VOLITION ET RÉFLEXE
chologique. Par exemple, dans un Mémoire peu connu, mais qui a bien ses mérites pour l’époque, sur les troubles de la volonté on lit le passage suivant : « Les mouvements réflexes sont si distincts des mouvements volontaires, qu’ils paraissent n’avoir ensemble aucun rapport; et cependant, les uns et les autres se composent de la succession d’un phénomène de la sensibilité et d’un phénomène de la contractilité ; au fond l’irrésistibilité de la réaction, voilà le trait le plus distinctif des actes réflexes involontaires. Leur attribuer, pour cette raison, un principe particulier d’activité obligerait d’en imaginer autant qu’il y a de degrés dans nos sensations, dans nos sentiments, de nuances dans nos idées ; ce serait abuser de l’hypothèse. Sentir et réagir, telle est la véritable formule de l’activité ; elle s’applique aux actes mêmes de la pensée. » Il serait difficile de mieux dire, même aujourd’hui. On peut donc regarder la volition soit comme un réflexe évolutif d’ordre supérieur, perfectionné, manifestation la plus haute de cette tendance qu’ont les réflexes chez l’homme à devenir de plus en plus corticaux, ainsi que dit Crogq ^ soit comme la domination par le. moi de la tendance innée au réflexe automatique.
Dans les deux hypothèses, au fond identiques, la
1. Makdon, Histoire critique de la folie instantanée, temporaire, instinctive, etc., ouvrage couronné parla Société de médecine de Bordeaux. Paris, J.-B. Baillière, 1862.
2. J. Grocq, Physiologie et pathologie du tonus musculaire, des réflexes et de la contracture. Rapport au Congrès des aliénistes et neurologistes, Limoges, 1901.
volition normale reste toujours le complexus le plus éloigné du réflexe simple, élémentaire, et la volition anormale une tendance au retour vers ce réflexe originel.
Peut-être, en l’état actuel des choses et devant la difficulté vraiment grande de ne voir dans les processus cérébraux interposés entre les courants incitateur et réactionnel — conscience, réflexion, jugement, détermination — que de simples éléments d’un réflexe, si élevé soit-il dans la hiérarchie, vaut-il mieux les envisager comme des attributs psychiques supérieurs non seulement étrangers, mais même opposés fonctionnellement au réflexe proprement dit.
Toute la théorie de l’activité se trouve dès lors ramenée aux propositions suivantes : la tendance au réflexe est le principe même et la loi de Faction nerveuse. — Te réflexe type, pur, est le réflexe simple, automatique. — Au fur et à mesure qu’on s’élève dans l’échelle animale et, chez l’homme, de Fenfant à l’adulte, de l’inférieur au supérieur, de nouveaux attributs se fondent, qui ont pour efiet de coordonner, d’actionner ou d’empêcher cette tendance au réflexe direct, de transformer en un mot une force aveugle et fatale en un processus conscient, réfléchi, jugé, déterminé, l’opposé, par conséquent, du réflexe.
La supériorité d’un animal sur un autre, de l’homme sur l’homme, pourra donc se mesurer au degré de son pouvoir psychique sur la tendance innée au réflexe. Et. l’équilibre résidera en une sorte de tonus volontaire, c’est-à-dire dans la régulation harmonique par le moi de l’instinctive réflectivité.