‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 91 sur 114 · Denomini, Loc. cit · texte numérisé non relu

Denomini, Loc. cit

3 . L’automalkme ambulatoire au point de vue médico-légal. Société de médecine légale, mars 1889.

4 . Fournier, Kœrig, Gilles de la Tourette, Un cas d’automatisme ambulatoire chez Un soldât. Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1896, no 6.

5 . Lacausse, Les dégénérés psychiques au point de vue du service militaire. Thèse de Bordeaux, 1898.

6. Challan de Belval et E. Régis, L’épilepsie dans l’armée et l’expertise médico-légale devant les tribunaux militaires. Congrès des aliénistes et neurologistes, Bordeaux, 1895.

7. Taty, Granjux, Régis, Les aliénés méconnus et condamnés. Congrès des aliénistes et neurologistes, Marseille, 1899.

Impulsions sexuelles. — Les impulsions sexuelles ont été particulièrement étudiées dans ces dernières années. En dehors de l’ouvrage magistral et complet de Krafft-Ebing ‘ qui reste l’œuvre fondamentale à ce sujet, nous devons citer aussi les travaux de Moll, Raffalovitcii, Naegre, Ullrich, von Schrenck- Notzing, Tarnowsri, Laupts, Lombroso, Venturi, Tamburini, Bonfigli, Rosenbach, Soukhanoff , Morton Prince, Masoin, à l’étranger, et, en France, ceux de Magnan et Charcot, Chevalier, Garnier, . Vallon, Régis, Ïhoinot, Féré, Lacassagne, Rall, Motet, Sérieux, Joanny Roux, Toulouse, etc., etc.

Il en est des impulsions sexuelles comme de, toutes . les impulsions : elles peuvent se présenter, en clinique, sous les types réflexe pur, psycho-moteur ou psychique obsédant. Elles peuvent aussi et c’est habituellement de la sorte qu’elles sont étudiées, être divisées en deux grands groupes suivant qu’elles tendent à des actes sexuels normaux ou à des perversions sexuelles.

L’impulsion sexuelle proprement dite est la ten- / dance impulsive morbide à la satisfaction du besoin génital. Elle se traduit, le plus souvent, non seulement par son caractère impérieux, irrésistible, mais aussi par son inassouvissement, malgré des répétitions aussi fréquentes que rapprochées. Elle s’observe dans la plupart des états psychopathiques caractérisés par de l’exaltation fonctionnelle et où déjà nous avons signalé d’autres tendances impulsives : les pro-

I. Krafft-Ebing. Psychopatia sexualis, traduit sur la 8® édition allemande par Emile Laurent et Sigismond Gsapo, Paris, 1895.

dromes de la manie, l’excitation maniaque, intermittente ou circulaire, la paralysie générale au début. Souvent, elle s’associe à une propension également instinctive, automatique et insatiable à la masturbation qui, dans certains cas, peut exister seule, notamment chez les dégénérés inférieurs.

Les perversions sexuelles impulsives sont tellement nombreuses qu’il nous est impossible de les décrire, même tout à fait sommairement ici et que nous ne pouvons que nous borner à énumérer les principales, renvoyant, pour plus de détails, à l’ouvrage classique de Krafft-Ebing ou au rapport présenté sur ce sujet à la section de psychiatrie du Congrès international de 1900, par M. Paul Garnier h

Nous nous contenterons de mentionner sans y insister, parmi les perversions sexuelles susceptibles de se présenter avec le caractère impulsif, certaines propensions morbides, telles que la pédérastie et le tribadisme, bien connues depuis longtemps, qui s’observent de préférence chez les dégénérés, les hystériques, les alcooliques, et dans lesquelles à la perversion se mêle souvent un certain degré de perversité, qu’il n’est pas toujours facile de distinguer.

Nous dirons uniquement un mot des perversions sexuelles plus récemment mises en lumière et que nous diviserons, avec Krafft-Ébing et la plupart des auteurs, en : i° exhibitionnisme ; 2“ fétichisme ; 3 “ sadisme ; 4 “ masochisme ; 5 ” uranisme.

I. Paul Garnier, Les perversions sexuelles obsédantes et impulsives au point de vue médico-légal. Rapport au Congrès international de médecine de 1900, section de psychiatrie.

