‹ Les odeurs de ParisChapitre 14 sur 71 · LE THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE

Le goût du théâtre, Tun des grands traits de la dé- * cSadence romaine, se développe dans la même proportion qu'il s'avilit. Les scènes publiques se multiplient et ne suffisent pas. On a des acteurs de société, des acteurs de famille, des acteurs de caserne. Parmi les passions de la démocratie, aucune n'est plus furieuse et plus générale que le besoin de la mise en évidence ; et ce qu^elle inspire de plus bas est ce qui réussit davantage^ la démocratie n'admirant volontiers que ce qu'elle a le plaisir de pouvoir en même temps mépriser on peu. Les enseignes pompeuses, les réclames, les cbarlataneries grotesques et ej&ontées, le théâtre, tout cela^ se tient, et tout cela fait bon marché de la dignité humaine. Un peuple de démocrates est un peu-

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pie d'histrions. L'histrionnerie monte aux honneurs, et patriciat descend à Thistrionnerie. Madame de Maintenon s'inquiétait d'avoir fait réciter devant la Gour^ par les jeunes filles de SaintrCyr, les nobles vers de Racine. U y a déjà quelque temps que nos plus grandes dames s'accoutument à débiter, en face d'un auditoire plus mêlé, du Scribe, ou pire encore. On ne nomme point de Racine inédit qui fiasse des chefsd'œuvre secrets pour ces actrices illustres, et les morceaux choisis de leurs rôles qui tombent — trop aisément — dans les journaux, font assez voir que leurs poètes auraient du chemin à faire avant d'être admis à travailler pour Thérésa.

Un penseur de la Bévue des Deux-Mondes nous conte que les soldats anglais, comme les nôtres, jouent la comédie au camp, mais avec cette particularité que les officiers eux-mêmes s'en mettent, « ce qui attire tous . les gens distingués des environs. » Le penseur, qui n'est autre que Ml Esquiros, se réjouit fort de ce progrès.

Et comme là pensée de M. Esquiros se porte toujours à quelque chose dé vaste et de pur, il espère que le goût des divertissements intellectuels (genre Scribe et Bayard) combattra bien avantageusement le goût de l'IVrogneriel... Je cueille une phrase qui me semble fournir l'idéal du style de Saumon-Buloz :

a L'ivrognerie est un des vices de l'armée anglaise. « Un moyen de restreindre ce penchant brutal ne « serait-il pas de cultiver de plus nobles passe-temps?...

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c Au milieu des mornes et lointaines solitudes où la f Grande-Bretagne entretient des postes militaires, t les resBOurces dramatiques contribuent à soutenir t ou à relever le moral des troupes. »

Quant à moi, je trouve que le sérieux s'en va considérablement du monde.

J'accorde que la Bévue des Deux-tfondes n'y perdra rien.

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