I. Ch. Féré, Loc. cit.,p. 4i
plus sentir aucun liquide au contact de la peau de ses mains, sans que lui vienne l’idée que ce pourrait être du sperme, et la crainte qu’elle en a détermine une véritable angoisse. Environ un an après le début de ces troubles, dont elle avait honte de se plaindre, elle était le soir en omnibus, un peu pressée entre deux hommes, lorsqu’il lui vint l’idée qu’elle pourrait être contaminée par le sperme. Depuis lors, la crainte s’impose chaque fois qu’elle se trouve au contact d’un homme dans un omnibus, dans une salle de réunion, dans une foule ; lorsqu’elle ne peut se rassurer par la vue, la crainte devient angoissante. Plusieurs fois, lorsqu’elle ne pouvait éviter le voisinage assez vite, il lui est arrivé de voir un membre viril en érection objectivant le danger^».
— Une jeune fille de seize ans, traitée par Vernicke^, était atteinte depuis deux ans d’obsession de la contamination par la poussière, le vert-de-gris, surtout les poux. Elle passait ses journées à faire la chasse aux poux et à se débarbouiller. Elle avait la sensation d’être cou-
1. Parmi les faits analogues rapportés par les auteurs, le plus intéressant assurément, en raison de la personnalité du sujet, est celui de Pascal. On sait que le génial auteur des Pensées, névropathe et plusieurs fois atteint dans sa vie d’accidents dans lesquels il est bien difficile de ne pas reconnaître l’hystérie, fut victime, à 3i ans, d’un accident terrible, ses chevaux ayant failli le précipiter dans la Seine, au pont de Neuilly. Cet accident produisit sur Pascal une émotion violente. Il s’évanouit, et, revenu à lui, resta, comme dans un cauchemar, en proie à une véritable obsession anxieuse. La nuit, il se réveillait, en sursaut, revivant l’affreuse scène. Le jour, il lui semblait voir un précipice s’ouvrir à ses pieds et on était alors obligé de placer une chaise à son côté gauche, pour lui masquer la vue de l’abîme et le rassurer.
2. Wernicke, Des idées fixes. Deutsche med. Wochenschr., 28 juin 1892.
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verte de poux et affirmait que, pendant un temps, elle voyait les poux et entendait même leur bruit.
Ce fait est à rapprocher de ceux que nous avons déjà signalés, où des individus, obsédés par l’idée de la gale (acarophobie), éprouvent, aux heures et dans les endroits classiques, les démangeaisons caractéristiques.
Nous avons eu également occasion de mentionner, chemin faisant, quelques cas d’obsession avec phénomènes hallucinatoires, entre autres celui de la dame à obsession génito-urinaire qui, la nuit, voit des scènes lubriques, et celui de cette jeune fiïïe à obsession de contraste qui, lorsqu’elle veut faire sa prière, voit surgir à ses yeux un derrière, la «nature de l’homme».
Nous possédons nombre de cas de ce genre. Nous nous bornerons à en résumer quelques-uns.
Plusieurs de nos malades, atteints d’obsession de la mort, voient leur convoi et assistent à leur propre enterrement, soit la nuit, soit le jour et la nuit. L’un d’eux suit tous les détails de la funèbre cérémonie jusqu’au moment où on le met en terre.
Une jeune fille de vingt-trois ans, atteinte de phobie de l’homicide, s’aperçoit, dans ses crises, armée d’un couteau et tuant.
Une dame de trente-deux ans, impressionnée par la vue de sa grand’mère, hémiplégique, à qui elle donnait des soins, est atteinte de la phobie de la paralysie. La nuit, elle se voit frappée d’une attaque. Le jour, toutes les fois qu’elle est en présence de sa grand’mère, elle est prise d’angoisse avec sensation d’étourdissement, de fourmillements et d’engourdissement dans le même côté du corps que la malade. Elle a dû, pour avoir un peu
de repos, éloigner sa grand’mère et n’aller la voir que de loin en loin.