A ces formes simples, on peut ajouter les formes mixtes, dans lesquelles plusieurs de ces perversions s’associent entre elles et dont les principales sont celles que nous désignons sous le nom de sadi-fétichisme et de maso-fétichisme.

Exhibitionnisme. — M. Garnier définit l’exhibitionnisme impulsif, « syndrome de la dégénérescence mentale » : « une perversion sexuelle, obsédante et impulsive, caractérisée par le besoin irrésistible d’étaler en public, et généralement avec une sorte de fixité d’heure et de lieu, ses organes génitaux, à l’état de flaccidité et en dehors de toute manœuvre lubrique ou provocatrice, acte en lequel se résume l’appétit sexuel et dont l’accomplissement, en mettant fin à la lutte angoissante, clôt l’accès ».

Cette définition donne une idée très exacte de l’exhibitionnisme impulsif type, à caractère conscient, obsédant, intermittent et paroxystique. Mais elle ne comprend pas tous les cas d’exhibitionnisme impulsif, notamment ceux où il n’y a ni Lutte obsédante, ni conscience complète, ni fixité d’heure et de lieu et où l’exhibition s’accompagne d’érection, de masturbation, etc. Ceux-là, on les observe non seulement chez les dégénérés, mais aussi chez les sujets en voie de dégradation et de décadence mentale, comme les alcooliques chroniques, les déments, les épileptiques, les paralytiques généraux.

Une particularité curieuse à signaler, dans l’histoire de l’exhibitionnisme obsédant, c’est la tendance pour ainsi dire instinctive qu’ont les malades à exécuter leur acte dans les endroits qui jurent le plus avec sa nature obscène, par exemple devant des ateliers

de jeunes filles, et principalement dans les églises, aux yeux de femmes ou même de religieuses en prière. M. Garnier, recherchant à quel mobile obéissent les sujets en agissant ainsi, se demande « si quelque sentiment donnant comme l’impression d’un vague réveil de l’ancien culte phallique en honneur à Rome et à Athènes n’interviendrait pas dans la solennité avec laquelle ils s’exhibent ». Nous croyons que l’explication est plus facile et plus simple.^ Si l’exhibitionniste est fréquemment poussé à opérer dans les lieux consacrés au culte, c’est surtout parce que c’est là qu’il devrait et voudrait le moins le faire ; en vertu de cette loi d’antithèse et du contraire, si curieuse et si typique chez beaucoup d’obsédés, qui oriente leurs tendances juste dans le sens le plus grave ou même à l’opposé de leurs désirs : le mari qui adore sa femme et la femme qui adore ses enfants sentant leur obsession homicide se tourner précisément contre eux ; la jeune fille pieuse et chaste sentant venir sur ses lèvres, toutes les fois qu’elle veut prier, un blasphème abominable, etc., etc. Et cé qui prouve bien qu’il en est vraiment ainsi, au moins dans bien des cas, c’est que certains malades, comme celui cité par M. Garnier lui-même, disent cc qu’il n’y avait point l’intention d’une révoltante offense dans leur exhibition, que ce serait plutôt le contraire ».

Fétichisme. — Le fétichisme, syndrome de la dégénérescence mentale, dit M. Garnier, est « une perversion sexuelle obsédant et impulsive conférant tantôt à un objet auquel nos usages prêtent une signification sexuelle (fétichisme impersonnel), tantôt à une partie du corps (fétichisme corporel), le pouvoir

exclusif de produire l’orgasme génital, le fétiche étant, soit directement, soit par évocation ou représentation mentale, l’élément à la fois nécessaire et suffisant de l’excitation sexuelle ».

Le fétichisme se présente en effet sous deux formes : le fétichisme des objets, et le fétichisme d’une des parties extra génitales du corps.

Le fétichisme des objets se manifeste par les tendances les plus variées et les plus singulières : la recherche passionnée et impulsive des mouchoirs de femmes, des pantalons, jupes, robes, bas, tabliers blancs, manteaux de laine, de velours ou de soie, chapeaux, bonnets de nuit, souliers à clous, etc., etc. Beaucoup vont jusqu’au vol pour se procurer leurs fétiches soit pour les collectionner, soit pour les revêtir etla vue, le toucher ou le port de ces objets détermine souvent chez eux, avec ou sans l’aide de manœuvres onanistiques, l’orgasme génital.

