‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 46 sur 114 · Morel, Loc. cit · texte numérisé non relu

Morel, Loc. cit

2. Baillarger, Monomanie avec conscience. Arch. clin, des malad. ment, et nerv., Masson, Paris, i86i, p. i4o.

3. Ball, Les impulsions iniellectuelles. L’Encéphale, i88i, p. 26.

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me remettez? » afin d’éviter, l’un et l’autre, les doutes angoissants qui les assaillaient sans cela.

De ce dernier cas, on peut rapprocher tous ceux où les obsédés ont recours, comme moyen préventif de leurs accès, soit à un appui matériel ou moral, comme les agoraphobes, les staso-basophobes, qui s’aident d’une canne ou du bras de quelqu’un pour se tenir debout, marcher, sortir, soit à des formules et à des actions conjuratrices, variables à l’infini.

2° Moyens destinés à combattre les accès. — Les moyens de défense employés par les obsédés pour combattre les accès quand ils éclatent, consistent tous soit à dominer l’obsession par un effort de volonté, soit à la faire disparaître d’une façon détournée. Le premier procédé, nous le savons, ne réussit guère et ne détermine le plus souvent qu’une recrudescence de l’angoisse. Nous avons cependant connu quelques éreuthophobes qui, en se raidissant et en arrêtant momentanément leur respiration, parvenaient à enrayer plus ou moins complètement une crise imminente. Le second procédé réussit mieux ; aussi est-ce le plus couramment employé par les obsédés, qui s’y prennent généralement de deux façons : en s’efforçant de détourner leur attention de l’idée obsédante, ou en recherchant un appui moral.

Dans le but de détourner leur attention de l’idée obsédante, de « s’attentionner ailleurs », comme ils disent eux-mêmes fréquemment, les malades inventent mille trucs. Ils s’appliquent à penser à quelque chose de gai, de triste, à se rappeler un souvenir, un nom, rm mot difficiles, à poursuivre un ouvrage ou

un travail absorbants, à rire, à pleurer, à crier, à chanter,, à exécuter un geste, un acte inutiles, même ridicules et parfois dangereux. Tel ce malade, âgé de trente-sept ans, obsédé par la peur de tuer sa femme qui un jour, dans une crise, ne trouva rien de mieux que de se précipiter la tête la première sur le pavé, de la hauteur de la machine où il travaillait, dans l’espoir que le choc chasserait son idée.

Dans leur recherche d’un appui moral, les obsédés se montrent également très ingénieux. Cet appui, ils le demandent non seulement aux personnes, mais encore aux choses, aux objets, aux mots, à des formules, à des prières, etc., et ils s’empressent chaque fois d’y avoir recours, dès qu’éclate leur accès. Parfois même le moyen de défense, par sa répétition, peut devenir à son tour le point de départ d’une obsession, comme chez cette malade de Freud dont nous avons parlé qui, à force de se poser des questions subtiles, pour se rassurer contre sa phobie de la folie, tomba peu à peu dans l’obsession interrogative (Grübelsucht).

Nous ne relaterons pas d’observations de ce genre de moyens de défense. ÉUes sont innombrables, chaque malade ayant pour ainsi dire le sien. Nous en rapporterons du reste un assez grand nombre au chapitre concernant l’obsession de la rougeur.

3 ° Moyens destinés à atténuer ou à dissimuler les effets émotifs des accès ou à empêcher leurs conséquences. — Les moyens de défense employés par les obsédés uniquement pour atténuer les effets émotifs de leurs crises ou les dissimuler sont également des plus nombreux.

MOTENS DE DÉFE^"SE DES OBSÉDÉS

Beaucoup de sujets, en effet, font la part du feu. Ils savent qu’ils ne peuvent rien ou pas grand’chose sur leur obsession elle-même, et tous leurs efforts se limitent alors à souffrir le moins possible et à dissimuler leurs souffrances.

Nous nous bornerons à citer sommairement quelques exemples :

Une de nos malades, jeune fille de dix-neuf ans, est atteinte depuis plusieurs années, après avoir fortuitement cassé une aiguille, de la peur de semer partout des morceaux d’aiguille. Un jour, ayant traversé une des vignes de son père, elle fut prise d’une telle angoisse à l’idée qu’un morceau d’aiguille avait pu tomber sur un raisin, qu’elle fut obligée, à l’insu de tous, d’aller couper tous les raisins de la rangée traversée et de les enterrer profondément.

Une autre, dont nous avons déjà parlé, atteinte de phobie du pétrole et de l’huile, sacrifie sa robe, même neuve, quand elle croit avoir frôlé un objet contenant de l’huile ou du pétrole, afin de faire cesser son malaise moral.

