LEUR PLAGE EN NOSOGRAPHIE
et représentant une sorte de transition entre les deux. Dans sa forme élémentaire, la phobie diffuse, l’obsession anxieuse est une pure névrose ; dans la phobie systématisée, mais surtout dans l’obsession. idéative ou impulsive, c’est déjà un état mixte, neuro-psychopathique.
L’obsession est un symptôme. — Cela étant, il s’agit de savoir si l’obsession est une maladie ou un symptôme de maladie, une entité morbide ou un syndrome. La définition même que nous en avons donnée en commençant montre quelle est notre opinion à cet égard. Pour nous, et c’est là l’opinion générale, l’obsession n’est qu’un symptôme, au même titre que l’hallucination, le délire ou l’impulsion. -
La meilleure preuve qn’on en puisse donner, c’est que l’obsession n’est jamais isolée, indépendante ; elle est toujours liée à un substratum sur lequel elle est pour ainsi dire implantée et aux caractères duquel elle participe. Les plus fréquents de ces états pathologiques qui servent de fondement à l’obsession sont: la dégénérescence, l’épilepsie (Cullerre), l’hystérie, la neurasthénie, l’alcoolisme, etc.
Il y a donc des obsessions de dégénérés, des obsessions d’alcooliques, d’épileptiques, d’hystériques, de neurasthéniques, etc.
Ces dernières sont de toutes, croyons-nous, les plus fréquentes. Il y a cependant ici une réserve à faire ou plutôt une question à poser.
Neurasthénie et névrose d’angoisse. — Dans ces dernières années, nous l’avons vu, certains auteurs allemands ont décrit ce qu’ils ont appelé : « névrose
d’angoisse ». Cet état morbide ne serait autre, d’après Hecker, que la neurasthénie elle-même, qu’il propose par suite d’appeler névrose d’angoisse, réservant le nom de neurasthénie à la simple irritation spinale. Freud, au contraire, fait de la névrose d’angoisse un type autonome et distinct de la neurasthénie, caractérisé, dans sa forme pure, et en outre de son étiologie sexuelle constante, par les symptômes suivants : surexcitation nerveuse générale ; état d’angoisse chronique ou « attenté anxieuse » ; accès d’angoisse aiguë paroxystiques avec dyspnée, palpitations, sueurs profuses ; équivalents de la crise d’angoisse et crises rudimentaires ; phobies et obsessions (l’angoisse étant le plus constant et le plus significatif de ces symptômes).
Tel est l’état actuel des choses. Hartenberg qui dans son récent volume, déjà cité, a fait une étude documentée et intéressante de la névrose d’angoisse, adopte pour ainsi dire une opinion mixte.
« D’après l’étiologie et les symptômes cliniques consistant en désordres circulatoires, vaso-moteurs et viscéraux, on peut supposer que la névrose d’angoisse a pour siège le système nerveux sympathique. Elle exprimerait une fatigue, un épuisement du sympathique, comme la neurasthénie vraie traduit la fatigue du système nerveux cérébro-spinal. Il paraît donc légitime de séparer la névrose d’angoisse, maladie du sympathique, caractérisée par Vangoisse, de la neurasthénie, maladie du système cérébro-spinal, caractérisée par Vasthénie. Toutefois, comme dans la vie les causes de surmenage de l’un et l’autre système se rencontrent fréquemment associées, il est naturel que
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ron rencontre aussi les symptômes de la névrose d’angoisse et de la neurasthénie associés dans les formes mixtes.
« Le terme de névrose d’angoisse paraît utile pour différencier de la neurasthénie, dont la compréhension devient trop large, un groupe naturel de symptômes, représentant « une maladie primitive de l’émotivité » qui constitue le terrain de prédilection pour le développement des phobies. »
Pour notre part, nous ne croyons pas que la névrose d’angoisse représente une maladie spéciale. C’est seulement un état morbide, un syndrome, duquel font partie l’anxiété, la phobie, etc., et qui se greffe le plus habituellement, à titre transitoire ou permanent, sur un fond soit neuropathique, soit psychopathique. Ce syndrome d’angoisse s’associe le plus souvent à la neurasthénie et à la mélancolie, parce que ce sont là, de toutes les maladies, celles qui, parleur nature, par le fond constant d’inquiétude plus ou moins anxieuse qui résident en elles à l’état latent, se prêtent le mieux à son développement ; mais il peut survenir aussi dans toutes les autres névroses et dans nombre de psychoses.
Il n’y a donc pas une névrose d’angoisse entité distincte, indépendante ; il y a un syndrome d’angoisse qui, avec ses éléments d’anxiété paroxystiqpe et de phobies, s’associe à diverses maladies, en particulier à la neurasthénie et à la mélancolie, de façon à leur donner en quelque sorte le caractère 'de névrose ou de psychose d’angoisse.
C’est là, nous semble-t-il, la meilleure façon de comprendre actuellement l’angoisse, la phobie, l’ob-
session, à la fois dans leur valeur propre et dans leurs rapports nosologiques.
Pathogénie de l’obsession. — Quant à la cause première de l’obsession et à sa localisation dans telle ou telle partie du corps, nous n’avons, sur ce point, aucune donnée précise. Peut-être Morel avait-il raison d’en faire une névrose du système nerveux ganglionnaire viscéral car, ainsi qu’il l’a montré le premier, les symptômes vaso-moteurs sont très marqués dans l’obsession, quelquefois même absolument prépondérants. L’obsession de la rougeur en est l’exemple le plus frappant. Mais si ces phénomènes semblent indiquer un trouble dans les fonctions du grand sympathique, rien ne nous autorise à penser que cet appareil, qui joue peut-être un rôle plus marqué qu’on ne pense dans certaines névroses, est altéré primitivement.
En résumé, l’ohsession peut être considérée comme un état morbide intermédiaire entre la névropathie et la psychopathie, ou plutôt comme un des éléments constituants d’un syndrome émotif spécial, le syndrome d’angoisse, susceptible de se présenter, à des degrés et sous des formes variables, dans diverses névroses et psychoses.’