‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 41 sur 114 · I. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, liv. VII · texte numérisé non relu

I. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, liv. VII

OBSESSIONS INHIBITOIRES

Si

Aussi u’en tint-elle pas rigueur à Rousseau. Celui-ci, emballé de nouveau, était prêt à lui prouver sa flamme, lorqu’il s’aperçut qu’eUe avait «un téton borgne ». Voilà cette particularité qui l’étonne, captive son esprit, l’entraîne à toutes sortes de raisonnements et de réflexions et, pendant ce temps, le feu s’éteint encore. Cette fois, l’Italienne ne pardonna pas. Se promenant par la chambre en s’éventant, elle dit d’un air froid et dédaigneux à son partenaire déconfit ; « Zanetto, lascia le donne e studia la matamatica.» Et comme celui-ci demandait un autre rendez-vous, elle le remit au troisième jour, en ajoutant, avec un air ironique, qu’il devait avoir besoin de repos. L’influence inhibitoire d’une crainte, d’une pensée, se mettant brusquement à la traverse de la fonction génitale, comme par une sorte à'interférence, est ici des plus nettes et Jean-Jacques a parfaitement saisi le mécanisme de cette action d’arrêt lorsqu’il dit, justement à l’occasion de son aventure avec Zulietta : « Non, la nature ne m’a pas fait pour jouir. Elle a mis dans ma mauvaise tête le poison de ce bonheur ineffable, dont elle a mis l’appétit dans mon cœur. »

« Mais il ne s’agit là évidemment que d’impuissance purement nerveuse, susceptible de coïncider avec une virilité des plus manifestes, surtout avec la femme d’habitude. C’est ce qui existait chez Rousseau qui, malgré toutes les contestations et toute l’encre versée à ce sujet, paraît réellement avoir eu cinq enfants avec Thérèse et qui finit par renoncer à toute relation avec eUe, pour ne pas en avoir d’autres.

« Ces phénomènes d’inhihition émotive, que Rous-

SEAU éprouvait du côté de ses fonctions corporelles, il les a éprouvés également du côté de ses fonctions cérébrales proprement dites.

« Ainsi il a été atteint de cette forme àephobie verbale, signalée par le D’’ Ghervin, et dont j’ai observé moi-même de nombreux exemples chez les neurasthéniques, qui consiste à ne savoir que dire, à bafouiller devant du monde, parfois même à rester coi et à en souffrir au point de désirer s’anéantir et même mourir sur le coup. Toute la vie de Jean-Jacques est pleine de faits de ce genre. Je n’en citerai qu’un seul :

« Il y a trois ans, dit-il, qu’étant allé voir à Yverdun mon vieil ami M. Raguin, je reçus une députation pour me remercier de quelques livres que j’avais donnés à la bibliothèque de cette ville. Lés Suisses sont grands harangueurs ; ces messieurs me haranguèrent. Je me crus obligé de répondre; mais je m’embarrassai tellement dans ma réponse, et ma tête se brouilla si bien, que je restai court et me fis moquer de moi. Quoique timide naturellement, j’ai été hardi quelquefois dans ma jeunesse, jamais dans mon âge avancé. Plus j’ai vu le monde, moins j’ai pu me faire à son ton^. »

« Cette difficulté de parole tenait uniquement chez Rousseau à une phobie verbale, manifestation de sa timidité émotive. Elle ne se produisait en effet que dans certaines occasions, devant du monde, lorsqu’il avait de la crainte, qu’il était troublé. Lorsqu’il se trouvait à l’aise dans l’intimité et tout à fait pris par

;. Confessions, liv. IV.

OBSESSIONS INHIBÏTOIRES

son sujet, il était au contraire, paraît-il, d’une éloquence rare et des plus entraînantes. Nous avons sur ce point le témoignage probant de M. de Champa- GNEüx et de Düssaulx.

« Cette action inhibitrice d’une appréhension,d’une idée émotive s’exerçait chez Jean-Jacques sur nombre d’autres manifestations cérébrales, en particulier sur la mémoire. Voici un fait typique à cet égard. A son arrivée à Genève, au mois de juin 1754 , Rousseau, honteux d’être exclu de ses droits de citoyen par sa qualité, de catholique, résolut d’entrer dans le culte de ses pères. Il fut admis sans difficulté à la communion. Mais on lui fit savoir qu’on se réjouissait de l’entendre parler devant le consistoire.

« Cette attente, dit-il, m’effraya si fort, qu’ayant étudié jour et nuit, pendant trois semaines, un petit discours que j’avais préparé, je me troublai lorsqu’il fallut le réciter, au point de n’en pouvoir pas dire un seul mot ; et je fis dans cette conférence le rôle du plus jeune écolier. Les commissaires parlaient pour moi ; je répondais bêtement oui et non’. »

« Voilà bien l’attente anxieuse et ses effets d’inhibition^. »

Obsessions hallucinatoires.

L’obsession peut s’accompagner d’hallucinations. — Un des caractères les plus généralement reconnus

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