‹ Les oculistes gallo-romains au 111e [troisième] siècleChapitre 7 sur 25 · LE CACHET DE GAIUS FIRMIUS SEVERUS · texte numérisé non relu

LE CACHET DE GAIUS FIRMIUS SEVERUS

(Planche IV, fig. 7.)

Ce cachet en serpentine verdâtre est de forme rectangulaire, mesurant 55 millim. de long sur 20 millim. de large et 6 millim. d’épaisseur, les arêtes sont en biseau. Il ne porte d’inscription que sur une seule de ses faces, les lettres bien formées sont hautes de 4 millim.

GFIRMSEVERDIASMY

Il faut lire: Collyre à la Myrrhe de Gains FirmiusSeverus. Le prénom Gaius, le nom de famille ou gentilicium Firmius et le surnom ou cognomen Severus ne nous disent

rien, pas même si notre oculiste était un affranchi, car les surnoms aussi étaient héréditaires. Le prénom Gaius devait être fréquent du 2e au 4e siècle, puisque nous le retrouvons quarante fois sur les 199 cachets étudiés par Espérandieu. Le gentilicium Firmius ne se présente sur aucun autre cachet. Le cognomen Severus se lit une seule fois sur un cachet trouvé à Reims et aujourd’hui placé dans la collection de M. Louis Lucas, à Dijon. C’est celui de Titus Assuetinus Severus.

Le cachet que nous étudions présente cette particularité fort rare de ne porter d’inscription que sur une seule de ses faces. Un seul médicament s’y trouve signalé sans indication de la maladie contre laquelle il doit être employé, ni de la façon dont on doit en user.

Le Collyre à la Myrrhe était d’un usage fréquent chez les anciens puisque sur les 199 cachets connus, on le voit mentionner 49 fois. Dans vingt-deux cas 1 inscription porte qu'il sera employé post impetum Lippitudinis, c’est-à-dire après que l’acuité de l’ophtalmie aura disparu. Une fois ad sedatus Lippitudinis, pour apaiser l’inflammation; une fois ad impetus oculorum, contre l’inflammation aigue; trois fois ad aspritudinem, contre les granulations ; une fois contra cicatricies, contre les cicatrices; une fois adveteres cicatricies, contre les anciennes cicatrices. Quatorze fois l’inscription ne désigne pas la maladie contre laquelle le collyre sera employé. Une fois ad omnia vitia ex ovo, contre toutes les affections oculaires mélangé à du blanc d’œuf. Cette expression ad omnia, ad omnem, contre toute espèce..., se trouve souvent sur les cachets. Une fois post impetum lippitudinis ex ovo, une fois post impetum ex ovo, neuf fois les inscriptions portent ex ovo, une fois on lit Diasmyrnes lene, une fois Diasmyrnes acre. Les mots ex ovo signifient que le collyre sera dissous dans du blanc d’œuf afin d’en atténuer l’action, de l’adoucir pendant la plus grande intensité de l’ophtalmie. Le cachet de Sextus Polleius Solenmis porte seulement Diasmyrnes lene. On a supprimé ex ovo. Nous voyons sur le cachet de Marcus Julius Sabinus, Diasmyrnes acre. Collyre de Myrrhe acre. Il était alors dissous dans l’eau. Le cachet de Lucius Caemius Paierons nous éclaire sur le sens à donner aux mots lene et acre.

Lucii Caemii Paterni Authemerum lene ex ovo, acre ex aquà.

Collyre du même jour de Lucius Caemius Pater nu s, dissous dans le blanc d’œuf comme topique doux, dissous dans l’eau comme topique acre, mordant.

« C’était, dit Aetius, vers le déclin de l'ophtalmie qu’on » employait les collyres dissous dans l’eau, au début de la

}) maladie on les dissolvait dans le blanc d’œuf. » Celse dit d’ailleurs : « Quo gravior quaeque inllammatio est eo magis » leniri medicamentum debet, adjuto vel albo ovi, vel

)> nuiliebri lacté. »

Une fois on lit sur l’inscription: Diasmyrnes delacrimatoriuni. Ayant remarqué qu’un llux de larmes abondant soulageait les malades duns certaines affections oculaires et

éclaircissait la vue, les anciens employaient souvent des collyres qui excitaient le larmoiement et qu’ils appelaient Delacrymatoria.

Les cachets portant cette inscription sont rares, je ne puis en citer que quatre :

Lucii Junii Macrini delacrimatorium. Hcerlen.

Marci Julii Charitonis diasmyrnes delacrimatorium. Dijon.

Titi Juniani Opobalsamatum stactum delacrimatorium ad cicatricies. Bath. étudié par Siebel.

Severianus delacrimatorius.. .. St-Germain.

Une fois l’inscription porte : Diasmyrnes dicentétos post impetum. Collyre à la Myrrhe doublement piquant, à employer après la plus grande acuité de la maladie. Le mot dicentetum vient de dis, deux fois, et rcevrew, je pique. Ce nom vient de l’efficacité du collyre contre les ophtalmies ou les amolyopies.

Une fois l’inscription porte : Diasmyrnes bis post lippitudinis impetum ex ovo. Collyre de Myrrhe à employer

deux fois dans du blanc d’œuf après la violence de l’ophtalmie. L’inscription indique le nombre de fois qu’il faut employer le collyre.

Une fois l’inscription porte : Diasmyrnes mixtum, c’està-dire c[ue le Collyre de Myrrhe était mélangé à d’autres ingrédients. Les oculistes ne s’astreignaient pas dans leurs

préparations à suivre la formule classique, ils la modifiaient selon les nécessités de leur thérapeutique. « Bon nombre )) de médecins, dit Celse (liv. vi, cliap. vi, § 2), ont préparé » pour les affections oculaires une foule de collyres, qu’on » peut en outre modifier par de nouveaux mélanges, car il » est facile d’y associer en diverses proportions des sub- » stances adoucissantes et légèrement astringentes. »

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