigts pour bien s’assurer qu’il n’est pas tombé de fragment de soufre ou de phosphore sur eux.

M'*® X... a joui dans son enfance d’une bonne santé. Elle a eu d’assez fortes préoccupations scrupuleuses à l’époque de sa première communion. Elle a dû se livrer beaucoup à la masturbation à partir de 16 ans, car sa mère, s’en étant aperçue, lui a fait à maintes reprises

obsessio:ns idéatives ioi

des remontrances à ce sujet ; elle s’y livre probablement encore aujourd’hui, car lorsqu’on fait allusion à ses habitudes elle n’en paraît pas le moins du monde offusquée et se borne à répondre : « Oh ! ce n’est pas cela qui a pu me rendre malade y>. Elle n’a jamais eu d’aventures amoureuses, ni d’attaques de nerfs, ni de troubles sérieux de la menstruation.

M'*® X... est intelligente, instruite et a un fort joli talent de peintre. Les obsessions dont elle est tourmentée et pour lesquelles elle vient nous consulter datent de trois mois. Voici comment elles ont débuté: en septembre 1895, M'^®X... avait été invitée par une de ses amies à aller passer quelques semaines des vacances à la campagne. Ce projet ne put se réaliser. X... en fut très contrariée. Elle devint sombre, agacée, émotive et commença à chercher, malgré elle, à analyser ses sentiments, à se demander si elle n’avait pas prononcé des paroles compromettantes, à se préoccuper des conséquences possibles de toutes ses actions.

Sur ces entrefaites, la sous-préfète de la petite ville qu’habitait X... assista à une soirée donnée par des gens peu estimés dans le pays. On en parla beaucoup. Un groupe de dames dit même devant M‘^® X... que la souspréfète aurait mieux fait de rester chez elle. Ce propos impressionna vivement la malade. Pourquoi? elle n’en sait rien. Quoi qu’il en soit, depuis ce moment elle ne cesse de penser à ce qu’elle a entendu dire de la sou»préfète et les trois propositions suivantes se présentent perpétuellement à son esprit :

I® Ces dames sont tripotières ;

2® Il y en a de plus tripotières que moi ;

3 ® La sous-préfète aurait mieux fait de rester chez elle.

Et elle cherche anxieusement à « harmoniser ces trois propositions, à les retourner deux par deux, trois par trois, à en extraire tous les sentiments qu’elles contien-

nent, tous ceux qu’elles peuvent faire naître y>. Cela l’obsède le jour ; cela l’empêche de fermer l’œil la nuit. Elle ne peut plus donner ses leçons, car au lieu de s’occuper de ses élèves, elle songe « que ces dames sont tripotières..., etc. y). La nuit, cela l’agace tellement qu’elle en arrive à se frapper la tête contre le mur, à se battre, mais rien n’y fait ; l’idée fixe s’impose à son attention, elle ne peut la chasser, elle ne peut penser à autre chose.

Elle dit parfois qu’elle préférerait mourir que supporter longtemps un pareil supplice, que si ça continuait elle finirait par se jeter à l’eau, mais en réalité elle n’a pas envie de se suicider.

Observation XXXIII. — Obsession de Vaffaire Dreyfus. — L..., comptable, âgé deSg ans, marié, 3 enfants.

Le père est mort à 42 ans dans un asile d’aliénés (paralysie générale?). La mère est morte à 4 o ans, de la variole. Elle était sombre, un peu concentrée.

En ce qui le concerne, L... n’a jamais eu de maladies graves et n’a commis aucun excès. Il a toujours été, seulement, impressionnable, émotif et scrupuleux. Il s’est masturbé d’une façon outrée jusqu’à son mariage.

Lors de l’affaire Dreyfus, il s’est lancé « fougueusement » et a pris carrément parti pour l’armée, ne lisant que des journaux favorables à son opinion, ne pouvant entendre émettre des idées contraires.

Il apportait déjà une telle passion à cela qu’il dut suivre un traitement par le bromure et les douches.

La nouvelle du suicide du colonel Henry provoqua chez lui un tel shock qu’il en éprouva du tremblement, de la faiblesse générale, des nausées, et qu’il dut quitter son bureau pour aller chercher secours chez un pharmacien.

Au bout de trois jours de repos, il reprit son travail, mais dès le premier instant, il ressentit une impression analogue. Il n’osait ouvrir son journal, de peur d’y trouver une nouvelle contraire à ses idées.

