‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 87 sur 114 · IMPULSION A BOIRE · texte numérisé non relu

IMPULSION A BOIRE

Impulsion à boire (dipsomanie). — L’impulsion à boire ou dipsomanie est absolument dififérente, comme on sait, de l’alcoolisme.

L’alcoolisme est l’empoisonnement par l’alcool, empoisonnement résultant généralement d’babitudes chroniques et invétérées de boisson. La dipsomanie, elle, est la tendance impérieuse, habituellement passagère, paroxystique et par accès, à boire. De sorte qu’on peut être alcoolique sans être dipsomane et, plus encore, dipsomane sans être alcoolique.

Cette distinction rappelée, nous devons dire que l’impulsion à boire peut se manifester épisodiquement dans un grand nombre d’états psychopathiques, en particulier dans l’hystérie, l’épilepsie, la mélancolie, mais surtout au début de la manie aigüe, dans l’excitation maniaque de la folie intermittente ou circulaire et dans la phase prodromique de la paralysie générale.

Dans ces diverses maladies, en particulier dans la dernière, la dipsomanie traduit l’exaltation de l’organisme, elle est une manifestation de ce besoin dynamique d’agir, de se dépenser, qui pousse les sujets L D’autre part, et par une sorte de choc en retour, les excès ainsi commis aggravent encore l’exaltation originelle et la portent souvent à l’état aigu.

Ces propensions dipsomaniaques, bien qu’intéressantes et importantes à connaître, ne sont guère que des accessoires épisodiques dans les états pathologiques au cours desquels elles surviennent et, à ce

I. E. Régis, De ladynamieou exaltation fonctionnelle au début de la paralysie générale. Annales méd.-psychol., 1879.

point de vue, elles diffèrent de la véritable dipsomanie, c’est-à-dire de l’impulsion irrésistible à boire, survenant par accès nettement caractérisés, chez des dégénérés.

La description de cette forme classique a été magistralement tracée par M. Magnan L Nous nous bornerons à la résumer.

La dispomanie a pour caractère principal de se traduire par des accès essentiellement intermittents et paroxystiques ; ils laissent, après leur disparition, un malaise cérébral qui s’atténue peu à peu, et les malades, reprenant leurs habitudes de. sobriété, regrettent les abus auxquels ils se sont momentanément livrés.

L’accès est précédé de prodromes toujours à peu près les mêmes : d’abord un sentiment vague de tristesse que les occupations ou les distractions sont incapables de surmonter ; les malades, déprimés et découragés, renoncent bientôt au travail auquel il leur est désormais impossible de penser ; des idées noires les, obsèdent, tout semble changer autour d’eux, ils se sentent comme menacés d’un prochain malheur, leur caractère s’aigrit ; leurs sentiments affectifs sont altérés, les êtres les plus chers leur deviennent indifférents. A ces‘ symptômes d’ordre intellectuel et moral s’ajoutent plus tard d’autres symptômes physiques. D’abord de l’anorexie avec anxiété précordiale, un serrement de l’épigastre et parfois de la gorge, puis du dégoût pour les aliments solides. Enfin, des troubles de la sensibilité générale surviennent; ces

[. MAGÜA.JS, Leçons cliniques sur la dipsomanie, Va.ris, 1886.

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