‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 38 sur 114 · Séglas, Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Séglas, Loc. cit., p

OBSESSIONS IMPULSIVES

Observation XLI. —- Phobie du suicide, impulsion au suicide et tendance raisonnée au suicide. —F..., trente ans, comptable. Père vivant, congestif, colérique, violent. Grand-père et arrière-grand-père paternels morts de paralysie cérébrale. Mère bien. Frère bien. Sœur nerveuse. Masturbation, pertes séminales, blennorrhagie débilitante, rétrécissement, cystite. A ce moment, étant très affaibli, neurasthénisé, le malade tombe par hasard sur un prospectus parlant d’onanisme, de pertes séminales et de leur terminaison fréquente par lesnicide. Tout d’un coup, idée qu’il finira par le suicide, et depuis dix ans obsession anxieuse. Phobie systématisée du suicide, d’abord intermittente, aujourd’hui idéative, continue, avec crises. L’idée se présente à lui sous deux formes qu’il distingue ; tantôt comme une nécessité inéluctable, comme une échéance fatale qui se rapproche sans qu’il puisse s’y soustraire, c’est la peur, la phobie du suicide; tantôt l’idée devient impérative, motrice, entraînante, cen’est plus alors unecrainte, c’est une impulsion. Paroxysmes produits par tout ce qui se rapjiorte au suicidé, notamment par la lecture des cas de suicide dans les journaux. Quand par hasard un de ces suicides reste inexpliqué, il y voit un cas pareil au sien, c’est-à-dire le résultat de l’onanisme et des pertes séminales, ce qui l’angoisse encore davantage. Le malade .est tellement malheureux de son obsession qu’il a souvent et sérieusement pensé à se tuer, pour en finir.

Voilà donc un individu chez qui on trouve à la fois : i" la phobie obsédante du suicide ; 2 ° l’impulsion obsédante au suicide ; 3“ enfin l’idée réfléchie, non pathologique du suicide, et qui, s’il se tue, se tuera très probablement par raison, pour échapper à son obsession du suicide.

Cette situation d’individus se suicidant par peur

du suicide, qui paraît au premier abord étrangement paradoxale est en réalité très intéressante et méritait d’être signalée chez les obsédés. On la retrouve, d’ailleurs, chez certains aliénés

L’obsession impulsive est toujours précédée de pensée et de lutte. — Un autre point à examiner est celui de savoir si l’obsession impulsive est toujours précédée d’idée, de lutte, d’angoisse, et s’il n’est pas de cas où elle est simplement automatique, une sorte de pur réflexe.

Nous avons fait une enquête dans ce sens auprès de nos malades, et nous avons pu nous assurer que presque toujours, même dans le cas où elle paraissait le plus spontanée, le plus instantanée, l’impulsion était précédée d’une pensée et d’une lutte. L’un, dégénéré neurasthénique type, est sujet depuis l’enfance à une foule d’actes impulsifs, comme de pousser une pierre avec son pied, de toucher un mur, de soulever son chapeau dans la rue sans qu’il y ait personne, de se précipiter à genoux, etc. Il est souvent obligé, en écrivant, de faire un cinq long (5 au lieu de 5), de faire un O de droite à gauche, d’aller à la ligne sans qu’il soit besoin, de porter sa canne par le petit bout, etc., etc. Tous ces actes, en apparence subits, automatiques, se relient toujours, nous a-t-il expliqué, à une idée superstitieuse, et sont précédés de lutte et d’angoisse. Il lui vient à la pensée ; « Répète cela deux fois pour éviter malheur », ou : « Pousse cette pierre et il ne t’arrivera rien ».

I. Nicoulau, Thanatophobie et suicide. Knna]esméd. psychol., 1892, t. XV, p. 189.

OBSESSIONS IMPULSIVES

n peut se faire cependant que par leur répétition même, ces actes, au bout d’un certain temps, tendent à devenir automatiques, comme les actes d’habitude, marquant ainsi un degré de plus vers le dédoublement.

Détente consécutive. — Un des caractères donnés à l’impulsion obsédante, c’est la satisfaction consécutive à l’acte. M. Magnan et ses élèves ont insisté sur ce point.

Il est certain que l’exécution, par un obsédé, de son acte impulsif provoque un changement dans son état émotionnel. Cette exécution fait en effet cesser son angoisse, arrivée à ce moment à son point culminant. Mais est-ce là une véritable satisfaction ? L’obsédé est-il réellement satisfait d’avoir cédé à son impulsion? Poser la question c’est la résoudre, car a priori on peut se douter qu’un individu qui a si longtemps et si anxieusement lutté contre l’entraînement impulsif qu’il redoutait, ne doit guère être content d’avoir succombé dans cette lutte. Le sentiment éprouvé par lui n’est pas de la satisfaction, c’est autre chose. C’est plutôt un apaisement, c’est la détente physique et morale qui termine une hypertension émotive trop pénible et trop prolongée. Nous aimerions mieux, en conséquence, voir substituer au terme « satisfaction consécutive », celui plus exact de « apaisement consécutif » ou « détente consécutive ». Au reste, c’est, le mot de soulagement que semble avoir finalement adopté M. Magnan’.

Mais, satisfaction ou soulagement, il ne s’agit là

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