Le fétichisme du corps peut également s’objectiver sur toutes ses parties : cheveux, nez, oreilles, bouche, seins, mainsj, fesses, pieds, etc., etc.^11 peut conduire les obsédés des cheveux à couper, voler et collectionner des nattes (coupeurs de nattes de Motet, Krafft-Ebing, Garnier) les obsédés des fesses à se serrer, organes à nu ou non, contre les bassins des femmes dans les foules, d’où le nom de frotteurs sous lequel ils sont connus de la police spéciale qui, à Paris et dans les autres capitales, connaît bien leur passion maladive (Mage : Un joli monde).

Sadisme. -— Le sadisme pathologique, syndrome de la dégénérescence mentale, est une perversion sexuelle obsédante et impulsive caractérisée par une

dépendance étroite entre la souffrance infligée ou mentalement représentée et l’orgasme génital, la frigidité restant d’ordinaire absolue sans cette condition à la fois nécessaire et suffisante (Garnier). On pourrait définir aussi le sadisme, ou, comme on l’appelle parfois, le tyrannisme, une perversion consistant à n’éprouver de volupté génitale que par domination ou violences exercées sur des personnes du sexe opposé ou du même sexe, sur des animaux ou sur des objets.

Le sadisme étant, de toutes les perversions sexuelles, celle qui conduit aux actes les plus graves, on peut cliniquement en établir un certain nombre de degrés, d’après la gravité même de ses effets.

Au degré le plus léger, on a le sadisme purement platonique, c’est-à-dire celui qui se satisfait simplement en imagination par la création ou l’évocation soit mentales, soit contées, écrites, dessinées, peintes, de scènes de violences, ces créations et évocations symboliques suffisant à provoquer la volupté.

A un degré plus marqué, il y a déjà des violences réelles, mais plus ou moins légères : coups, flagellations, morsures, piqûres sur divers points du corps.

Au troisième degré, nous trouvons les blessures sérieuses, allant parfois jusqu’à la mort : section des lobules d’oreilles, du nez, de morceaux de chair, mutilations diverses, meurtre simple.

Enfin au dernier degré, se placent d’horribles monstruosités telles qu’assassinats avec égorgement, éventration, ablation des organes génitaux, étripement, dépeçage, absorption du sang ou de la chair de la victime, jusqu’à la violation des cadavres et au

vampirisme dont un eicemple, le plus macabre et le plus bestial qui ait jamais existé, vient de se produire au Mu y il y a à peine quelques jours*.

On consultera sur tous ces faits, en particulier sur le sadisme et le dépeçage, en dehors des ouvrages classiques déjà cités, les récents travaux de Lacas- SAGNE®, de Nina Rodrigues^, d’Alb. Prieur'*, de Pitoiset'*, de a. de Saint-Vincent de Parois®, etc.

Les divisions du sadisme que nous avons admises sont bien des manifestations à divers degrés d’une même perversion, séparées non par des différences absolues, mais par des transitions insensibles. Et la preuve, c’est que les malades peuvent passer très bien de l’une à l’autre. « Il n’y a pas si loin qu’on pourrait le croire entre l’impulsion intellectuelle, comme disait Ball, et l’impulsion motrice puisque, suivant la psychologie moderne, toute idée est un mouvement qui commence. Entre le dégénéré sadique qui, en imagination fesse, fouette et cingle les femmes jusqu’au sang, et celui qui les tue, les mutile, les éventre et les souille réellement, il n’existe qu’une différence de transition et de degré. Il y a là une

1. A. Epaülard, Vampirisme, nécrophilie, nécrosadisme, nécrophagie. Thèse de Lyon, 1901.

2. Lacassagne, Vacher l’éventreur et les crimes sadiques. Bibliothèque de criminologie, Storck, Lyon, 1899.

3. Nina Rodrigues, Des conditions psychologiques du dépeçage criminel. Archives de l’anthropologie criminelle, janvier 1898.

4. Alb. Prieur, Essai sur la psychologie du dépeçage criminel. Le Mercure de France, 1901.

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