L..., trenté ans, sujette à des accidents de petite hystérie, est en proie à une obsession jalouse. Elle est hantée par l’idée que son mari la trompe avec une employée du même magasin. La nuit, elle rêve souvent de son idée fixe, et voit alors, très nettement, dans tous ses détcdls, leur rapport sexuel, ce qui là fait s’agiter et parler. Le lendemain, son obsession est toujours plus forte.
M"’® G..., quarante-cinq ans, également sujette à des . crises hystériformes, a saisi une intrigue de son mari avec une autre femme. Depuis cette époque, cette idée est devenue, chez elle, une véritable obsession anxieuse qui la torture et dont elle cherche vainement à se débarrasser. Très fréquemment, la nuit, elle voit la scène de l’adultère, comme si elle avait lieu réellement.
M. X..., cinquante-deux ans, alcoolique chronique, présente une obsession jalouse assez intéressante. Dès que l’idée apparaît à son esprit, dans la journée, elle s’accompagne de la vision de sa femme au bras d’un homme. « Aucun peintre ne pourrait faire mieux », dit le malade.
D..., cinquante ans, batelier, très impressionné par les relations dans les journaux des récents naufrages, est obsédé par la crainte de sombrer en rivière et n’ose plus voyager et surtout passer la nuit sur sa gabare. Lorsqu’il est obligé de le faire, il se voit dans son sommeil se novant dans des conditions horribles. Le matin, au lever, il a des crises d’angoisse dont l’effet persiste et il songe à en .finir avec la vie pour échapper à ce cauchemar.
On voit, d’après ces exemples, que nous pourrions multiplier, que l’hallucination est relativement fréquente dans l’obsession et qu’elle peut s’y présenter.
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ainsi que le remarque M. Séglas, sous une forme quelconque.
Elle offre cependant des caractères particuliers, qu’il nous paraît assez intéressant de mettre en lumière.
L’hallucination de l’obsession est une hallucination représentative. — En rapprochant les faits qui précèdent, on est immédiatement frappé d’une chose : c’est que, dans tous, l’hallucination est pour ainsi dire une matérialisation de l’obsession, la transformation de l’idée émotive en sensation extériorisée. C’est en quelque sorte l’analogue de ces phénomènes d’objectivation hallucinatoire qui se produisent chez certains peintres et^ dans l’intoxication haschischique, par exemple, où les pensées prennent corps et revêtent les apparences sensibles de la réalité. Le cas de Stéfani est typique à cet égard. En un mot, l’hallucination de l’obsession est ce qu’on pourrait appeler hallucination représentative.
Cette dénomination, vraiment juste, n’est pas de nous ; elle émane de ce lettré-philosophe obsédé dont nous avons déjà parlé parlé et qui, après s’être si bien observé, nous écrivait à cet égard les curieuses lignes que voici :
« Autre chose ! il me semble que, pour définir l’obsession, il est nécessaire de tenir compte d’un troisième élément que je nommerai hallucination représentative et qui se trouve entre la volonté et la* contre-volonté qui se la disputent comme les Achéens et les Troyens le corps de Patrocle. En d’autres termes : une des deux forces tâchera de créer et de développer cette hallucination représentative (qui sera presque toujours visionnelle^ ; l’autre force, au contraire, essaiera delà détruire.
de l’avilir. Prenons, par exemple, mon cas (obsession aboulique). La volonté dit: « Je veux sourire, je veux raconter ceci ou cela » , et la contre volonté dit ; « Non, tù ne le feras pas, car telle ou telle chose pourrait t’empêcher, comme elle l’a déjà si souvent fait », et immédiatement l’image apparaît pour ainsi dire entre volonté et contre-volonté, l’image de moi-même dans une situation pénible. Dans ces moments de trouble et de gêne pénible, c’est comme si une main invisible mettait un miroir devant mes yeux et si quelqu’un disait : Regarde-toi, comme tu es beau, comme tu es ridicule et stupide! Dans ces moments-là, je me vois, je vois ma figure grimaçante, mes mouvements gauches ; comme je me vois dans la situation de Guillaume, de Carnot essayant de sourire et échouant. Bref, je crois qu’il y a toujours ou presque toujours, dans l’obsession, ce troisième élément, distinct des deux autres, que j’ai nomma hallucination représentative. L’image en elle-même n’a naturellement rien d’anormal, mais toujours renouvelée, elle devient une vision; une hallucination interne. Elle peut être absolument claire, ou plus ou moins voilée jusqu’au degré où elle se perd dans l’inconscience ; alors il n’y a plus de représentation, il n’y a qu’excitation des centres inférieurs, mais cette excitation remplace l’image ».
