‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 48 sur 114 · ROUGEUR · texte numérisé non relu

ROUGEUR

ou.dans une maison particulière. Quand ils sont à table, en compagnie, si on parle autour d’eux, si on s’occupe d’autre chose, ils sont calmes. Si on les regarde, si on les interpelle, si surtout ils sont obligés de parler, ils se troublent aussitôt et rougissent. Au théâtre, ils sont généralement tranquilles, parce que leur attention et celle des spectateurs est attirée ailleurs.

Certains sujets de conversation, certains propos les font rougir davantage. Si on parle d’un méfait, par exemple, ils rougissent comme s’ils étaient coupables. A cet égard, il y a lieu de distinguer ceux qui sont émus à l’évocation d’un acte répréhensible quelconque : vol, indébcatesse, mensonge, grossièreté, etc, et ceux qui ne se troublent que lorsqu’il s’agit d’une faute d’ordre spécial, toujours la même. C’est le cas surtout pour les femmes éreuthophobes qui souvent, pour si chastes qu’elles soient, rougissent anxieusement au seul mot d’’adultère, soit qu’un doute anxieux s’éveille en elles sur leur fidélité absolue, même de pensée, soit qu’elles se sentent irrésistiblement prises de la crainte d’être soupçonnées et mal jugées à cet. égard. Les malades rougissent aussi s’ils commettent une maladresse, une gaucherie, une infraction quelconque aux règles de l’étiquette ou si seulement on les commet devant eux. Ils rougissent non seulement s’ils font mal, mais aussi s’ils font bien, par exemple quand ils donnent une aumône en public, de peur d’être taxés d’ostentation.

La plupart de leurs rougeurs ont pour cause une pensée secrète, une appréhension quelconque, surtout celle de rougir, qui ne les quitte pas. Même seuls.

elle les obsède et c’est ainsi qu’il arrive à certains de rougir dans la solitude, au souvenir d’un incident désagréable, d’une confusion pénible, ou d’un obstacle difficile à surmonter pour leur timidité.

La crise de rougeur, à part quelques différences légères, est la même chez tous les malades. Presque toujours elle survient au moment où ils se disent :

« Si j’allais rougir! » ou encore : « devais rougir. »

Généralement ils la sentent venir. L’un dit que « ça part dans l’intérieur du corps comme une faiblesse de cœur qui monte jusqu’aux tempes et produit l’agitation du sang et des picotements comme des pointes d’aiguilles ». Un autre ressent « un poids sur l’estomac, un resserrement dans les hypocondres, des palpitations, des bouffées, de l’angoisse, etc. «Un autre éprouve d’abord des palpitations. Son cœur bat violemment. Puis sa respiration devient oppressée, . haletante. Le sang lui monte violemment à la tête. Ses oreilles bourdonnent. Ses tempes battent. Ses yeux ne voient plus. Ses paupières s’agitent convulsivement. Sa tête est lourde. Ses jambes se dérobent et vont de travers. Sa bouche se tourne dans tous les sens et grimace, sa langue remue, mais il ne peut parler. Son corps est agité d’un, tremblement général.

La rougeur est plus ou moins vive suivant les cas. Elle va du rouge clair au rouge écarlate, sans que ces variations de nuances aient une influence quelconque sur l’état de l’esprit, et à cet égard on peut dire que l’intensité de l’obsession n’est nullement en rapport avec l’intensité de la rougeur. Parfois on constate très nettement le pouls capillaire. L’étendue de

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la rougeur est également des plus variables. Le plus souvent elle est limitée à la face et s’arrête au cou. Elle peut exceptionnellement descendre plus bas. On a, du,reste, cité quelques faits physiologiques où la rougeur avait envahi tout le corps. Une sensation de chaleur souvent très vive accompagne la rougeur. Une sueur plus ou moins abondante et plus ou moins généralisée, parfois compliquée d’autres phénomènes de réaction émotive (émission de larmes, besoin d’uriner, diarrhée subite, etc.), survient d’habitude et marque, dans ce cas, la dernière période de la crise qui ne se prolonge guère au delà de quelques instants.

