‹ Les Obsessions et les impulsions, par les Drs A. Pitres,... E. RégisChapitre 92 sur 114 · PiToiSET, Du dépeçage criminel. Thèse de Paris · texte numérisé non relu

PiToiSET, Du dépeçage criminel. Thèse de Paris

6 . A. DE Saint-Vincent de Parois, Du dépeçage criminel. Thèse de Lyon, 1.902.

chaîne ininterrompue de manifestations impulsives de l’instinct sexuel, qui s’expliquent et se complètent les unes par les autres »

Le sadisme peut s’exercer non plus seulement sur les humains, mais sur les animaux. Les auteurs ont cité de nombreux faits de ce genre. Les plus intéressants peut-être, au point de vue du mécanisme et de l’interprétation psychologiques, sont ceux qui se produisent chez les enfants, soit dans le bas-âge, soit surtout au moment de la puberté et ici encore nous saisissons sur le fait l’influence des grands mouvements de la vie génitale sur l’impulsivité.

Le sadisme peut enfin, comme et avec le fétichisme, se porter sur les objets, ainsi que l’ont montré Krafft- Ebing, Garnier et Vallon, qui ont cité des cas dans lesquels le sadique s’attaquait non plus aux personnes elles-mêmes, mais à leurs vêtements et éprouvait une véritable volupté génitale à souiller, tacher d’encre, asperger de vitriol, couper, lacérer, brûler une robe, ou toute autre partie de la toilette féminine.

Le sadisme s’associe souvent au fétichisme pour constituer une sorte de perversion double ou mixte, le sadi-fétichisme. Il en est ainsi notamment, chez les coupeurs de nattes, les piqueurs de sein, les coupeurs de lobules d’oreille, les flagellateurs de fesses. Ainsi que nous l’avons montré, une des deux perversions, le sadisme, domine presque toujours dans cette association, le fétichisme servant surtout à fixer sur telle ou telle région du corps les tendances impulsives.

I. Régis, Un'cas de perversion sexuelle à forme sddique. Archives de l’anthropologie criminelle, 1899.

Le sadisme, avec ou sans fétichisme, a, comme on voit, les relations les plus étroites avec la cruauté. Ces relations sont telles que beaucoup d’actes de cruauté envers les humains ou les animaux ont, à l’insu même parfois de leur auteur, une origine plus ou moins sadique. Il en est ainsi, par exemple, de certains mauvais traitements corporels dont l’usage n’a pas entièrement disparu encore, en particulier des fessées et flagellations infligées à des enfants, des domestiques, des inférieurs, par des maîtres et des supérieursainsi que de certains entraînements violents des foules se traduisant soit par le goût de spectacles sanguinaires comme les courses de taureaux (Féré) soit même par des crimes plus ou moins horribles et plus ou moins nombreux, sur lesquels nous aurons à revenir (crimes des foules).

Masochisme. — Le masochisme est la perversion inverse du sadisme. Elle consiste à n’éprouver de volupté génitale que par domination ou violences subies. Le terme de masochisme lui a été appliqué par Krafft-Ebing d’après le nom de l’écrivain hongrois Sacher-Masoch qui, dans ses romans, a mis en scène des cas de ce genre. On l’appelle aussi, avec Raffalovitch, d’un mot plus exact, lepar' opposition avec le tyrannisme, synonyme de sadisme.

Nous pourrions reconnaître au masochisme ou passivisme, ainsi cpie nous l’avons fait pour la perversion précédente, une série de degrés progressifs.

Au premier degré, tout se borne à la production de

I. Cabanes, La flagellation dans l’histoire et la littérature. Imprimerie Daix, Clermont (Oise), 1899.

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la volupté génitale par la création ou l’évocation en imagination de scènes dans lesquelles le sujet joue le rôle passif.

Au deuxième degré, le sujet se complaît voluptueusement à se faire commander, gronder, punir par une femme, à s’agenouiller ou à se coucher à ses pieds, à prendre devant elle les attitudes les plus humbles, à se charger des besognes les plus humiliantes et les plus grossières, etc.

Au degré le plus marqué, ce passivisme purement symbolique ou moral ne suffit pas et il faut au malade, pour arriver à la volupté, des violences matérielles plus ou moins graves, depuis les soufflets et surtout la fessée, jusqu’aux coups et aux blessures sanglantes.

