‹ Les odeurs de ParisChapitre 19 sur 71 · LE LOUVRE · texte numérisé non relu

LE LOUVRE

Notre nouveau Louvre est fastueux et frivole ; colossal, non pas grand. Le colossal est aussi loin du grand que le joli est loin du beau. L'ornementation est à our trance ; elle voulait dissimuler la lourdeur de ces masses, elle n'a réussi qu'à les enjoliver. L'eiqolivement rapetisse, il n'embellit pas. L'énorme bâtiment a perdu

peutrètare un peu de sa taiEe, il est phis.louideiuiote. n a l'air d'un yiilgaîre enrichi» tout chargé de brele- •^pes et très-bourgeonaé. Oft ne voit que vdes ligaea qpii broiûUent, des superpositiojis et des entassements qpi . assomment. Quoi de plus oianqûé et de phis maos* sade que ces pesants pavillons à longues oreilles qui ne sont ni pointus, ni ronds, ni carrés, ni ovales? Mcds le Louvre ne se contente; pas d'étaler des laideurs, il dit des sottises.

Je ne relève pas les incohérences, les lieux communs, les indécences des figures allégorique^. Il en est là qui passent tout ce que l'on avait jamais vu en fisdt de niaiserie et d'audace malhonnête. Assurément, de teUes gaudrioles sont étranges autour d'une demeure impériale, en pays chrétien. Néanmoins une vieille corruption du goût les admet. C'est classique. Elles ont d'ailleurs quelque sorte de voile. Cette Vénus s'ap* pelle la Navigation, cette bacchante V Abondance, ces gnidiennes sont la Justice, la Prudence, h Tempérance, l'Agriculture, etc. Moyennant ces noms, en dépit de la nudité et des attitudes, et du coup de ciseau moderne, nous les réputons femmes de bien. Mais quelle fiction peut déguiser l'outrage que les statues dites historiques font subir à une autre et plus délicate pudeur.

Ces statues histQri<pies, jri^ni^rnlmuHil diSpUsanles et souvent d'un ridicule achevé, sont celles ^Bf^Ston-

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^m illustres — ou reconnus tds. dans les bureaux du LouTre.

Tout le monde ne. sait, pas ,que les bureaux. du Louvre décernent Tapothéosè dans le Lquytq , sans plus de façon qu'ils instituent les amderges et les balayeurs du bâtiment. Peut-être même qu'ils ont pins de licence dans la première de ces c^iérations que dans la seconde. Ayant de faire un balayeur et un concierge, il faut probablement une ^ei^quète, on examine la moralité du candidat; pour la canonisation, c'est assez dij^ goût des bureaux. Les bureaux élisent le personnage, et c'est eonune si la France avait prononcé ; ils dressent incontinent la statue.

Us en ont aie si dressé un demi-cent environ, que je •ompte, à divers titres, au nombre des plus impertinents soufflets dont je suis régalé quotidiennement en ma qualité de membre du peuple français et du peuple chrétien.

Tous les soufflets sont désagréables, mais surtout les soufflets de bui^eau ; et nos bureaux ne laissent pas d'eu donner beaucoup I

Dan9 le ciel il y aura diverses demeures ; ce n'est pas la même chose au Louvre. Les gloires de tous g^enres y paraissent rassemblées et bousculées en un pêle-mêle et une promiscuité qui dénotent assez la préméditation. Des écrivains, des bonunes d*Ëtat, xies magistrats , des savants , quantité d'architectes (ils doivent bien rire I), des. peintres, des graveurs, xm médecin , un jardinier, des , philosophes — «t des

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saints ! Désordre plein d'art, calctdé pour montrer le large esprit de ces Messieurs des bureaux. Il y a là des côte-à-côte et des vis-à-vis qui ne sauraient être reflet du hasard.

Ces Messieurs des bureaux ressentent une complaisance marquée pour les artistes. Je ne leur en fais pas reproche, et l'on accepterait qu'ils eussent arrangé cette cour du Louvre pour être une sorte de Panthéon de l'art du bâtiment en France. Cela donnait place à l'architecture, à la sculpture, à la peinture, à l'art des jardins, et même, s'ils y tenaient beaucoup, à la grar vure. On admettrait alors le bon jardinier Le Nôtre à côté du grand architecte Philibert Delorme ; les bons graveurs Audran et Dupérac, à côté des grands statuaires Jean Goujon et Goysevox; et quoique les comparses dussent abonder dans la collection, l'on pouvait en trouver trois ou quatre encore à hisser sur les piédestaux (^'occupent fort indûment le financier Jacques Cœur, le médecin Ambroise Paré et l'inventeur Denis Papin, lesquels n'ont absolument aucun titre à figurer ici.

Suivant cette donnée, il n'y avait à exclure que les hommes qui ont déshonoré leur talent. De ce nombre est le sculpteur Clodion, artiste corrompu, fort peu estimé pour ses grands ouvrages et qui doit toute sa gloire aux bagatelles obscènes par lesquelles il a égalé son contemporain, le peintre Boucher. La place de Clodion, élu des bureaux, n'est pas sur un monument public, elle est dans un boudoir public. On insulte les

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graves et honnêtes artistes auxquels on accouple un pareil compagnon.

Mais Messieurs des bureaux n'ont pas touIu seulement glorifier l'art de bâtir et d'orner les édifices : ils ont prétendu décerner des récompenses à tous les mérites et élever leur décoration à la hauteur d'un enseignement. Or, l'enseignement qui résulte des choix qu'ils ont fait, c'est que tous les mérites sont égaux, et que ce Glodion, par exemple, a parfaitement droit à sa statue sur la même ligne que Pujet, d'Aguesseau, L'Hôpital et Richelieu, sur la même ligne que Bossuet, Jean Racine et saint Bernard I Car saint Bernard est là, prêcliant la croisade, entre La Bruyère et Turgot; et Voltaire est à deux pas, entre Bossuet et Racine ; et il y a aussi Jean-Jacques Rousseau et Gondorcet, et aussi Abailard, et aussi Rabelais — à côté de saint Grégoire de Tours.