Dès le début, les sujets sont dans un état de trouble et d’angoisse inexprimable. Plusieurs pensées les assaillent. Ils ont peur qu’on les trouve timides, ridicules, qu’on les prenne pour des ivrognes, qu’on croie qu’ils ont fait un mauvais coup, qu’on se moque d’eux, qu’on fasse sur eux des réflexions désobligeantes, etc. Ils voudraient fuir, chercher les ténèbres, se cacher dans quelque profondeur inaccessible, s’enfoncer sous terre, s’anéantir (Dar’win). « Timidus animus recedit ah externis in se ipsum, et luhentissime si posset correperet usque ad punctum mathematicum (Huschke). Certains éprouvent une grande confusion d’idées, du vide dans le cerveau,du vertige mental, une perte partielle et momentanée de la notion de leur être et du milieu, et alors ils restent stupides ou se mettent à parler à tort et à travers sans savoir ce qu’ils disent ; d’autres ressentent, en même temps que de la confusion, un sentiment de colère contre tout le monde, surtout contre eux. Ils sont furieux « d’être comme

ça ». Aussi, à ce moment, si on les regarde, si on a l’air de sourire, si on fait la moindre allusion à leur rougeur, ils se fâchent, deviennent grossiers, même violents. L’un d’eux s’écriait alors : « Qu’est-ce que ça peut vous foutre que je devienne vert, rouge ou bleu?» et il s’en allait furieux. Un autre menaçait et pour un rien aurait frappé. Il y a là un court moment où l’obsédé a de la peine à rester maître de lui. C’est la vraie furor hrevis des anciens.

Quand la crise s’achève, la rougeur diminue rapidement et fait place parfois à de la pâleur : les phénomènes concomitants disparaissent, la confusion se dissipe et le sujet reste partagé entre l’ennui d’avoir rougi si bêtement et la satisfaction de n’avoir pas à rougir de quelque temps. Ces crises, d’intensité variable, se renouvellent plus ou moins fréquemment. Quelquefois elles se produisent plusieurs fois par jour. D’autres fois elles cessent pendant plusieurs semaines. Nous avons vu plus haut quelles sont les influences qui les favorisent.

En dehors de l’état mental de la crise ou du paroxysme, que nous venons d’indiquer, les sujets continuent, même dans l’intervalle, d’être préoccupés par l’idée de leur rougeur. Ils en sont tyranniquement obsédés. Ils ne pensent plus qu’à ça. Ils ont beau essayer de chasser ce tourment de leur esprit, ils n’y parviennent pas et l’un d’eux nous disait : « C’est comme si un bossu voulait ne plus penser à sa bosse. »

Presque tous cherchent à se rendre compte de leur infirmité, à s’analyser. L’un est préoccupé surtout de savoir « comment il se fait qu’il y ait des personnes

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pâles, dont la figure ne rougit jamais, et d’autres chez qui le sang afflue pour un rien au visage. Pourquoi ces différences ? Est-ce que le sang est plus éloigné de la peau chez les uns que chez les autres ? — Un autre est persuadé « qu’il n’est pas comme tout le monde, qu’il a le cerveau faible, qu’il n’y a pas chez lui équilibre entre le cerveau et le sang ». Il se croit « un malheureux martyr par la souffrance morale. Sa mère aurait mieux fait de se foutre à la rivière ou dans un couvent au lieu de faire des enfants ».

Tel est leur état mental dans l’interparoxysme, telles sont les pensées qui les- torturent, et ce qui augmente leur souffrance, c’est que, comme la plupart des obsédés, ils la cachent à tous sauf au médecin à qui ils s’ouvrent en confidence, lui parlant de leur obsession avec une émotion angoissante et la lui peignant comme un supplice de tous les instants, qui empoisonne littéralement leur vie. Quelquefois même, ils gardent la pudeur de leur mal jusque visà-vis du médecin et, n’osant le lui révéler verbalement ou entrer de vive voix dans des détails trop pénibles, ils ont recours, comme beaucoup de neurasthéniques, au petit ou mieux axi grand papier, c’est-àdire à la confession écrite.