OBSESSIONS IDÉATIVES

Il prit un congé de huit jours, qu’il passa encore dans le calme, sans lire de journaux. Le huitième jour, au moment de rentrer à son bureau, il apprend la mise à la retraite du colonel du Paty de Clam, d’où nouveau choc.

A dater de ce moment, il devint angoissé quand il voyait le journal, quand il l’entendait crier, quand on le glissait sous sa porte, ou même quand il le voyait lire par quelqu’un. Sa femme ne le lui laissait pas prendre. Elle le lisait, puis lui racontait ce qu’il contenait, en évitant de lui dire ce qui pouvait le choquer.

Trois semaines avant de se présenter à nous, un matin, au réveil, le malade vit devant ses yeux comme écrit : cc Et Dreyfus. » Il en éprouva une crise d’angoisse. Depuis, l’idée de Dreyfus ne le quitte plus et l’obsède. S’il voit une voiture dans la rue, il pense de suite ; « C’est Dreyfus qui est dedans. » Le mot seul, le nom de Dreyfus, dès qu’il lui vient à l’idée, l’émotionne fortement.

Il essaye de lutter contre l’obsession, il cherche à s’en distraire en pensant à sa femme, à ses enfants, mais il ne réussit pas, et n’aboutit qu’à se provoquer une crise d’angoisse, accompagnée de sudation abondante. La nuit, il ne dort pas, dominé qu’il est toujours par son idée fixe. Il souffre plus, dit-il, que s’il avait perdu ses enfants qu’il aime beaucoup cependant.

Nous revoyons ce malade à diverses reprises. Il est toujours dominé par l’obsession de l’affaire Dreyfus, torturé par la crainte anxieuse d’apprendre « que les officiers ont fait quelque chose et que l’autre, là-has, soit innocent ».

Les crises d’angoisse se traduisent chez lui par de la constriction épigastrique et cardiaque, du flageolement des jambes, de la sudation des mains, sui'tout du bout des doigts, des nausées.

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A un certain moment, L... tombe dans un état d’anxiété aigu et continu, dans lequel tout devient pour lui sujet à obsession torturante, si bien qu’il a dû cesser complètement tout travail. Il a peur de tout, surtout de devenir fou.

Cette crise s’apaise peu à peu et le malade devient plus calme et moins obsédé. Il songe beaucoup moins à l’affaire. Il reste cependant très impressionnable et très inquiet.

Observation XXXIV. — Obsession idéative. —Recherche anxieuse de l’origine des pensées. — M”® X..., Sa ans. Père et mère sans obsessions ni maladies nerveuses. Une tante et une grand’mère maternelles mortes folles. Un neveu atteint d’obsessions.

A i 5 ans, M™® X... ayant lu un roman dans lequel il était question de la mort prématurée d’une jeune fille, fut obsédée pendant quelques semaines par l’idée de la mort, de l’inutilité de la vie, de la fragilité des espé-, rances humaines, etc. Cela passa assez vite.

Mariée à i6 ans, elle devient veuve, à i8, après avoir eu à terme un enfant qu’elle a conservé.

A 28 ans, sans cause connue, elle est prise tout à coup d’une tristesse profonde, avec désir angoissant de connaître l’origine des pensées, la marche des pensées, les lois de leur association, leur rôle exact dans la vie psychique, etc. Cela dura quelques mois, puis tout rentra dans l’ordre pendant 21 ans.

A 49 ans, les obsessions reparaissent tout à coup, plus violentes et plus tenaces que jamais, dans les circonstances suivantes : M“® X... était agacée par les cris d’un enfant. L’idée lui vient snbitement de se demander combien de fois cet enfant avait crié et ne pouvant donner à cette question une réponse satisfaisante, elle est prise, sur-le-champ, d’une angoisse inexprimable. Depuis ce jour, c’est-à-dire depuis près de 3 ans, elle a

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constamment des obsessions. Elle se pose des questions absurdes et quand elle ne peut les résoudre, elle en est très malheureuse. Elle cherche surtout à connaître l’origine des pensées. Elle voudrait savoir comment elles naissent, pourquoi elles s’enchaînent, par quel mécanisme elles se relient à la vie réelle, si elles ont un substratum matériel, etc., etc. Elle se demande souvent anxieusement ce qu’elle pensait à pareil jour un ou deux ans auparavant, ou bien ce que pensait telle personne à tel moment déterminé, pendant qu’elle lui tenait tels propos dont elle a conservé le souvenir.