Or, je ne suis pas du tout *sûr que les bureaux venant à lire cette page, comprennent bien l'indignation qui l'a dictée. — A qui en a-t-il ? et où est le mal de mettre Rabelais à côté de saint Grégoire de Tours? N'est-ce pas un grand honneur que nous avons fait à son saint Grégoire de Tours, qui n'est qu'un chroniqueur barbare, tandis que Rabelais est un écrivain parfait ! — Et Voltaire ? est-ce que ce n'est pas un esprit sublime, égal à Racine dans la poésie, égal à Bossuet dans la prose et beaucoup plus varié?-—

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Es^ce ^qo^Abailard n'est pas un grand théologien

-comme saint Bernard , et sommes-nons forcés de

iihoiBir entre les écoles? — Est-ce que les boréaux ne

. doivent pas couronner toules les gloires comme la

. France aime tous ses en£eaits? Est-ce qu'il y a un

.jnensonge et une vérité, un bien et un mal? Est-ce ,^e ces hommes, qui se sont combattus sur la terre, . ne sont pas maintenant d'accord dans le sein de Dieu, : également récompensés des lumières et de l'agrément

•qu'ils ont répandus sur le genre humain?

Tâchez de faire entendre autre chose dans les hu- ^Manxl

HAUTS CBITTQUB.

oLa foi catholique adonné au monde Mozart, comme

.«elle lui avait donné Raphaël. Tous deux sont ses en-

..(Eants, ses élèves, ses inspirés; ni l'un ni l'autre n'a

., jamais perdu le caractère chrétien. Ce ne sont pas des

«.«aints, si l'on veut ; m sont, 'on veut, des pécheurs ;

lOnt porté, la vi^, ils en ont éprouvé les tentations,

ea-ont subi les. chutes.- Mais leur esprit, leur ème,

<leu£ vie même, tout est resté ehcétien, et ils sont morts

ahcétiens comme Hs. «iraient vécu, les yeux, tournés

76r«rl«^ mi^ l'intelligeni» pleine de ses dartés». C'est ce

ri

BBAUX-ÀBTS BT BKXBS-IBTTRBS. |M

foe oonatatent leurs oa^ragea^ ce (pi'ottasteat fto«a tes jàocumeutSmJj^ lettres de Mozart nous font wf l'Ama I Ja{duadaucfB,Uplu3ÂiapIetl^plus£auudie dumaudo, et l^ pltts.ingéimejneutattacfaée & la ibi. Bans un siàqU misérable et très-insolent, le siècle de Voltaire, cetU àme droite n.'^{)pacalt, pas un moment tentée contra les Térités de la Révélation. .H. en est de mème;de Bapba^^ au jnikeu d'une teifipëte analogue. Raphnël lia yeîlle du Proteetantiame, Mozart à la veille deja fiévolutio^, sont deux vrais et âimplea fidèles* La sève cathcdfque, lon^qu'on la dit ^puisée, produit ces deux .fleurs jncoipparables. Toute la fraîcheur, toute Ja grâce, toute la force et toute la splendeur du génies voilà le chant, du çjfpnei catho4que au moment deja mort.

Il yva un jeune .homme cfihezM«£uh)z qui ne.^xouva pas cela conforme à sea idées. Ce jeune homme amîa dans sa tète bulozienne, qu'.ua.gsand. artiste tel.cpie Mosart ne pouvait être un stupide bon chrétien comma ce misérable troupeau de .petites^gens qui ne hantant point, la. Hevue JksJDeuxrMûnd^f.Qii. qui aiqtiplâment la traveiPsent sur.la,ipûinte.dq piedy.nYftonchantocpia le moins qu'ils peuvent) ^ur ifintrer auasitdt»danaJi cii^échîame, Api^s avoir •swgneniu'JBW ut essyii^é^rletf chaussure.

Notro] bulozien s'applique .à £sir&,Am. Mozart, ^pins pH^scmtnM^^P plus .digne idu KasMase.^iGaf ,f.ailSm. il

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faut qu'un artiste soit vivant et penseur, et l'on est

(f accord que ces bons chrétiens ne vivent pas et sur-

' tout ne pensent pas I Chacun sait que le catéchisme est

'une camisole de force qui empêche de vivre et de

' penser.

Tout en laissant à Mozart son habitude et sa pra- ' tique religieuses, qu'il n'y a nul moyen de lui ôter, il le dépeint comme im débauché et même comme un drôle, qui déc6uche, qui hante les tripots , qui court les bals publics déguisé en pierrot, qui ne donne à la composition que les restes d'une nuit de fredaines. 11 y a tripots, il y ^pierrot, il y a fredaines. Tous ces hideux mots autour du nom de Mozart 1 — Mais c'est à dessein de faire honneur à Mozart, et d'attester davantage son génie.

Le bulozien développe sa pensée en expressions de plus en plus choisies et harmonieuses : '^ a Pour le prémunir contre les iNCONVÉNiEZfTS qui^ ^ « chez tout autre, auraient pu résulter de ce contact a avec un monde frivole et dépravé, Mozart avait ' « l'instinctive pureté de sa nature, son heureuse ironie « et cette vigoureuse santé de l'àme oui fit qu'a tra- ' a vers les mille orages d'une existence assez dissolue, ' « ce jeune homme resté chaste jusqu'à vingt-six ans. a ne faillit jamais à ses croyances, d

Voyez comme cela s'arrange bien, et comme tout s'explique : Une vie assez dissolue, une vie de chenapan, mais une pureté instinctive de nature ! Des fréquentations ignobles et des habitudes qui ne le sont

pas moins, mais une vigcuretise sanié de tâme et des croyances qui ne fléchissent pas ! Tout se fait contrepoids, tout vient à point. La pureté instinctive de nature prémunit contre les tnéroRvéntén/;^ qui pourraient résulter de la débauche ; le goût des tripots et les entraînements aux plaisirs qu'on y trouve, prémunissent contre les inconTénients de Finstinctive pureté de nature et des croyances qui ne fléchissent pss; et Tinstinctiye pureté de nature et les croyances qui ne fléchissent pas, et les habits de pierrot, et le contact du monde dépravé, et les nuits de fredaines continuent pour entretenir la vigoureuse santé de l'âme, qui entretient elle-même la belle flamme du génie. Ainsi raisonne la critique chez M. Buloz.

