‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 73 sur 114 · IV. — Valeur et portée nosologiques du terme impulsion · texte numérisé non relu

IV. — Valeur et portée nosologiques du terme impulsion

Après ce que nous venons de dire, il est facile de comprendre ce qu’est l’impulsion. L’impulsion est la tendance même au réflexe. Cette tendance et, par suite, l’impulsion est donc, de sa nature, physiologique et elle reste telle tant que, par sa subordination au moi ou, si l’on veut, aux centres corticaux, persiste intact le tonus volontaire. Mais dès l’instant où l’équilibre est rompu en sa faveur, l’impulsion devient pathologique.

Il y a donc, comme l’a toujours admis le langage courant, et comme l’admettent aussi nombre de savants, des impulsions normales et des impulsions morbides, ceUes-ci consistant dans la rupture du tonus volontaire avec tendance au retour vers le réflexe originel. « L’impulsion qui traduit l’obsession n’est, physiologiquement comme pathologiquement, qu’un réflexe. Normale, elle traduit l’équilibre psychique, reflet de l’équilibre affectif, qui n’est luimême qu’une synthèse d’équilibres ; morbide, elle est la preuve du déséquilibre de l’individu. Normale, elle implique des rapports réguliers de l’activité interne

et externe ; morbide, elle proclame la désharmonie de l’être et du milieu »

Envisagée de la sorte, la conception de l’impulsion devient claire et toutes ses particularités se comprennent aisément.

Ainsi l’impulsion sera constitutionnelle ou accidentelle, suivant que la propension à l’automatisme sera elle-même innée ou acquise, suivant que le tonus volontaire n’aura pu arriver à s’organiser ou, après son développement, se sera altéré ou affaibli. De même, le degré de la tendance au réflexe à s’imposer marquera le degré de l’impulsion morbide. Si bien que l’impulsion type, absolue, maxima, sera représentée par le réflexe spinal direct ou purement moteur, et l’impulsion la plus légère ou minima par l’obsession impulsive, dans laquelle la tendance au réflexe et les processus du moi se tiennent réciproquement en échec.

Il suit de là que le cadre de l’impulsion morbide ne doit pas être limité, ainsi que cela a lieu souvent, à l’impulsion consciente et obsédante, mais doit être étendu à tout l’ensemble des propensions pathologiques de l’activité volontaire vers le réflexe : depuis l’impulsion aveugle et automatique, qui en constitue la manifestation extrême, jusqu’à l’obsession impulsive qui représente sa forme la plus atténuée, en passant par la gamme, à transitions insensibles, de leurs nombreux intermédiaires.

Un autre point préliminaire à élucider est celui de

I. Dallemagne, Dégénérés et déséquilibrés, Bruxelles et Paris, 1895.

SIGNIFICATION Dü TERME IMPULSION 287

savoir si le mot impulsion, en nosologie, doit s’appliquer à la sollicitation motrice involontaire vers un acte, à cet acte lui-même, ou indifféremment à l’un et à l’autre-

Ces diverses manières de voir ont chacune leurs défenseurs. Voici quelques citations qui en sont la, preuve.

« Sous le nom d’impulsions irrésistibles, on désigne des mouvements instinctifs qui, en dehors de toute idée délirante et souvent malgré l’intervention de la volonté, poussent un individu à commettre uii acte répréhensible dont il apprécie toute la portée » (Marge. Traité des maladies mentales).

« L’impulsion est un mode d’activité cérébrale qui pousse à des actes que la volonté est parfois impuissante à empêcher » (Magnan. Étude clinique sur les impulsions et les actes des aliénés. G. Carrier, thèse de Paris, 1899).

(( L’impulsion irrésistible consiste en un besoin impérieux, que le malade ne peut ordinairement surmonter, d’accomplir un acte généralement nocif » (Max Simon. Crimes et délits des aliénés).

« D’une manière générale, l’impulsion est un phénomène dans lequel l’individu est entraîné irrésistiblement, malgré lui, à commettre un acte » (Parant. Impulsions des épileptiques, 1896).

« L’impulsion morbide est une tendance irrésistible à l’accomplissement d’un acte » (Régis. Manuel de médecine mentale).

« L’impulsion est à l’obsession ce qu’une crise de besoin est à l’état de besoin.

K L’impulsion consciente est une sollicitation mo-

trice à base émotive, vers un acte appétitif que n’inspire aucun délire et que la conscience rejette, mais qui s’impose, parfois, automatiquement à la volonté, avec une irrésistibilité telle qu’elle entraîne la satisfaction du besoin suivie d’un apaisement immédiat en lequel se dénoue l’accès » (Garnier. Obsessions et impulsions sexuelles. Congrès international, igoo).

« Les impulsions irrésistibles sont des déterminations accidentelles à l’accomplissement de certains actes singuliers ou répréhensibles que le malade exécute en dehors de toute idée délirante et dont il apprécie toute la portée, avant ou du moins après l’événement, sans que sa volonté soit assez puissante pour l’en détourner » (Robin et Littré. Dictionnaire de médecine).

« L’impulsion est un mouvement de l’âme en vertu duquel nous sommes portés à des déterminations brusques, instantanées, à des actes non réfléchis », dominés à l’état physiologique, irrésistibles à l’état pathologique (Dagonet. Traité des maladies mentales).

« Les disprassies impulsives ne sont, pour nous, que des modes déterminés de sentir et de réagir ; elles consistent, par suite, dans l’exécution de tendances particulières, rendues plus fortes et plus fortement émotives, c’est-à-dire isolées dans la désintégration de la personnalité » (Morselli. Manuale di semejotica, vol. II).

« L’impulsion morbide n’est donc que le dernier acte d’une sorte de drame cérébral qui débute par l’obsession et se continue par l’idée fixe ». (D Allemagne. Pathologie de la volonté).

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