On comprend, dans ces conditions, que ces malheureux ne vivent pas de la vie de toufle monde. Non seulement ils restent, le plus souvent, des célibataires endurcis, mais encore ils fuient tout contact, tout plaisir, s’enfermant dans une solitude sombre et farouche, songeant à en finir par le suicide s’ils ne guérissent pas, tombant, s’ils sont intelligents et instruits, dans ce pessimisme amer et subtil qu’on Pitres et Régis. io

rencontre si souvent, comme Ta montré l’un de nous, chez les neurasthéniques supérieurs h L’ohsession de la rougeur peut se compliquer d’autres obsessions, au milieu desquelles elle reste prédominante. Nous avons constaté notamment, coexistant avec elle, l’obsession du doute, l’obsession scrupuleuse, l’inhibition génitale émotive et, dans un cas, l’onomatomanie et l’arithmomanie avec tics.

Ce qu’il y a de vraiment curieux, ce sont les artifices auxquels ont recours les éreuthophobes soit pour empêcher, soit pour dissimuler leurs crises de rougeur. S’empêcher de rougir est pour eux chose des plus difficiles, car pour faire effort dans ce but il faut y penser, et penser à la rougeur c’est incontestablement le meilleur moyen de la provoquer. Ils n’ont donc qu’un seul procédé un peu efficace, c’est de penser à autre chose. Beaucoup- en usent, et, au moment où ils sentent venir la rougeur, ils essaient de détourner leur esprit, de « s’attentionner ailleurs », comme ils disent, soit en lisant un journal, soit en causant avec quelqu’un, soit en parlant tout seuls à haute voix, soit en s’occupant à regarder, à sentir, à manipuler, à mâcher, à faire quelque chose : comme celui de nos sujets, un ouvrier, qui plaçait une règle sur son épaule et la balançait doucement dans la .rue, à la fois pour se captiver et pour se donner une contenance. Cela réussit quelquefois, mais pas tou-

I. E. Régis, La médecine et le pessimisme contemporain. Con- ■férence faite à la Société des amis de TUniversité de Bordeaux, 1898. Bordeaux, imprimerie Gounouilhou.

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jours, et il est en somme assez rare que les obsédés de la rougeur puissent s’opposer à leur crise.

En revanche, ils ont mille moyens, plus ingénieux les uns que les autres, pour la dissimuler lorsqu’elle survient.

Parmi ces moyens, certains leur sont pour ain si dire communs et tous y ont naturellement recours : ils consistent à se cacher la figure derrière un journal en faisant semblant de lire, à se couvrir le visage avec les mains ou avec un mouchoir en simulant de se moucher, de s’essuyer la figure, de souffrir des dents, etc., etc.

La plupart ont des procédés particuliers. L’un enfonce son chapeau sur ses yeux et prend l’attitude d’un homme harassé, qui n’en peut plus ; un autre se couvre de son parapluie ; un autre fait semblant de lire des affiches ; un autre, si on lui adresse brusquement la parole, quand il est à son travail, se baisse et a l’air de chercher quelque chose sous un meuble, etc. Mais le moyen employé le plus volontiers par les malades, à la fois pour empêcher et pour cacher leur rougeur, c’est de boire. Les deux tiers au. moins de nos sujets se livraient à la boisson dans ce but.

Boire, pour eux, réalise un double avantage. En premier lieu, cela leur donne plus d’assurance, leur permet d’affronter les regards, de parler et d’agir comme tout le monde ; en second lieu, la boisson colore leur visage et cette coloration rend, pensentils, leur rougeur émotive beaucoup moins visible. Pure illusion d’ailleurs, car nous en connaissons un devenu im ivrogne rubicond, chez lequel les bouffées

de rougeur sont restées tout aussi apparentes. Les boissons auxquelles ils ont recours de préférence sont les plus fortes, l’eau-de-vie, le rhum, l’absinthe. Deux de nos malades ont fini à la longue par présenter des symptômes physiques et psychiques d’alcoolisme et cependant la boisson leur répugnait et ils n’y avaient recours que par les temps et dans les circonstances où ils redoutaient de rougir. L’un d’eux s’étant aperçu à vingt et un ans que, quand il avait bu, il avait du toupet comme les autres, se mit à boire de temps en temps de l’alcool et de l’absinthe, pour se préserver de sa rougeur. Et comme il avait remarqué que l’excitant mettait environ vingt minutes à faire son œuvre, il avait soin de boire une petite demi-heure avant d’accomplir les actes qui coûtaient le plus à sa timidité. A ce moment, un peu étourdi, il aurait parlé, chanté, joué la comédie, bravé le monde entier.