Toilà donc Mozart viveur, mais ce n'est qu'un petit mérite ou ce n'est rien; il faut que Mozart soit penseur. Penser, voilà le point. Qu'est-ce que penser ? Beaucoup de gens se sont chargé de nous l'apprendre, et je ne me pique pas de le savoir. Rousseau de Genève disait : a L'homme qui pense est un animal dépravé 1 1> Ils n'articulent pas aujourd'hui qu'il faut être dépravé pour penser, mais leurs définitions tournent bien un peu autour de cela. Un penseur! Quand ils prononcent ce mot, quand ils décernent cette couronne, ils entendent essentiellement un esprit qui s'est échappé n'importa par quelle issue des limites de la foi catholique, et qui fait des efforts, n'importe quels, pour n'y

pafl rentrer. Plus à leurs yenx il s'en éloigne, ce qui ne prouva rien, plus à leurs yeux il est penseur, ce c[ui prouve moins encore. Us n^appelleront jamais Boàsuet penseur,' ni aucun père de TÉglise; Joseph dé Hàistre et Bonald ne sont ^oint penseurs dans la force et dans la gloire de l'expression : ils sont penseurs cathàlique$, note au moins restrictive; mais Rousseau de Genève, Diderot, Dalembert, Proudhon, M. Pierre Lhrousse et M. Pierre Leroux sont des penseurs, et Auguste Comte aussi,^ et mille autres. Quant à M. Buloz, je crois qu'il en est la pensée. Être un peu cuisti'e et pesant dé style ettout à fait sans stylé n'y nuit pas, Tobscuritë épaisse est tm bon signe, l'incompréhensibilité absolue lait merveille. Nous Talions voir.

a Mdzart;- continue lé critique, &èqucfflt8StTÊglite ; «il pratiquait, ce qui iie veut ^as-dîbe que son œuvre a ne s'étende pas au delà dé la foi révélée. » — Un prètrequi s'est occupé de Mozart, s'étonne ici, et demandé en quoi la musique de la Flûte enchantée dépasse e catéchisme- et va au delà dtt Concile de Trente? Mëis ce prêtre n'entend pas snfiîsamment le bulozien. L'autre poursuit : a En pareil cas, ce que pense l'artiste, ce qu'il dit et ce qu'il fait, n'est point tout. C'est à son œuvre qu'il faut s'adresser, et l'œuvre ici respire le sentiment de la plus absolue liberté de rintelligence humaine dans la recherche du beau, du vrai, du bien. » — Mais, observe encore le prêtre, en quoi la liberté de

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riiitelHgeBce est^elle contraire à la foi révélée, et qui a défendu à la foi d'un Fénelon, d'un Leibnitai, d'un saint Thbmas ou d'un saint Paul de recherchei lé vrai, , le beau et le bien? — * Lé bulozien reprend : a — Né «c dans la religion catholique, fils de parents dévots,^: « croyant lui-même, Mozart n'en est pas moins Yhomme « du dix-huitième siècle, Y être douéd'xme exubérance ^ de vie nerveuse et qui, refoulé en sùi par le forma- « lisme d'une société qui le tient à distance, s'il n'est c lé plus grand des musiciens, sera fatalement Wèr^ a ther. » Id le prêtre lève les yeux au ciel et se sent hors de combat. Il n'avait pas prévu a l'extâ^érance de vie nerveuse, » cette exubérance en vertu de laquelle Mozart, malgré a la vigoureuse santé de sou àme,» 86 serait brûlé la cervelle, s'il n'avait eu la consolation intérieure de se connaitre le plus grand des musiciens. Absolument déroutée par ce galimatias, la logique chrétienne demeure sans répartie.

Le bulozien. continue : a Pas plus que Shakespeare € et Goethe, Mozart ne s'est donc fait/» Cependant le prêtre a repris haleine : — Quoil Mozart ne s'est point fait? Mais il était le contrepointiste le plus savant, en même temps que le compositeur le plus original et le plus fécond I Mais, à trente-six ans, il a laissé huit, cents morceaux, et son génie ne sentait point de fatigue I Mozart qui a tant produit, Shakespeare qui a tant inventé, Goethe qui a tant étudié, vous dites que ces hommes ne se sont point faits? « — Moins encore que l'auteur d'ffamlet et l'auteur de Faust, reprend le

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bulozien, Toateur de Don Juan et de la Flûte enchantée NE doit porter la responsabilité de son génie. S'il fut à grand, pardonnez-le lui, car il ne savait ce quil faisait. Ce ne fut pas «a faute, mais celle de son pays, de son époque, dont il fut l'àme la plus sensible et partant la plus musicale, o — Mais, reprend le prêtre, vous vous contredisez ! Voilà que Mozart ne s'est point fait ni défait et qu'il n'est qu'une machine , un jeu d'orgue qui rend des sons sous le pied du siècle foulant ses pédales : que devient alors ce sentiment de la plus absolue liberté de ^intelligence humaine dont vous parliez tout à l'heure et par lequel, suivant vous, Mozart a cherché le vrai, le beau, le bien, fort au delà de l'enseignement de la foi révélée? — Basta! répond le bulozien; je conclus : La pureté instinctive de nature n'empêche pas de courir les tripots et de découcher pour jouir d'une société dépravée, en habit de pierrot; la vigoureuse santé de l'àme n'empêche pas d'avoir une exubérance de vie nervet^c; l'exubérance de vie nerveuse qui pousse fatalement un homme à se brûler la cervelle serait plus forte que les croyances qui ne défaillent pas, si cet homme n'était le plus grand des musiciens; et l'on devient aisément le plus grand des musiciens pour peu que l'on consacre à la composition les restes d'une nuit de fredaines; et pour faire de la bonne musique, il faut sortir de l'enseignement de la foi révélée, comme il appert de l'œuvre de Mozart; et cette sortie de la foi révélée est très-conciliable avec des croyances qui ne défaillent pas, car les croyances