Gomme dans le sadisme, il n’existe que des transitions insensibles entre ces divers degrés de la perversion et beaucoup peuvent passer de l’un à l’autre ou les présenter simultanément. C’est ce qui existait chez Je AN-Jacques Rousseau, le type du parfait passiviste qui, ayant éprouvé une grande volupté sexuelle sous la fessée de Lambergier, cherchait à nouveau les occasions de se faire ainsi frapper ( 3 ® degré) ; mais, n’osant demander aux femmes de le fouetter, il satisfaisait sa passion en exhibant de loin son derrière sur leur passage, comme en une sorte d’évocation « du traitement désiré » (i®'' degré), ou en prenant vis-à-vis d’elles des attitudes de sujétion et d’hu mili té (2® degré). « Être aux genoux d’une maîtresse impérieuse, — a-t- il écrit — obéir à ses ordres, avoir des pardons à lui demander, étaient pour moi de très douces jouissances » (Confessions).

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Gomme le sadisme également, le masochisme peut s’associer à d’autres perversions pour constituer en quelque sorte dès états mixtes. Nous venons de voir chez Rousseau un mélange de masochisme et d’exhibitionnisme, ce qu’on pourrait dénommer le maso-exhibitionnisme. L’un de nous a observé aussi avec M. Mongie un cas très net de maso-fétichisme chez un individu qui ne goûtait la volupté que lorsque, revêtu de bas noirs et de souliers jaunes, il était grondé, enfermé, mis au pain sec, attaché, battu, par une femme également en bas noirs et en souliers jaunes.

Uranisme ou inversion sexuelle. — Nous nous bornerons à signaler ici Vuranisme (inversion génitale ou sexuelle, homosexualité) perversion caractérisée par la direction exclusive de l’inclination amoureuse vers les personnes du même sexe. Elle offre moins en effet que les perversions précédentes le caractère impulsif. Tous les auteurs qui se sont occupés de l’uranisme et ils sont nombreux, surtout en Allemagne, ont insisté sur les différences très nettes qui le séparaient de la vulgaire pédérastie. L’uranisme est une anomalie avant tout psychique, consistant dans une inversion du penchant sexuel, quelque chose, ainsi qu’on l’a dit, comme une âme de femme dans un corps d’homme, et réciproquement. Il peut évidemment conduire à des actes contre nature, à la pédérastie en particulier, mais il s’en faut que cela soit constant. Souvent, l’uraniste est chaste à proprement parler et tout son bonheur peut consister, s’il s’agit d’un homme, à se vêtir, à se parer, à travailler, à vivre en femme, ou à aimer idéalement un homme comme une femme pourrait

l’aimer ; à sentir, à vivre et à aimer en homme, s’il s’agit d’une femme.

Toutes les perversions sexuelles que nous venons de passer en revue et qui se manifestent par des obsessions et des impulsions d’une importance capitale au point de vue clinique et médico-légal sont dues, avant tout, à la prédisposition morbide originelle et germent, par conséquent, sur un sol essentiellement dégénéré.

Le terrain, ainsi préparé, qu’un incident susceptible de frapper l’imagination du sujet et de créer une association psycho-génitale survienne dans sa jeunesse, voire dans son enfance, et voilà désormais sa vie sexuelle orientée exclusivement, impulsivement, vers une perversion en rapport avec l’incident primitif. C’est ce qui explique comment la plupart des pervertis sexuels sont devenus fétichistes, sadiques, masochistes, etc., à la suite d’une première émotion sexuelle liée à la vue d’une partie du corps de la femme on d’un de ses vêtements, au spectacle ou à la sensation d’une fessée donnée ou reçue, etc.

Mais, ce qui prouve que ce facteur accidentel ne joue qu’un rôle secondaire, c’est que, en présence du même fait, les dégénérés peuvent verser dans une perversion différente, devenir par exemple les uns masochistes et les autres sadistes, au vu d’une fessée. D’où cette conclusion tant de fois répétée par tous les aliénistes, que la prédisposition congénitale est le facteur absolument prépondérant et que l’incident occasionnel ne détermine que des effets morbides en rapport avec le tempérament et l’idiosyncrasie de l’individu.

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