M0KEL, Loc. cit., p. 4 oo
OBSESSIONS INHIBITOIRES
un papier sans pouvoir y poser la plume, devant une voiture sans en franchir le marchepied, etc. »
« Lorsqu’il se fut agi d’aller rejoindre sa fiancée à Paris, dit-il d’un autre malade, il ne put bouger de place. On lui remit une plume entre les mains pour adresser au moins une lettre, mais il lui fut impossible d’écrire une ligne. Il fallut que cette femme vînt rejoindre son prétendu à Rouen et le mariage fut célébré par le chapelain anglais de la localité, qui se contenta de l’assentiment que l’individu donna par signes. »
Depuis, l’un de nous a particubèrement insisté sur les obsessions abouliques ou inhibitoires, à l’étude desquelles deux de nos élèves de Bordeaux ont consacré leur thèse h
Mais le chapitre des obsessions-inhibitions n’est encore qu’ébauché, et il prête à de nouvelles recherches des plus intéressantes.
Ne pouvant et ne voulant pas faire ici la description des variétés déjà connues, ni en signaler d’autres, nous nous bornerons à mentionner ces obsessions, qui vont depuis l’inhibition urinaire des émotifs, ne pouvant uriner en présence de quelqu’un, et l’inhibition génésique des sujets qui restent impuissants avec une femme nouvelle, jusqu’à l’impossibilité de se lever, de monter, de parler, d’écrire, de signer, de s’habiller, de fixer son attention, de se tenir debout, de marcher, etc., etc. L’obsession aboulique peut en
I. Rivière, Les obsessions abouliques. Thèse de Bordeaux, 1891 ; SxuTAREL, Contribution à l’étude des obsessions-inhibitions et en particulier de l’inhibition génitale. Thèse de Bordeaux, 1898.
l3o LES OBSESSIONS
effet se traduire par rimpossibilité angoissante d’accomplir un acte quelconque.
Nous pourrions relever, dans nos observations, plusieurs exemples d’obsessions-inhibitions, dont quelques-uns sont relatés dans les thèses de Rivière et de Sautarel. Nous , nous contenterons de citer le cas de Jean-Jacques Rousseau, récemment étudié par l’un de nous, où se retrouvent, à côté de nombreuses obsessions dynamogéniques, des obsessions inhibitrices ou d’arrêt caractéristiques.
Laissant de côté l’inhibition urinaire de l’auteur des Confessions, nous dirons un mot de ses inhibitions génitale et verbale.
« Jean-Jacques a une intrigue avec une belle courtisane de Venise, Zulietta, qui ne demande qu’à se donner à lui. Au moment où il veut se hâter de la posséder, par crainte d’une éjaculation prématurée, il est envahi par toutes sortes dépensées, de doutes au sujet de cette jeune fille, tant et si bien que son ardeur tombe subitement dans un sorte de crise d’angoisse nerveuse.
« A peine eus-je connu dès les premières familiarités le prix de ses charmes et de ses caresses que, de peur d’en perdre le fruit d’avance, je voulus me hâter de le cueillir. Tout à coup, au lieu des flammes qui me dévoraient, je sens ùn froid mortel couler dans mes veines, les jambes me flageolent et prêt à me trouver mal, je m’assieds et pleure comme un enfant'. »
« Zulietta, un instant interdite, ne tarda pas à comprendre « que le dégoût n’avait point de part à ce rat ».