Une autre, craignant d’avoir été contaminée, se cautérise avec une allumette enflamriiée.

Les obsédés du doute paient deux fois un objet quand ils ne peuvent s’assurer s’ils l’ont ou non soldé. Beaucoup d’obsédés de la contamination portent constamment des gants et en changent tous les jours ; ils se préoccupent sans cesse de leurs vêtements et de leur linge de corps, veillant avec le plus grand soin, dans la journée, à ce qu’ils ne soient frôlés par aucun contact, la nuit à ce qu’ils reposent,

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pliés avec art, sur un dossier de chaise méticuleusement propre; ils font, enfin, des lavages de mains perpétuels.

Le lavage des mains, joue comme on sait un rôle important chez les obsédés, notamment chez ceux atteints de la crainte anxieuse non seulement de la souillure matériélle, mais aussi de la souillure morale, où il intervient dès lors comme un acte de purification symbolique, à la façon des ablutions des rites religieux.

Il existe quelque chose d’approchant dans la répétition plus ou moins réitérée d’une même action chez certains obsédés qui agissent ainsi non pas parce qu’ils croient avoir mal exécuté l’action elle-même, mais parce que, malgré leurs efforts, une pensée favorable, salutaire, n’y a’ pas correspondu.

Il faut signaler enfin les moyens de défense qui ont pour objet non plus seulement d’atténuer ou de dissimuler les effets émotifs des accès, mais d’en empêcher les conséquences fâcheuses. Ces moyens de défense s’observent surtout, cela se conçoit, chez les obsédés impulsifs qui se sentent poussés à mal faire. Ceux-ci aussi inventent mille moyens pour se mettre hors d’état d’exécuter l’acte redouté et ils vont on le sait, dans ce but, jusqu’à se faire lier ou enfermer.

En un mot, les procédés protecteurs, chez les obsédés, sont des plus nombreux et chaque variété d’obsession a, pour ainsi dire, les siens propres.

Tics moyens de défense. Obsessions et tics. —Parmi les moyens de défense qu’on observe chez les obsédés, une place à part doit être réservée aux tics.

Tantôt le tic est en rapport direct de nature avec

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l’obsession. C’est le cas, par exemple, pour les obsédés du sacrilège ou du scrupule chez qui, à chaque tentation obsédante, s’oppose un brusque mouvement antagoniste de piété (signe de croix, génuflexion, oraison mentale ou verbale, etc.). C’est le cas aussi, entre bien d’autres, chez un de nos malades qui, hanté par l’idée anxieuse qu’une injection intempestive dans ses deux oreilles y a déterminé des désordres dangereux, introduit machinalement son index dans un des pavillons, en l’agitant, ou secoue sa tête en reniflant, comme pour déboucher les conduits auditifs. Ici il s’agit bien d’un mouvement spécial, qui trahit à lui seul la variété même de l’ohsession.

D’autres fois, le tic est un mouvement de défense générale, indistinctement applicable à toutes les obsessions.. C’est, par exemple, un signe énergique de dénégation, un froncement de sourcils, un clignement d’yeux, une grimace des lèvres, un soufflement, un crachotement, un claquement des doigts, un tapement du pied, la répétition d’un mot ou d’un chiffre, le tout exécuté dans un but libérateur.

Ces mouvements ne sont pas tous absolument involontaires, et, à ce titre, ne seraient pas tous des tics, si l’on s’en tenait rigoureusement à la définition du mot. Mais outre que la plupart sont spontanés et automatiques, comme ces gestes de révolte impulsive que provoquent normalement en nous certaines pensées pénibles, et dont ils ne sont, en somme, que l’exagération, les autres, volontaires peut-être au début, nè tardent pas à devenir, par leur répétition même, des réflexes en quelque sorte, c’est-à-dire de vrais tics d’habitude.

Il convient de ne pas confondre les tics que nous venons de signaler et qui sont, on le voit, de véritables moyens de défense contre les obsessions, soit avec des tics coexistant avec des obsessions, mais sans lien avec elles, soit avec des obsessions phobiques de tics ou peurs anxieuses de tiquer, soit enfin avec des tics obsédants, tics primitifs sur lesquels s’est peu à peu greffée une obsession qui, dès lors, a souvent pour effet de les entretenir et de les renforcer.

Cette question des relations cliniques de l’obsession avec le tic, très intéressante, et que nous ne faisons qu’effleurer ici, sera reprise, avec les développements qu’elle comporte dans le rapport en préparation de notre ami M. Noguès au Congrès de Grenoble.

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