‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 45 sur 114 · Séglas, Les obsessio'ns, Leçons cliniques · texte numérisé non relu

Séglas, Les obsessio'ns, Leçons cliniques

3 A. Marie, Etudes sur quelques symptômes des délires systématisés et sur leur valeur. Thèse de Paris, 1892.

4. Bellet, Les moyens de défense des obsédés. Thèse de Bordeaux, 1898.

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C’est là une tâche qu’ils laissent au médecin le soin d’accomplir. Ne voyant dans leur mal qu’une idée pénible et plus ou moins fixe, c’est contre elle qu’ils concentrent toutes leurs forces, et ils dépensent dans cette lutte une intelligence, une ingéniosité, une diplomatie parfois supérieures.

A cet égard, on pourrait diviser les moyens de défense des obsédés en plusieurs catégories, suivant qu’ils ont pour but : i° de prévenir les accès obsédants ; 2 ° de dominer ces accès quand ils éclatent ; 3“ d’en atténuer les effets émotifs ou de les dissimuler.

i“ Moyens destinés à prévenir les accès. — Les obsédés sont comme tout le mondo. Quand le danger est passé, ils n’y pensent plus ou y pensent moins, même sachant qu’il doit revenir. Aussi, leurs moyens de défense sont-ils plus fréquemment dirigés, au moment même, contre les accès ou leurs suites, que, par avance, contre leur retour. Certains cependant cherchent à les prévenir, soit d’une façon définitive, soit temporairement.

Nous avons cité, dans notre étude sur l’éreuthophobie, quelques procédés imaginés par les malades pour se débarrasser à tout jamais de leurs crises angoissantes de rougeur. Nous avons parlé notamment de ce sujet qui réclama une ligature de la carotide pour sortir le sang de la tête et à qui on fit, sans succès d’aiUeurs, le simulacre de cette opération. Nous avons aussi mentionné celui qui demandait qu’on lui fît sous la peau du visage des injections avec un liquide spécial, de façon à produire une sorte de tatouage blanc.

Une de nos malades, atteinte de ce que nous aA^ons appelé Vanémophobie, c’est-à-dire la phobie du vent, était obsédée par l’idée qu’il ventait plus fort qu’autrefois et que cet accroissement du vent était l’avantcoureur de la fin du monde. N’ayant retiré de tous les traitements auxquels nous la soumîmes (et en particulier de nos essais avortés de psychothérapie et d’hypnose) aucun résultat sérieux, ellenous demanda, avant de rentrer dans son pays, de la conduire à l’Observatoire de Bordeaux. Elle voulait tenter un suprême effort pour se convaincre et se préserver à l’avenir de ses crises anxieuses. L’astronome, très obhgeamment, lui prouva, par des courbes et des relevés remontant au commencement du siècle, qu’il ne ventait pas plus fort qu’autrefois, et que cette année-là, justement (1898), la moyenne du vent était modérée. Au lieu de se laisser persuader et d’accepter des preuves aussi rassurantes, la malade discuta avec l’astronome le bien fondé de ses constatations, basées, chaque jour, sur la quantité de vent nécessaire pour agiter progressivement les feuilles, les rameaux, les petites branches, les grosses branches des arbres, lui soutenant que ce qu’il appelait vent faible était en réalité un vent moyen du un vent fort. Dans son angoisse, elle le voyait en effet ainsi. Au lieu de puiser dans cette démarche un soulagement, comme elle s’y attendait, la malheureuse n’en retirait qu’une recrudescence de son obsession.

Nous ne parlerons pas des obsédés qui, pour faire cesser leur torture, se suicident : c’est là un moyen de défense trop radical.

Au sujet des moyens destinés à prévenir, non plus

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définitivement mais temporairement, les accès obsédants, nous rapporterons quelques cas :

Une damé, déjà citée, et atteinte, comme son père, de phobie de la diarrhée, pour éviter d’être prise, au dehors, de besoins subits, commençait, quand elle sortait, par vider à fond son intestin, restant des heures entières au cabinet. Puis elle partait, suivant toujours des itinéraires tracés d’avance et jalonnés de maisons amies où elle savait trouver un buen retira en cas de nécessité. Cela suffisait généralement à la rassurer et à prévenir la crise.

Une jeune fille de vingt-neuf ans, ayant une sœur obsédée (rupophobie), est atteinte de la peur angoissante de prononcer des mots compromettants, de donner aux autres des conseils dangereus, en particulier de leur indiquer les poisons qu’elle a appris à connaître en étudiant la chimie. Dans sa crainte de laisser échapper les ^ paroles redoutées et ne sachant même plus, dans son épouvante, si elle les articulait ou non, elle emplissait sa bouche d’aiguilles, quand elle allait en public, pour empêcher sa langue de remuer. Elle se condamna aussi pendant très longtemps au silence, au mutisme complet, en employant avec sa mère et sa sœur un langage mimique conventionnel (doigts tapés un nombre de fois déterminé sur les genoux), La nuit, quand elle n’était pas seule, elle devenait plus inquiète encore, ne sachant si, étant endormie, elle ne parlerait pas, d’autant plus qu’elle rêvait souvent de son obsession. Aussi, s’astreignait-elle alors soit à rapprocher ses lèvres et à lés maintenir agglutinées au moyen de papier gommé de timbresposte, soit à tirer sa langue démesurément hors de la bouche et à dormir ainsi la bouche grande ouverte ou les dents serrées contre la langue pendante. Ce qu’il y a/ de bien curieux, c’est que lorsque la malade rêvait. Pitres et Régis. g

même seule dans sa chambre, de son obsession, instinctivement sa langue prenait la position de défense, et elle s’est maintes fois réveillée brusquement de la sorte, la langue fortement prise entre ses dents. Le moyen de défense s’accomplissait à son insu dans son sommeil.

Une autre de nos malades, une kleptophobe de trente ans, hantée par la crainte obsédante de voler, oblige quelqu’un des siens, son mari ou sa mère, à la suivre constamment partout et à avoir toujours les yeux fixés sur ses mains, pour empêcher ses crises. Ce n’est que la nuit, et lorsqu’elle est enfin endormie, que son surveillant peut s’échapper. Cela rappelle cette obsédée de Morel C atteinte de rupophobie, « dont l’état émotif était si intense, qu’elle exigeait de son malheureux mari qu’il prît la douche avec elle, afin de pouvoir tenir au moins un bout de son peignoir et éviter une syncope, qui serait infailliblement arrivée ».

Chez les éreuthopbobes, nous avons noté divers moyens employés par les malades pour prévenir la rougeur émotive : ne sortir que par certains temps favorables ou la nuit, passer au soleil, se faire rougir avant, enfin et surtout boire, pour se donner de l’aplomb, et aussi pour substituer la rougeur de l’alcool à la rougeur si redoutée de la confusion.

Rappelons enfin quelques cas classiques, en particulier celui de ce malade de Baillarger ^ qui se faisait toujours accompagner de quelqu’un chargé de lui dire si les femmes rencontrées étaient jeunes et jolies, et celui de Ball qui ne quittait jamais une personne sans lui dire : « Vous

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