Mais ce ne sont là qpie des palliatifs. Ce que voudraient surtout ces malheureux, c’est ou ne plus rougir, ou masquer leur rougeur d’une façon constante. Ils conçoivent, à cet effet, toutes sortes de combinaisons étranges, qu’ils viennent proposer au médecin. L’un voudrait se poudrer la figure avec une poudre blanche imperceptible, comme les femmes. Un autre demande à être délivré de son obsession par la suggestion. Un troisième, dans une lettre à l’un de nous, s’exprime ainsi : « Ne pourrait-on pas empêcher les gens de rougir malgré eux? N’est-il pas une teinture imitant le rouge naturel, qui pourrait donner au teint une nuance feu permanente, de façon à avoir toujours le visage coloré? ou bien ne

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pourrait-on pas infiltrer entre la première et la deuxième peau un liquide quelconque, absolument comme on fait pour un tatouage, seulement au lieu d’être bleu, ce serait rouge ’ ? »

L’histoire la plus curieuse, à cet égard, est celle de A..., l’un de nos malades. Désireux de guérir à tout prix, il entre à l’hôpital Saint-André et réclame des sangsues. On lui applique quatre sangsues dans la région mastoïdienne et on laisse couler le sang assez abondamment. Le lendemain, le malade se sent mieux, mais il demande déjà nne saignée plus forte, et, peu de jours après, mécontent du résultat, il réclame une opération plus radicale, la ligature des deux carotides.

On se décide à lui donner un semblant de satisfaction et à pousser l’essai de psychothérapie à ses dernières limites. M. le P"" Démons, après avoir endormi A..., lui fait une longue incision sur le trajet de la carotide droite. La plaie est refermée à l’aide de plusieurs points de suture et recouverte d’un pansement complet. Sur la pancarte, on inscrit, eii gros caractères : « Ligature de la carotide droite. »

Tout d’abord, le malade se trouve soulagé ; il se regarde constamment à la glace. Le dixième jour, on enlève les points de suture et on continue le pansement. Depuis plusieurs jours déjà. A... est inquiet ; il trouve que l’effet produit laisse à désirer et demande

I. Le malade dont Gasper a rapporté Thistoire essaya de se farder ; il eut ensuite l’idée de se crever les yeux pour ne plus sentir peser sur lui des regards humains ; il finit, enfin, par se tuer.

la ligature de l’autre côté. Il redevient obsédé, irascible, violent. Il est renvoyé de l’hôpital après une algarade. Depuis, il est plus obsédé que jamais et ne cesse de réclamer une opération nouvelle. « La carotide, dit-il, a réussi dans un genre parce que le sang monte moins, mais le cerveau est toujours très faible. C’est là qu’il faudrait travailler, prendre le mal dans sa racine. Pour moi, ce qu’il faudrait, ce serait un changement de cerveau, une extraction du cerveau. Que voulez-vous ? Mourir pour mourir ! »

On voit suffisamment par ce qui précède que l’obsession delà rougeur est, en général, des plus tenaces. Chez aucun de nos sujets, malgré tout ce que nous avons pu tenter, nous n’avons réalisé d’amélioration notable. Ce n’est que dans un cas où la peur de la rougeur s’est trouvée liée à l’hystérie, que nous avons pu obtenir quelque chose, en particulier de la médication psychique, de la suggestion à l’état de veille, l’hypnose étant restée impossible. Chez nos autres malades qui étaient ou neurasthéniques ou dégénérés, nous ne sommes arrivés à rien et ils semblent voués à perpétuité à leur torture morale. Dans ces cas, l’état se caractérise, comme dans la plupart des obsessions chroniques, par une succession irrégulière de périodes d’accalmie et de périodes de paroxysmes plus ou moins aigus.