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ne sont pour rien dans les inYentions de la musique^ pas plus que rinstinct de pureté et la santà de Tàme dans la conduite de la vie, ni la science non plus, ni la liberté intellectuelle non plus, attendu qu'une âme ne se fait ni ne se défait, ni ne sait ce qu'elle &it, et qu'il miffit d'avoir l'exubérance de vie nerveuse. La vie nerveuse, tout est làl Donc :

a DÉSORMAIS le beau divin est le beau humain : plus « d'antagonisme des deux principes, de lutte comme « au moyen âge ; l'idéal dans le sensuel, l'infini dans < le fini, une musiQUE qui, si quelque chose pouvait a l'égaler, ne trouverait son terme de comparaison a que dans la plastique dem Grecs ou dans la peinture . a de Raphaël... Le divin n'est ça dernier terme (toute a réflexion faite ! ) que Y humain dans sa beauté, son a harmonie originelle.... »

Et voilà comment Mozart passe au rang des pen« seursl

Le prêtre qui s'est occupé de Mozart, et qui est un homme instruit et naïf, ne revient pas de cette théorie, n raisonne, il s'étonne, il s'indigne, il apporte cent objections. Que Vinfini tienne dans le fini, est une proposition qui le dérange. 11 fait observer que le contenu ne peut être plus grand que le contenant, et que c'est, par conséquent, ime façon de parler tout à fait incorrecte et qui ne donne à l'esprit aucun -«ens clair et acceptable... Mais qu'il raisonne' tant qu'il voudra! M. Buloz a certainement admiré son jeune homme.

soft trmÊ'ii.^

Bioi, ce que j'admire paiv-deasiis tout, c'ért rerdlle de cet écrivain qui diasertede Mozart, le roi de l'harv moines et qui poossedea 8(»is^tel& que ceux-ci : Qui^i fi('tfU4irti^, ziqu^uihsiiqueiquij.^ et autres»^ J!y tODuvia une vraie image de l'harmonie de ses idées^ et'.isan»' me^pennettre de dim quil. ne devrait paa.6'èeciiper> d'esthétique nraâieale, j'indine à ^penser ^ qu'ils était. ^ plutôt né pour casai»: des pienes.

Quirfi^pi'>a4na l Ziqaetqui-siHfudqueJ.

uu.'^oiniBé

n.y aun.<livfe deHjHugoqiiiinepasBe'que^iialai* semant la frontière* IL est intitulé : Le» CMtitnenis, Je n'avais pu que^ l'entrouvnr lorsqu'il était dans sa fleur« Je viens de le lire tout entier, autant que la lec^ ture en est possible*» Dix mille vers, peut-être davantage! Le poète a fait cette dépense pour expliquer que ses ennemis politiques, la plupart au1i?efais ses oomfi pères, confrères et amis, sont — en toutes lettres, t— de$ voleurs, des brigands, des assassins,^ des gradins et triples gredinSy des cancres, des escrocs, des bouchers, des vidangeurs, des ivrognes, des Jésuites.

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Yerà le Guiciiiième niiltier; la fatigue se &it sentir, Pon commence à eiqaïUier 'dans les strophes, à samter même' des pièees entières.

Jésuite parait être Tinjore que ee b^ant nourrisson des Muses expectore avec plus de sonlagemetit.;Quand il a épuisé le vocabulaire bien plus ample que je viens d'abréger; quand il a donné à ses ennemis le nom de tous les criminels célèbres, Cartouche, Mandrin, ^Papavoine, Poulailler ,*Poulmann, Soufflard, Lacenaire, etc., etc. (car'il en sait pour faire un Dictionnaire des rimes), alors il leur crie : Jésuites/ C'est comme un coup de trompette qui lui rend vigueur et l'empêché de s'endormir à ses propres chansons.

Ce trait si accusé est un signe de race. Il révèle dans M. Hugo Taboodance de sang havtnite* M. Hugo est vraiment de cette famille d'esprits qui se nourrissent à la cuisine àxx Sièck. Qu'il pût cuisiner M- ^nttaie, je ne le dis pas. Les coàfectionnemrs du Siècle, moins ingénus, savent bien ce qu'ils servent pour dn jésuite.' M. Hugo vent en manger comme eux : mais de plus il croit, conmie un simple abonné, qu'il en mange, et q^i'ilse venge.

Oui, l'auteur ûes Contemplations est un métb'du bonhomme' Havin^ et dé la' Muse épique! Toilà un étrange mystère et je ne me charge pas d'exj^liquer eomonent a pu sf '^airé la rencontre qui a donùé ce pvodidt surprenant, mais les marques dé kdoUble

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origine sont sans nombre. Partout dans Tœuvre si volumineuse de M. Hugo, souvent dans la même page et jusque dans le même vers, le génie épique et le génie liavinique se montrent côte à côte ou merveilleusement enlacés. De là les gènes perpétuelles de l'admiration et de la critique. On a sous les yeux le plus grand poète et l'écrivain le plus saugrenu, des platitudes magnifiques, un sublime absurde.

M. Hugo semble ne pouvoir faire un vers prosaïque ni se servir d'une couleur qui ne soit aussitôt enscK leillée; Fins^^iration ne le quitte pas; sa parole, qui se sépare souvent de la pensée, ne se sépare jamais de l'image; et cette richesse, volontiers accablante, décore fréquemment une pauvreté volontiers ignominieuse. Des ùiyriades de mouches d'or et d'azur amoncelées sur quelque putriditél

Je me représente M. Hugo comme un artiste sans égal en qui le sentiment de l'Art s'est corrompu par la vanité d'étaler l'organisation particulière qui lui permet de vaincre la difficulté, et qui a cessé d'être musicien poiu* devenir exécutant. On raconte d'un homme de génie que je ne veux pas nommer, parce que je ne crois pas cette histoire, qu'il avait écrit un morceau de piano impossible. Pendant que les deux mains tenaient les deux extrémités du clavier, il fallait donner une note au milieu : il la donna, en frappant la touche de son nez. Si le fait est vrai, le grand

homme à qui on Timpute regretta d'avoir offense l'Art, il bannit de ses œuvres le morceau impossible. M. Hugo, tout au contraire, est fier de ces touches de nez, et ses œuvres en sont pleines. Nouveau trait de race havinique, le plus favorable peut-être de sa popularité.