Ces interrogations vaines sur des problèmes insolubles la fatiguent et l’énervent. Le jour, elles la mettent dans l’impossibilité de se livrer à aucune occupation sérieuse, la nuit, elles l’empêchent de dormir.

Elle a, à côté de cela, quelques phobies sensorielles : elle ne mange jamais dépêchés à cause de leur duvet ; elle a beaucoup de répugnance à toucher du velours ou certaines étoffes de coton. Elle a aussi la crainte superstitieuse du vendredi et du nombre i 3 . Enfin elle a parfois des angoisses violentes à propos d’incidents sans la moindre importance. Si elle éprouve quelques difficultés à évoquer le nom d’une personne ou d’un objet qui ne revient pas assez vite à sa mémoire,-elle en est toute bouleversée. Ces jours-ci, en passant dans une gare de chemin de fer, elle constate que le quai d’embarquement qu’elle croyait être à gauche de la voie se trouvait en réalité à sa droite. Cela suffit pour lui donner une crise d’anxiété des plus pénibles qui se prolonge encore aujourd’hui sous la forme d’une interminable série d’interrogations angoissantes : Pourquoi croyait-elle que le quai était à gauche ? L’a-t-on changé de côté ? Si elle s’est trompée d’où provient son erreur ? Est-ce d’un défaut de mémoire, d’une illusion de ses sens, d’rme aberration du jugement? etc., etc.

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Observation XXXV. — Obsession idéative : peur de corn-mettre des crimes. — D..., âgée de 26 ans, est née d’un pèreti'ès émotif et d’une mère physiquement bien portante mais tout à fait déséquilibrée moralement. Elle se forge toutes sortes d’idées plus absurdes les unes que les autres et cela depuis son enfance. M™® D... a hérité de l’esprit inquiet de sa mère. Lorsqu’elle était petite fille elle était scrupuleuse à l’excès. Vers l’âge de i 5 ans, elle était tourmentée par la crainte de perdre des objets à elle appartenant. Quand elle se promenait elle revenait très souvent sur ses pas pour s’assurer qu’elle n’avait rien laissé tombèr. Après son mariage, elle commença à avoir peur de commettre des actions inconvenantes ou malhonnêtes, de voler, de « faire de vilaines choses », de blesser son enfant. A chaque instant elle est hantée par ces craintes, qui ne se sont d’ailleurs jamais réalisées. Elle se demande toujours si elle n’a pas commis quelque méfait. Le soir, elle fait lever deux ou trois fois son mari afin qu’il s’assure qu’elle n’a pas méchamment placé des épingles dans le lit ou dans la bouche de son enfant !

Observation XXXVI. — Obsession idéative : peur d’empoisonner les personnes de son entourage. — M”® L..., âgée de 4o ans, est la fille d’une mère hystérique, qui a été sujette toute sa vie à des phobies variées. Dès sa plus tendre enfance, elle se rappelle avoir eu des idées tristes « toui’mentantes ». Au début, elle avait des scrupules, des craintes religieuses. Elle croyait que le diable allait l’emporter. Vers l’âge de 20 ans, elle commença à avoir peur d’empoisonner ou d’avoir empoisonné quelqu’un. Quand elle assistait à un repas, elle se demandait anxieusemént si elle n’avait pas jeté du poison dans les mets. A la réflexion, elle comprenait bien que non, mais elle ne pouvait s’empêcher d’y penser et d’en être fort angoissée. Elle se maria à 26 ans. Son mari, la voyant parfois triste, lui en demandait le motif. Elle se bornait à répondre qu’elle

OBSESSIONS IDÉATIVES

avait des chagrins et refusait de plus amples explications. Elle est devenue si malheureuse qu’elle a souvent songé au suicide. Les obsessions n’ont pas varié dans ces dernières années. Encore aujourd’hui, si elle voit quelqu’un hoire un verre d’eau, elle ne manque pas de s’interroger anxieusement — une heure, un jour, une semaine après — et de se dire à elle-même un nombre infini de fois ; « Pourvu que je n’aie pas jeté du poison dans le verre ! »

Observation XXXVII.— r Obsessions scrupuleuses. Peur obsédante d’intoxiquer les femmes dans les rapports sexuels. — V... est un jeune homme de 24 ans, doué d’une certaine intelligence et d’une certaine instruction.