Nous avons tenu à citer tout au long cet intéressant passage qui confirme très nettement ce caractère d’objectivation émotive et idéative, que nous considérons comme typique dans rhallucination de l’obsession. MM. Raymond et Arnaud ‘ avaient déjà dit à propos d’une de leurs malades : « L’iinpulsion résjïlte
I. Raymond et Arnaud. Sur certains cas d’aboulie avec obsessions interrogatives et troubles des mouvements. Ann. méd.-psychol., 1892, t. XVI, p. 67 et 196.
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habituellement d’une idée subite très vive, à ce point qu’elle s'objective presque, qu’elle ressemble à une hallucination ». C’est le cas de répéter encore, avec M. Féré, que l’obsession est une hallucination du sentiment.
Il est facile de comprendre, après cela, comment, ainsi que le remarquait très justement notre malade, l’hallucination de l’obsession est surtout visuelle, la pensée s’objectivant de préférence sous forme de visualisation. Cependant, les manifestations hallucinatoires peuvent reproduire toutes les sensations qui composent le thème obsédant : c’est dire qu’elles varient suivant les cas.
On s’explique très bien aussi comment l’hallucination de l’obsession a lieu le plus souvent la nuit, dans le sommeil, en particulier dans les phobies des hystériques : le rêve étant chez ces sujets l’agent par excellence d’objectivation et de fixation d’une idée ou d’une émotion.
Dans certains cas, cependant, mais très rares, les hallucinations des obsédés revêtent les mêmes caractères que celles des aliénés proprement dits. Nous en avons observé deux exemples : l’un relatif à une femme obsédée de la rage, qui éprouvait toutes les sensations du viol ; l’autre relatif à un jeune homme qui avait à la fois des hallucinations psycho-motrices et des hallucinations auditives pénibles*. Mais ces malades n’étaient plus des obsédés purs ; ils étaient devenus des aliénés, des mélancoliques anxieux.
I- Larroussinie, Hallucinations succédant à des obsessions et à des idées fixes. Arch. deneurol., 1896, n® 7, p. 33 .
La présence des hallucinations qu’on pourrait appeler délirantes dans les obsessions, semblerait donc marquer un pas déplus en avant, un degré de plus de gravité. C’est ce qu’exprimait déjà Morel qui, signalant exceptionnellement des hallucinations visuelles de nature terrifiante chez une de ses malades, considérait ce phénomène comme « l’indice d’une transformation de la névrose avec tendance à la folie ‘ ».
Moyens de défense des obsédés.
Idée générale. Division. — Nous avons vu, en parlant de la lutte soutenue par les obsédés contre leur obsession, que très rarement ils pouvaient en triompher directement et que, le plus souvent, ils en étaient réduits à tourner la difficulté par différents moyens.
Ces moyens, auxquels plusieurs auteurs ont déjà fait allusion sous le nom d’ « artifices », de a trucs » sont de véritables « moyens de défense » des obsédés, comparables aux moyens de défense des aliénés ®. Ils ont fait l’objet d’une thèse intéressante^ à la Faculté de Bordeaux ; nous en reparlerons plus loin, à propos de la phobie de la rougeur. Nous ne voulons ici qu’attirer spécialement l’attention sur eux.
Les moyens de défense des obsédés ne sont généralement pas dirigés contre la maladie elle-même.