Sa nature morale lui fait de plus mauvais tours. Il est vain, défaut que Ton n'oserait reprocher à un poète, mais il en abuse; et il a ime âme grossière et violente. 11 s'en gêne assez peu pour que Ton ne se gêne point d'en parler.

n avait contre ces misères et ces plaies de nature, le même remède qui est offert à tout le monde contre des infirmités égales. Le remède est le christianisme. Il l'a connu, il a préféré son mal; le genre hmnain tout entier sait avec quelle pompe, quelle ardeur et 4piel excès I

La vanité de M. Hugo s'enfle aisément lorsqu'on le critique; elle tourne à l'orgueil lorsqu'on le censure, et aussitôt, de son âme grossière et violente s'élèvent de grossières et violentes pensées, dont l'expression très-débordée le fait critiquer et censurer plus justement. Ces corrections plus justes lui sont plus amères, elles excitent davantage sa vanité, la poussent plus avant dans les' fureurs de l'orgueil, et cette passion exaspérée enflammant de plus en plus son âme violente, y soulève plus épaisse la fumée des grossières

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et violentes pensées. Ce n'est pas le moyen d'étouffer la ditique; elle y trouve de quoi dire, elle continue de parler : là, le poète ne se contient plus et le délire se déchaîne : il provoque ces éruptions de dix mUle vers dont le but, plus ou moins déguisé, n'est au£ond que d'éteindre et noyer le sifflet.

M. Hugo, peu fait pour la vie politique, s'y était gouverné de manière à devenir absolument ridicule, même odieux. La chute de la République fut pour lui la chute d'une pièce où il prétendait, bien à tort, une part d'auteur, et dans laquelle il croyait plus indûment encore représenter un principal rôle. Les Châtiments sont l'expression de sa double rancime d'auteur contre tous ceux qui Tout sifflé ou qu'il en

. accuse. Profonde et inguérissable blessure!

J'ai trouvé dans ce volume, contre moi seul chétif, .deux grandes pièces, sans compter quantité d'apostilles. U me dit tout ce qu'il sait dire : il atteste que je

..ne crois pas en Dieu; il m'appelle espion, Lacenaire, Patouillet et le reste; le fou va jusqu'à insulter ma mère! Tout cela parce que j'ai un peu sifflé ses discours, qui le méritaient bien; et j'en avais le droit,

^ puisqu'il était mon représentant.

En vérité, je ne tenais pas à. le perséeuter!. Je défendais contre lui mes croyances, qu'il combattait,

.ou plutôt qu'il insultait à la .tribune avBC ^aaez d'avantages sur moi. Par obéissance à la loi humaine,

BBAUZ-ARTS BT BELLBS-LBTntBS. 21 i

, je payais ma part de ses yingtrcmq francs : saurait-il dter une loi de Dieu ou des hommes qui m'obligeât de

. ne le point juger totalement incompétent pour le discours pubUc, ou qui dût m'empëcher de le dire? A^-je insulté Madame sa mère ou Monsieur son père? Ai-je

. seulement contesté son génie? Point du tout Ferme dans les strictes limites du droit et des convenances, j'ai seulement dit que je le trouvais sot politique et sot orateur. C'était le sentiment le plus doux à son en-

. droif de tous les bons bourgeois de France, et même, en ce temps^là, des Havinites.

Si j'avais eu le dessein de le faire souffirir, j'aurais bien réussi, puisqu'après des années mes piqûres lui cuisaient encore. Mais il s'est trop gratté et je ne visais point à produire cette grosse inflammation.

Et lui, quel chagrin espère-t-il me causer en m'appelant Lacenaire ? S'il veut dire que je l'ai assassiné, il feara rire. Qu'importe d'être traité d'assassin par M. Hugo, ou d'athée par Poivreux, ou d'espion par Lapouille I Un jour, M. About m'a appelé Marat ina autre jour, quelqu'un qui est à M. Buloz m'a. appelé Rabelais ; il y a aus^ Philibrand qui jure ses grands dieux que je suis l'auteur secret d'un livre iobscène : pura.tcaîis d'^prit, purs havinismes t

M. Hugo nourrit une autre idée, n assure à diyenes

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reprises que ses vers sont un pilori, qu'il fait la fonction du bourreau, que ceux qu'il marque sont marqués à jamais. C'est une prétention de poète qu'avait eue déjà un fameux marqueur nommé Barthélémy, lequel, je crois, n'a marqué personne autant que luimême. Pour mon compte, je passe à M. Hugo de prendre ce plaisir, — que je conçois très-bien. Mais il devait craindre son intempérance et n'y pas mettre tout le monde, à ce terrible pilon. Je m'y vois en compagnie de Pie IX ! Je pense que Pie IX s'en tirera et me déclouera : et je m'en irai dans la suite de Pie IX, laissant une réputation pour le moins aussi respectable que celles d'About, Lapouille et Philibrand.

Quant à M. Hugo, c'est un grand et illustre poète qui se verra pardonner beaucoup de grands et misérables torts. La postérité, toutefois, lui fera certaines difficultés.

n disait jadis que le romantisme était le libéralisme en littérature, et que ce libéralisme réussirait conune l'autre. En effet ! Le libéralisme littéraire a réussi exactement comme le libéralisme politique : il a emporté la place, il n'y a rien laissé, il n'y mettra rien, il n'y demeurera pas, et son passage ne sera marqué que par des brèches probablement irréparables. Je vois encore du havinisme dans cette destinée. La posr térité chicanera M. Hugo là-dessus , et sur d'autres

points. Elle le trouvera court dans ses longueurs, mesquin dans ses tapages, enflé, détonnant, plus chevillé que de raison, trop embesogné de montrer l'esprit qui lui manque, mauvais cultivateur du merveilleux héritage qu'il a reçu. La pompe de son bagage sera fort détruite. Déjà quelques unes de ses immenses baudruches se dégonflent, et l'admiration de M. Havin, pesant sur ces fragilités, en précipitera l'irrévocable aplatissement.