Son père, vivant, âgé de 58 ans, est nerveux, vif, emporté. Sa mère, vivante, âgée de 48 ans, est nerveuse, impressionnable et sujette à des scrupules.

Il a un frère de 26 ans, bien portant, bien équilibré, et une sœur de i 5 ans, nerveuse, déjà tourmentée par des scrupules.

En ce qui le concerne, il n’a jamais eu de maladies graves, mais il est sujet, depuis l’enfance, à des obsessions de nature scrupuleuse qui, après s’être manifestées sous diverses formes, se présentent actuellement sous un type systématique et invariable.

Au surplus, voici la note que le malade nous a remise lui-même, lorsqu’il s’est présenté à nous. Elle suffira pour donner une idée très exacte de son obsession.

cc J’ai l’honneur. Monsieur le Docteur, de vous présenter quelques notes personnelles sur mon état nerveux et impressionnable. Ces notes ont pour objet de vous mettre au courant de la maladie dont je souffre. Jusqu’ici la persuasion m’a guéri des états successifs de frayeur par lesquels je suis passé et je demeure convaincu qu’avec ce même moyen et une médication particulière, mon état nerveux disparaîtra.

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« Depuis que je suis atteint de frayeurs, ma phobie, pour m’exprimer médicalement, a revêtu deux formes, relatives d’ailleurs à .mon être physique.

« La première s’est révélée dans mon enfance. Dès que j’ai eu la notion de responsabilité, et celle de réparation qui en découle moralement, il n’y a pas d’objets futiles qui ne me soient apparus comme des causes de réparation. Je croyais par exemple devoir quelque chose pour dégradation de livres prêtés par des camarades, pour usure de vêtements des gens cotoyésj Plus tard, si, dans une foule, je jetais ma cigarette encore allumée par terre, je croyais que je pouvais brûler ou endommager les robes des dames qui se promenaient en même temps que moi.

« Les moindres actes de ma vie, par les seuls rapports qu’ils avaient avec autrui, me paraissaient être la source de dommages constants.

« Je passe rapidement sur cette première forme, dont je suis radicalement guéri.

« La seconde, celle dont je souffre et qui a pris naissance avec mon adolescence et les désirs aphrodisiaques quelle fait naître, consiste à croire qu’il m’est interdit de voir des femmes sans leur causer desmaladies, ou même la mort. Cette idée fixe me suggère des impressions nerveuses que mon imagination maladive combine au gré de ma phobie.

« Longtemps j’ai cru que je pouvais m’introduire du cuivre dans l’appareil génito-urinaire et que ce métal, étant susceptible de s’oxyder dans mon corps, je pouvais avoir une grande quantité d’oxyde de cuivre sur moi et nuire aux personnes avec lesquelles je pouvais avoir des contacts sexuels.

«Je fume aussi la cigarette et je crois encore que par le contact de celle-ci avec le vert-de-gris, je puis m’introduire des vapeurs de cuivre ou de vert-de-gris dans les bronches. Si ce n’est du cuivre ou des oxydes, ce sont

OBSESSIONS σATIVES log

des morceaux d’aiguilles que je m’imagine pouvoir adhérer à ma cigarette et que je me représente pouvoir être aspirés avec la fumée de tabac que j’avale et se rendre soit dans mes bronches, soit dans mon estomac.

« A ceux-ci, mon imagination, toujours esclave de ma phobie, prête la propriété de m’introduire, en les entraînant avec eux à travers mon corps, toutes sortes de métaux en fusion dont je pourrais aspirer ou respirer les vapeurs et grâce au concours des rayons X ou des ondes électriques avec lesquels je pourrais être en relation, me perforer les parois de mes bronches ou de mon estomac et permettre ainsi, toujours par le concours de circonstances quelconques, l’intrusion d’explosifs, lesquels me mettraient dans le cas de nuire aux personnes avec lesquelles je pourrais avoir des relations sexuelles... »

L’obsession, chez ce malade, revient par crises paroxystiques. Dans l’intervalle, il souffre moins, tout en n’ayant pas sa complète indépendance d’esprit. Il est simplement inquiet et, sans avoir d’idée fixe, a tendance à en avoir.

