I. Morel, Études cliniques, t. I, p
IMPULSION A l’incendie 827
l’influence d’un motif futile, par exemple à la suite d’une réprimande ou d’une contrariété. Nous avons eu à examiner, comme experts, plusieurs enfants dans ces conditions, à la fois simples d’esprit et en voie d’évolution pubérale.
Cette notion des rapports de la puberté aA^ec l’impulsion, vraie non seulement pour la pyromanie, mais aussi pour toutes les autres propensions morbides, a été admise de tout temps. Paul Moreau de Tours ^ et Ant. Marro ® y insistent dans leurs ouvrages et déjà en 1849, l’auteur anglais Wigan, faisant une étude spéciale des crimes sans motifs chez les adolescents, signalait ce fait curieux que beaucoup d’entre eux avaient ' eu des hémorragies nasales qui, dans le sexe masculin, s’étaient montrées avec la régularité du flux menstruel ; l’action criminelle avait été accomplie avec la cessation temporaire du flux habituel. Le regard était alors hébété, lourd, languissant. Lorsqu’on interrogeait les coupables présumés, ils répondaient presque invariablement : Je ne sais pas... Je n’ai pas de raison... Je croyais devoir le faire... Ou, nous étions poussés à faire quelque chose. Quant à ce quelque chose luimême, il était déterminé par une simple circonstance, la vue des moyens d’exécution®.
1. Paul Mokeau (de Tours), De l’homicide commis par les enfants, Paris, 1882, et La folie chez les enfants, Paris, 1888.
2. A. Marro, La Puberté et Les rapports de la puberté avec le crime et la folie. Congrès de l’anthropologie criminelle de Genève, 1896.
' 3 . Wigan, On motiveless crimes of the Young. Journal of psychol. medicîne, 1849.
Il n’est pas jusqu’au théâtre qui n’ait mentionné ces relations de l’impulsion avec la puberté et Ibsen, dans un de ses drames les plus connus, Le Canard sauvage, met en scène une jeune fille de i4 ans, Hedwige, qui poussée d’abord par son évolution pubérale à l’incendie, finit ensuite par se suicider.
De même que l’impulsion au vol, l’impulsion à l’incendie est souvent en relation avec l’hystérie, surtout avec l’hystérie associée à un autre facteur tel que grossesse, menstruation, ménopause, alcoolisme, dégénérescence. On trouve plusieurs faits de ce genre dans l’ouvrage de Legrand du Saulle ’ et M. Aug. ViGouROux en a récemment publié un ^ où il s’est efforcé, peut-être un peu subtilement, de démêler ce qui appartenait au facteur hystérique et au facteur dégénératif.
Quel que soit le type que revête l’impulsion à l’incendie, sauf dans les cas où elle est soudaine, aveugle, inconsciente, elle peut avoir un motif ou tout au moins un semblant de motif. Le plus fréquent de tous, celui qu’on retrouve jusque chez les dégénérés inférieurs, c’est l’idée de vengeance, qui, pénétrant à l’occasion la plus futile, dans ces cerveaux tout préparés, y sert à la fois d’amorce et de stimulant à l’impulsion. C’est là un fait qu’il faut connaître, pour n’être pas exposé à conclure, dans la pratique, de l’existence d’un mobile à la non-morbidité de l’acte.