Et ce n'est pas tout I Les Châtiments ont paru en 1853. En 1866, il se trouve que les événements, favorisés par la main la plus injuriée et la plus mordue, ont réalisé presque tout le programme du poète. L'Italie est « affranchie, » d'autres grosses choses sont &ites ou sont mûres, la démocratie est en progrès. II faut donc que M. Hugo s'accuse de n'avoir pas eu la moindre perspicacité, ou qu'il se confesse ingrat. Il ne peut plus tarder d'exprimer les mêmes sentiments qui rendaient si criminelles à ses yeux

Les âmes de... et de..., ces^Auensesl

D'un autre côté, si l'on considère Pie IX, et les évêques et religieux de l'Italie, leur pilori ressemble de plus en plus à l'échafaud des martyrs. Sur les marches de cet autel, l'ancien « poète serein » de l'ère philippienne prend une belle figure, avec ses outils de bourreau, souffletant de ses vociférations les seuls hommes qui fassent honneur à la conscience humaine !

Si4 UTRE IV.

Depuis qae ces pages sont écrites, j'ai lu les^'CAon- Êùns des Bues et des BbiSy et il est arrivé un fait q[ae je n'aurais pas attendu à cette occasion.

Les Chansons, sœurs très-ressemblantes des ChâH^ menis, et filles comme eux de Tàme grossière et violente, sont cependant singulièrement mieux tournées. L'auteur n'a pas donné de pièces de métier où paraissent autant la force et la dextérité 'de sa nûdn. Cela est plein, sonore, d'une sûreté, d'une netteté, d'un relief admiriables. Peu de ooton, peu de chevilles. Cest de la chair vivante et ferme, qui bondit de la seule vigueur des muscles iet palpite de la seule chaleur du sang. Je voudrais oser dire que ce recueil est le plus bel animal qui existe en langue française.

J'en loue aussi, dans une certaine mesure^' Finspiration.

Quant au caractère intime de cette Inspiration, je n'essaie même pas de formuler le sentiment que j'en ai. Elle est un châtiment, et d'autant plus terrible que l'auteur n'en sait absolument rien.

M. Hugo est né en 1802, ce qui le mène aux environs du pomt de maturité où se trouvaient les deux vieillards qui s'introduisirent près de Suzanne. Sous la copie du tableau que Rubens a fait dé l'^treprise de ces amoureux, le graveur a écrit: Turpe senilis amorf II n'en faut pas davantage ici. Le mérite que J'y loue, c'est k sincérité. TA. Hugo se l'est'donûé ^ilei-

, Bernent, à<la Diog^e«. Si les vieillards de Suzanne chantaient, .nul doute qu'ils chantaient les Chansoru des Bues et des Bois. Nous avons là toute leur &me» C'est abominable. Non, je ne pçnse pas qi^'il existe en français un autre lûn^e de ce ton ni de ce fonds ! Je crois reconnaître que Henri Heine a chanté la note initiale et créé l'instrument; mais on l'imite en maître oap]ut6t en inventeur, et comme le pauvre Laurent. Picfaat,< qni.eut la première idée des Petites Ë^pées, il estabsorbé.

Quant au fait imprévu qui se manifeste à l'occaàon des ChansonSy c'est le complet insaocès de ce& vers si bien frappa et de cette peinture . si p^o-r fonde.

Régnier disait:

Je lais des yen qa'encor qn'ÂpoUon les advoaa, Péat-âtre dons la cour on leur fera la moue.

YoM tout jualemeiit l'aventure dris Chômons; le publie leur £Edt la moue. Yainement une claque indiis^ trieose- s'évertue à les pousser, la froideur s'obstine, et . pour dter notre grand-père Brébeuf :

Le.«oleil étonné voit mowir ses rayons. •

L'eût-on voulu croire^ que des Chansons de M. Hoge pussent devenir ce que l'on appelle en librairie «a un rossignol I»

Ce n'est pas la seule surprise mal gracieuse qu'aient

216 LIVRE lY.

éprouvée depuis quelque temps les libraires du poète. Il y a aussi un tome sur Shakespeare, qui s'/ittar^e ; et les Travailleurs de la Mer^ enveloppés d'un calme plat, n'ont pu sortir du port que par le secours d'un i^ardi remorqueur, lequel n'a pas pris, diton, autant de harengs qu'il pensait.

Que signifie ceci? — Est-ce que M. Hugo perd la note havinienne ? — Est-ce que ses derniers vers sont d'une littérature trop belle et trop raffinée ? — Tout est supposable plutôt qu'un accès de pudeur du public. Le public festoie toujours Béranger, et ne peut s'assouvir de Thérésa ni de Rocambole.

Est-ce qu'enfin l'heure serait venue, l'heure inévitable où la foule se détache de ceux qui l'ont caressée et abaissée ?

Quand une force véritable entreprend de corrompre, elle prend un grand empire et réussit au gré de ses vœux, puis bientôt au-delà de ses vœux. Le moment vient où cette foule qui a obéi longtemps, brise avee d'indignes maîtres. Mais ce n'est pas pour en prendre de meilleurs, c'est pour se donner d'indignes favoris. Elle n'aspire pas à remonter, elle veut au contraire descendre plus bas, descendre toujours, entraînée par le tempérament même que ses corrupteurs lui ont fait à chercher toujours des fanges plus épaisses, vouée à la bêtise, à l'abjection, au goût des perversités et des puanteurs.

Cependant les premiers corrupteurs avaient du génie, et le génie a des ailes. Gênés par leurs ailes,

ils ne peuvent plus précéder cette foule qui descend ni même la suivre d'assez près. Elle les abandonne alors, ne les voit plus, ne les écoute plus, ne les comprend plus, et son indifférence

Laisse Insensiblement mourir nn long amour.

