‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 35 sur 114 · II · texte numérisé non relu

II

Théoriquement, la question n’est pas douteuse, et puisque « toute idée d’un acte est un mouvêment qui commence » (Féré), la crainte d’accomplir un acte doit être une tendance vers cet acte.

Pratiquement, les choses sont plus difficiles à apprécier. Il est certain que rien ne paraît plus éloigné de l’exécution d’une action impulsive que la terreur de cette action. Pourtant, on ne saurait le méconnaître, les phobies des impulsions sont des impulsions en germe. Qui de nous, tant soit peu émotif, n’a éprouvé dans un lieu élevé, devant un train qui s’avance à toute vitesse, cette sorte d’effroi, de doute de soimême, qui fait reculer de quelques pas, pour échapper à une sorte d’attraction invincible? Eh bien ! c’est là exactement, avec des caractères d’angoisse, d’intensité et de durée plus marqués, ce que doivent éprouver les sujets atteints de la phobie d’une impulsion, en particulier de la phobie du suicide par précipitation ou par armes tranchantes.

On se rend bien compte ainsi, pour l’avoir ressenti soi-même, que la peur de l’impulsion ne garantit pas de l’impulsion, et qu’au contraire, plus cette peur est grande, intense, anxieuse, et plus elle se rapproche de l’impulsion. Et on en arrive à recoiinaître, par suite, que, cliniquement comme psychologiquement, la phobie de l’impulsion n’en est pas le contraire, mais un commencement, une variété.

D’ailleurs, les sujets eux-mêmes qui en général s’observent bien, disent souvent indifféremment ; K J’ai peur d’être obligé de faire ceci », ou : « Je suis poussé, je me sens envie de faire ceci ». Chez d’autres, il y a coexistence de phobie et de propen-

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sion impulsives ; chez certains enfin, la phobie finit par Fimpulsion.

C’est là, à n’en pas douter, une particularité intéressante, tant au point de vue clinique qu’au point de vue médico-légal, et qui se trouve incidemment signalée dans la thèse de M. Marrel.

Les obsédés cèdent-ils souvent à leurs impulsions ? Impulsions banales. Impulsions dangereuses. — Un second point, qui touche de près au précédent, est celui de savoir si les obsédés cèdent, et s’ils cèdent souvent, à leurs impulsions.

A cet égard, il convient d’établir d’abord une distinction entre les impulsions banales et les impulsions de caractère dangereux ou criminel.

Les impulsions obsédantes banales visent le plus souvent des actes bizarres, ridicules, variables à l’infini, par, exemple : toucher un objet une ou plusieurs fois ; prononcer un mot, un chiffre, une formule, une oraison ; faire un geste, un mouvement, une grimace ; marcher ou ne pas marcher sur un endroit d’une façon déterminée ; lever son chapeau, se mettre à genoux, casser quelque chose, etc.

Lorsqu’il s’agit d’impulsions de ce genre, les sujets résistent et s’angoissent, parce qu’ils sentent toute l’extravagance de pareils actes, surtout en public. Cependant, quand ils souffrent trop, ils cèdent, en se dissimulant plus ou moins, dans le but de faire cesser leur angoisse. Une de nos malades est obligée de marcher dans les flaques d’eau des trottoirs, d’acheter chaque soir trois journaux et trois pipes, d’exécuter et de faire exécuter par son mari et ses enfants, en rentrant chez elle, le simulacre de fermer une porte

qui n’a pas de serrure, de s’arrêter et d’arrêter les siens devant les devantures, devant les maisons éclairées, devant la lune et les étoiles, etc.

A côté de ces impulsions, absolument inoffensives, il en est d’autres d’un caractère plus sérieux, souvent même graves et dangereuses. Ce sont les obsessions dites criminelles, étudiées en particulier par M. Magnan^ et M. Lad AME® dans des travaux spéciaux. Ces obsessions-propensions peuvent se présenter sous divers aspects, et elles comprennent depuis Venvie des femmes enceintes, qui n’en est souvent qu’une forme transitoire et rudimentaire, jusqu’à l’impulsion chronique et typique du dégénéré.

Les principales de ces obsessions impulsives sont : les obsessions impulsives à la boisson (dipsomanie'), aux achats (oniomanie), aujeu ; les obsessions génitales, susceptibles de se présenter sous la forme onanique, sadique, masochiste, uraniste, surtout exhibitionniste ; les obsessions impulsives à l’incendie (pyromanie) ; les obsessions impulsives au vol (kleptomanie), dont le vol aux étalages est le type ; les obsessions impulsives au suicide, et enfin à l’homicide.

Ici la scène change. L’obsédé a tellement conscience de la gravité de ces actes, surtout s’ils répugnent à sa nature, qu’il fait tout au monde pour n’y pas céder, et qu’il y réussit en effet, bien qu’aux prix d’effortg douloureux, assez fréquemment. Morel, à qui rien

1. Magnan, L’obsession criminelle morbide, rapport au Congrès d’anthropologie criminelle de Bruxelles, 1892.

2 . Ladame, L’obsession criminelle morbide, rapport au Congrès d’anthropologie criminelle de Bruxelles, 1892.

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n’échappait, avait déjà noté cette tendance des obsédés à se croire plus près de la réalisation d’une impulsion grave qu’ils ne le sont réellement : « Il faut faire la part, dit-iP, des exagérations du sentiment chez les être émotifs. Les menaces de suicide ou d’homicide sont loin d’être toujours chez eux d’une tendance maladive irrésistible, comme chez les délirants par persécution ou chez les héréditaires. Je recevais, il n’y a pas longtemps, la visite d’un névropathique de cette catégorie, auquel je donne des soins, et qui venait m’annoncer qu’il venait de fuir le domicile conjugal et qu’il allait entreprendre un grand voyage. L’idée lui était venue tout à coup, en se réveillant au milieu de la nuit, de tuer sa femme. Je me hâtai de rétablir cet être émotif au domicile conjugal et lui ordonnai de faire un aveu complet à sa femme ; celle-ci prit la chose en riant, et il ne fut plus question de rien de pareil ». Ladame, dans son rapport, distingue aussi, parmi les obsédés impulsifs, ceux dont les obsessions restent théoriques et ceux dont les impulsions aboutissent à Vexécution.

Beaucoup d’auteurs, cependant, considèrent l’obsession impulsive comme très fréquemment réalisée et comme un des facteurs principaux du crime. C’est l’opinion de Mickxe, et ç’a été, au Congrès de Bruxelles, l’opinion de Benedixt, qui n’hésite pas à croire que le nombre des obsédés est considérable dans les prisons et surtout parmi les récidivistes, le propre de l’obsession étant la répétition de l’acte.

Nous ne croyons pas, pour notre part, que, d’une

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