La crise paroxystique débute par l’œil gauche, qu’il sent se gonfler et devenir moins brillant. En même temps, il éprouve comme des douleurs dans le membre inférieur gauche et ses articulations. Puis survient de la céphalée, avec plaque occipitale. Il pâlit, est oppressé, a de la peine à avaler, transpire. A ce moment, son esprit, inquiet au plus haut degré, est tendu sur l’idée fixe.

Pour se soustraire autant que possible sinon à son obsession, au moins aux crises paroxystiques, V... n’a que de rares rapports avec les femmes, une fols par mois, au plus. Il éprouve assez souvent de l’inhibition génitale, surtout lorsqu’il se trouve avec une femme nouvelle.

Symptômes de neurasthénie chronique qui, à deux reprises, s’est manifestée sous forme d’accès plus aigu, avec débilitation morale et physique profonde.

Le malade a été traité par tous les moyens usités en

Pitres et Régis.

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pareil cas. En dernier lieu, on a tenté chez lui la suggestion hypnotique. Malgré tous les efforts, il n’a pas été possible de l’endormir. Toutefois, dans le recueillement ainsi produit, il était possible de lui faire de la suggestion d’encouragement qui lui faisait quelque bien.

Observation XXXVIII. — Obsession idéative, crainte de donner un coup de couteau à son enfant. — M”® X..., 36 ans. Pas d’hérédité yésanique. A toujours été émotive, impressionnable. Scrupules exagérés à l’époque de la première communion. Mariée à aS ans, a eu après son niariage quelques idées fixes obsédantes passagères. Elle avait trouvé chez son mari, en entrant en ménage, un grand couteau de cuisine qui lui faisait peur. Elle craignait toujours qu’il causât quelque accident ou servît à quelque crime.

Il y a huit mois, M”® X... prit en garde un enfant de un an. Quand cet enfant fut chez elle, elle fut assaillie par la crainte obsédante qu’elle pourrait lui donner un coup de couteau et le tuer. L’idée fixe prit une telle consistance, elle devint si tourmentante que M™® X... rendit l’enfant à ses parents un mois après l’avoir pris en garde. Mais l’idée fixe ne disparut pas pour cela, elle changea d’objet, voilà tout. Actuellement la malade est poursuivie par la peur angoissante de donner un coup de couteau à son propre enfant, âgé de 11 ans, qu’elle aime d’ailleurs beaucoup et auquel elle prodigue les soins les plus tendres. Cette idée, qu’elle s’efforce vainement de chasser, la bouleverse et l’affole. Elle la plonge dans une tristesse profonde et va jusqu’à faire naître dans son esprit des idées de suicide. Elle n’a pourtant jusqu’à présent fait aucune tentative pour se donner la mort.

Obsessions impulsives.

L’obsession impulsive n’est pas une forme particu-

OBSESSIONS IMPULSIVES III

liére. —Au point de vue psychologique, l’existence d’une forme d’obsession particulière, caractérisée par des impulsions, ne saurait être admise, toute idée, nous l’avons vu, étant un mouvement en germe et toute obsession idéative étant elle-même, en somme, une impulsion intellectuelle. Au point de vue nosologique, l’obsession impulsive n’existe pas non plus en tant que variété à part, car ses symptômes ne sont pas essentiellement différents de ceux que nous venons d’examiner.

L’obsession impulsive n’est rien autre chose que l’idée obsédante d’accomplir un acte quelconque, indifférent ou criminel. Cette idée surgit dans l’esprit inopinément, irrésistiblement, comme toutes les autres idées obsédantes, elle se dresse devant la conscience qui l’apprécie, la juge et le plus souvent la repousse après une lutte plus ou moins anxieuse ; mais elle n’opprime pas la volonté et n’aboutit pas nécessairement à l’exécution immédiate de l’acte qui forme l’objet de l’obsession.

Les phobies d’impulsion se rattachent-elles aux impulsions ? — Chaque obsession impulsive, on le sait, a sa contre-partie dans la peur obsédante de cette impulsion : onomatomanie ^— onomatophobie ; pyromanie — pyrophobie ; kleptomanie — kleptophobie ; nécromanie — nécrophobie ; impulsion au suicide — phobie du suicide ; etc.

Or, la question est de savoir si les obsessions caractérisées par la phobie d’un acte, c’est-à-dire par une répulsion anxieuse pour cet acte, ont quelque rapport avec les obsessions impulsives dont elles paraissent de prime abord être tout l’opposé.

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