N'importe I M. Hugo peut se vanter d'avoir produit nn livre rare, et écrit en maîtres vers, et qui peint bien son homme, et qui lui fait sa statue comme il faut !

Seulement ses autres poésies en sont assez déparées. A côté de ces hennissements, l'ancienne pompe et l'ancienne vertu perdent fort de leur lustre; tout semble blafard, — et cafard!

De telles choses marquent bien le dédain avec lequel Dieu laisse tomber les dons qui gagnent la gloire humaine, de même qu'il a laissé aux Romains, destinés à lui faire tant la guerre, a l'empire du monde, dit Bossuet, comme un présent de nulle prix I »

TniSSOTTIN hédabilité.

Jusqu'à ces derniers temps, le poète, pour le théâtre, a été tout simplement un grotesque. Le type est Trissottin, ou plutôt Yadius. Car Trissottin vise au

solide ; il court le contrat de mariage et la dot grasse,

218 UVBE IV.

et les fossés fangeux ne rarrètent point. Mais Yadius n'est occupé que de sa ballade et ne veut enlever que la gloire de ses rivaux. Cette raillerie d'un travers assez innocent a persévéré par le consentement de tous les poètes de mérite, qui ont plus que personne sujet de haïr les faiseurs de mauvais vers, étant si souvent contraints de subir leur humiliante rivalité. Il faut bien avouer que les vrais poètes sont rarement du petit -noaùxTe de ces hosiBies qui ignorent ce qu'ils valent. C'est d'ailleurs une terrible chose de se voir, ne fût-ce q<ii'un mstant, comparer et préférer Pradon lorsqae Von est Racine ; que dis-je ? de voir Pradon Itt^mème croire qu'il est Racine et vous traitar de Pradon I De là ces brocards sans nombre, ces traits isan^attta qui cmt grêlé sur les neveux, les nourrissons et les bâtards des muses. Tous s'estimant bons, les mauvais jdus peut-être que les autres, et tous trouviat généralement les autres mauvais, tous s'y sont mis. Ainsi furent servis au bourgeois des festins de lardons fort bien assaisonnés, quelques-uns immortels. Tel poète qui rima des volumes, ne vit encore que par une épigramme contre un rival qu'il sauve ainsi de l'oubli autant et plus que lui-même.

Entre autres merveilles, les romantiques, les plus ridicules poètes personnellement qui furent jamais, ont réhabilité le poète ; ils l'ont élevé au rang de jeune premier.

C'est Trissotin maintenant qui épouse Henriette, à la moustache de Dorante conspué.

BBAUX-ÀRTS ET BELLES-LETTHES. 219

t!ela est tout réceat. U semblait qu'on n'osât. On a épuisé l'artiste^ ravooat, ringénieur. Mais le temps de Triesotin est à la fin venu.

Un poète en forme et en règle, poète rimant^ auteur pour le moins de dix mille vers très-bien Mts et qui ne disent rien du tout, auteur même de cantates poor jes jcmrs d'allégresse publique, a &it ce coup d'audace et en a vu la fortune.

U n'a pas marchandé. Son héros se nomme Gringoire, il est laid, il est niais, il est afifamé, il ne sait rien de rien,, il fait des théories sociales et des théories poétiques, il donne des conseils de gouvernement et d'humanité au roi Louis XI, et il épouse Mademoiselle Gorgibus, fille angéliquo de tout point, riche merveilleusement.

Il la prend avec des vers I — tme ballade 1 1

C'est le roi Louis XI qui fait le mariage. Car vous sentez bien que le bourgeois rechigne et ne serait pas 9 fou que de donner sa fille à un poète. Il faut observer la nature I Mais le roi Louis XI, charmé du bon esprit et du grand cœur du Gringoire, qu'il a d'abord voulu pendre à cause d'une certaine autre ballade que le Gringoire a faite contre lui, veut absolument kd domier sa filleule. Dès lors plus de difficultés. Tout cède au roi et à la jeune fille qui cèdent ô la poésie.

Il 7 a même de la couleur locale. Pour que le caractère du roi Louis XI soit mieux conservé, ce prince, tout en préparant les noces de Gringoire, médite l'en. cagement du cardinal La Balue.

220 UTRE IV.

Je trouverais le caractère de Louis XI plus complet encore, s'il prévoyait que désormais Grîngoire ne fera plus de ballades séditieuses, mais plutôt des cantates. A la vérité, cela est si simple que ce n'était pas la peine de le dire.

Et OHvier-le-Daim, ou Tristan Lhermite, qui se trouve aussi fourré là-dedans, avec un collier d'or I C'est lui qui est Dorante. Il voudrait fort épouser la jeune fille. Il est berné, totalement défait. En vain il vient de prendre le traître La Balue et d'assurer par ce service la vengeance du prince et la sécurité de l'État, la poésie emporte tout; Louis XI n'a d'attention et de grâces que pour ce diable de Gringoire. Il raisonne, le roi Louis ! La Balue n'est que la balladq; mais Gringoire, c'est la cantate I

Ainsi le poète triomphe de tout à la seule pointe dn sonnet. Par la seule beauté de ses pensées, il enlève le cœur de la demoiselle ; par le seul effroi de la ballade et le seul espoir de la cantate, il se soumet le cœur du roi ; il dompte le bourgeois et deviendra son héritier, il bouscule l'homme de cour et prendra sa place. — Tout cela, sans même être reUé en veau I

Et enfin, par comble d'audace, l'auteur a écrit sa pièce en prose. 11 a voulu que Gringoire triomphât sans rime ni raison. Poesia fara da sel

Je n'ai jamais été si étonné qu'en voyant cet ouvrage applaudi sur la propre scène de MoUère, à la clarté de ce même lustre qui éclaire les nasai'des terribles et séculaires dont sont encore meurtris Oronte,

Tadius et Trissotin. Et je connus bien à cette pratique nouyelle qu'il faut retourner le fameux axiome de Bonald, et dire que la société est ^expression de la lit" tératwre.

FANTÀSIO.

Le théâtre firançaîs en donne une autre marque, plus nette encore.