D’une façon générale, toutefois, la tendance à la rougeur et, par suite, la phobie qui lui est liée s’atténuent avec les années, et il est rare qu’elles persistent jusque dans la vieillesse. Il en est parfois ainsi cependant. Nous citerons, comme exemple, le fait d’un magistrat allemand qui, dans l’auto-observation

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qu’il nous a adressée, déclare qu’à 69 ans il n’est pas encore débarrassé de ses rougeurs. Nous pouvons citer également le cas de Jean-Jacques Rousseau, ce type de neurasthénique artério-scléreux, à qui rien ne manquait des manifestations de l’émotivité spasmodique et vaso-motrice, pas même la rougeur de la timidité. « La facilité de Rousseau à rougir, allant presque jusqu’à la crainte obsédante, jusqu’à l’éreuthophobie, n’est pas moins évidente et, chose assez rare, car elle disparaît habituellement à la maturité de la vie, il l’a. conservée jusqu’à un âge avancé. Voici un épisode contemporain de ses Rêveries, c’està-dire se plaçant peu de temps avant sa mort à 66 ans :

« Il y a quelque temps que M. F... m’engagea, contre mon usage, à aller, avec ma femme, dîner, en manière de pique-nique, avec lui et M. B..., chez la dameX..., restauratrice, laquelle et ses deux filles dînèrent aussi avec nous. Au milieu du dîner, l’aînée, qui est mariée depuis peu, et qui était grosse, s’avisa de me demander brusquement, et en me fixant, si j’avais eu des enfants. Je répqndis, en rougissant jusqu’aux yeux, que je n’avais pas eu ce bonheur. Elle sourit malignement en regardant la compagnie : tout cela n’était pas bien obscur, même pour moi. » Quant à la timidité de Rousseau, elle était telle qu’il n’osait entrer dans une boutique pour y acheter les objets qu’il convoitait, qu’il ne pouvait jouer du clavecin devant quelqu’un sans trembler, qu’il fuyait la société et les salons de peur de s’y troubler, de paraître stupide, qu’il était embarrassé, même devant des enfants. Cette timidité, il l’a signalée lui-même

maintes fois, notamment en ces termes : « Prenezmoi dans le calme, je suis l’indolence et la timidité même ; tout m’effarouche, tout me rebute ; une mouche en volant me fait peur ; un mot à dire, un geste à faire épouvantent ma paresse ; la crainte et la honte me subjuguent à tel point que je voudrais m’éclipser aux yeux de tous les mortels. S’il faut agir, je ne sais que faire ; s’il faut parler, je ne sais que dire ; si l’on me regarde, je suis tout décontenancé h »

L’obsession de la rougeur offre ceci de particulièrement intéressant qu’elle se lie non à une condition quelconque, extérieure à l’individu, mais à un phénomène émotionnel intime, représenté par une modification vaso-motrice. Elle paraît donc offrir un terrain de choix pour l’étude des rapports de Vidée fixe avec Vémotion. , '

On sait qu’à l’heure actuelle un mouvement se dessine, en psychologie, relativement à la théorie de l’émotion. D’une part, les états affectifs, généralement regardés jusqu’ici comme secondaires et subordonnés aux états intellectuels, tendent à être considérés comme primitifs ou autonomes. D’autre part, l’émotion n’est plus une faculté morale d’essence inconnue ; elle devient un fait biologique distinct composé de deux éléments : l’un physique, primordial, la modification vaso-motrice ; l’autre psychique, consécutif, le sentiment, et on arrive déjà à la définir « la conscience des variations neuro-vasculaires ».

I. E. Régis, La maladie de J.-J. Rousseau. La Chronique médicale, 1900.

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De ce mouvement psychologique, qui a pour représentants principaux Bain, Spencer, Maudsley, James’, LangeRibot^, on peut rapprocher un mouvement similaire qui se produit en psychiatrie à l’étranger et qui a pour objet de faire ressortir et de mettre en évidence, dans certaines affections mentales, la prépondérance du trouble émotif, de l’angoisse (névrose d’angoisse de Freud *^5 psychoses angoissantes de Wernicke®, etc.).

Les conséquences de ce double mouvement peuvent être considérables et, s’il aboutit, on entrevoit déjà que l’affectivité devenue une sphère spéciale, importante de la vie psychique, aura sa pathologie comme sa physiologie et que toute une série de formes morbides, classées aujourd’hui parmi les maladies intellectuelles, depuis l’obsession « équivalent affectif de l’idée fixe » (Ribot), jusqu’à la mélancolie anxieuse (angoisse aiguë), deviendront des maladies de l’émotivité.

Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que ce serait, en fin de cornpte, admettre des délires émotifs, très étroitement liés aux variations vaso-motrices, c’est-à-dire revenir après trente ans, et par le fait

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