J'ai vu, quand j'étais jeune, le premier pas que Musset essaya sur la scène. C'était à VOdéon, devant un aulditoire composé de jeunes gens et d'oseurs; mais, malgré sa bonne volonté, cet auditoire portait encore le joug classique, c'est-à-dire appartenait encore au parti littéraire où brillait M. Yiennet. Musset fut sifflé. On ne comprenait rien à ses idées, rien è^ sa langue, rien à ses sentiments. Les plus jolies choses, des recherches de pensée et d'expression qui feraient aujourd'hui merveille, — sans être d'ailleurs plus merveilleuses qu'en ce temps-là, — furent les plus/ mal reçues. On les traitait de préciosités et de marivaudage. On trouvait que M. Scribe maniait bien mieux le français de comédie, et que feu Picard était bien plus observateur. Je me souviens que cette rigueur me parut très-iiquste et très-sotte. L'impression

ma reste) et tofotefois, aiqouidliii qae le publie applaudit Fàniasio, je ne tfotrre plus si barbare le parterre qcà repoussait la Nuit vénitienne,

Yoilà le signe d'un grand changement dans le goût et même dans le sens public, que le parterre applaudisse Faniasiol Ge changement, je ne saurais pourtant rappeler progrès. Assurément, s'il s'agit de la langue, elle est très-supérieure à celle de Scribe, Picard, Waflard et autres, qu'on applaudissait quand la première pièce de Musset fut sifflée. Elle a toute la supériorité de ce qui est sur ce qui n'est pas, la supériorité de la forme quelconque sur la matière brute et impure. Cependant ceux qui parlaient de préciosité et de moiû ▼audage n'avaient pa» tort, et j'observe, en passant, que le raffinement est aussi un caract^e de baibatie. 8fuB autre côté, je ne sais pas trop si cette langue est applaudie tout-à-fait en connaissance de cause. Ge même parterre qui admire aujourd'hui la langue de Musset, n'a pas cessé d'avoir du goût pour le patois du &ubourg Poissonnière, que parlait Scribe, et il applaudit des mêmes mains aux rugosités alambiquées et incoireetes de M. Ponsard. A vrai dire, le parterre me semble suivre une mode et répéter un mot d'ordre plutôt que céder à son mouvement propre, lorsqul^ caresse les gentillesses de Faniasio, qui d'ailleurs ne lui furent pointdestinées, et qui crèvent sous les mains des olaqueurs comme une bulle de savon dans les pattes d'un ours.

Je crois que l'applaudissement s'adresse surtout au

fond. C'est là aussi que le changement se révèle plus sérieux et beaucoup moins consolant.

FaiitasioQ&X une rêverie, mais de la pire espèce; une rêverie préparée, combinée, macliinée, fardée et fatiguée. Musset qui feignit toute sa vie d'être jeune, et qui peut-être ne le fut jamais, ne le fut du moins pas longtemps. Lorsqu'il écrivit ce poème, il prétendit bien y mettre de la jeunesse : il n'en avait plus même l^ombre, même le geste. Il s'y voulut peindre, mais tel qu'il se rêvait; il s'y peignit, mais tel qu'il était, vieux sous son fard, plein d'expérience inutile, mofose, sceptique, et plus que tout, ennuyé, c'est presque dire ennuyeux; et, en dépit de tout cela, prétendant être Iliomme le plus aimable du monde et que lltdle femme ne pouvait voir sans ressentir tout au moins une forte pente à l'adorer.

Voilà Fantasia, bourgeois de Munich, le garçon le plus élégant de la ville, perdu de dettes, perdu encore (à son estime) de philosophie, de doutes et de science de la vie ; ne croyant à rien, ne voyant plus rien à faire ni pour s'occuper ni pour s'amuser; se grisant de sopliismes et de vin d'auberge; méprisant ses professeurs, ses camarades, ses concitoyens, ses créanciers, ;t dit-il aussi, lui-même; mais, quant à ce dernier joint. Ton voit assez qu'il n'a pas encore perdu le sens de l'admiration. Il se fait bouffon de cour, I^l fille du roi découvre ses mérites, apprend à juger les princeSi

324 UTBB IT.

se résout de demenrer fille, — et finalement donne à l^antasio une clef plus intime que celle des chambel-

EUe lui fait même promettre de . s'en senîr, car il luissc douter qu'il daigne; mus enfin il promet.

11 faut dire que Musset avait été plus réservé et plus fier. Ç'ét^t mieux son personnage de dédaigner tm roman avec la lille du roi. Les comédiens qui ont eu l'idée de mettre Fantasio sur la scène, se sont sans doute persuadé qu'ils rendraient le héros plus présentable, et aussi la princesse plus intéressante, en toni^ nant l'aventure de côté. La princesse dit à Fantasio avec insistance : Tu reviendras I Cela n'est point dans le texte. Par cette addition, les comédiens ont commis une double irrévérence envers le puLlic et envers l'auteur; mais l'auteur n'est plus là, et le parterre aime les princesses qni manquent d'un' certain respect euvers eUes-mëmes et envers loi. Tu reviendras! le laisse sur une perspective qui l'aide b. digérer tant de joli pathos.

Je n'entreprends pas de dire tout ce que ce spectacle offre de pénible, la détresse d'àme qui s'y révèle, l'effort qu'on y sent, le faux qu'ouy touche, le malaise croissant de suivre durant trois actes cette chasse aux papillons morts, exécutée par un homme qui tient lui. même le fil de fer très-visible auquel ces prétendus papillons sont attachés. Pour comble de disgr&ce, lei

acteurs ont toiit-à>£Bit passe le matin, en sorte giie la pénurie de jeunesse est grande partout, et sensible aux yeux comme à l'esprit. Il vous vient une envie de pleurer; cette torturante envie de pleurer qui n'ôte point l'envie de bâiller.

L'auteur est excusable d'une certaine façon. Il a écrit en prose, ce n'est pas peut-être la langue qui convenait au sujet; en tous cas, ce n'est pas sa langue naturelle, et il n'y possède plus toutes ses ressources. Musset, en prose, semble chaussé d'une sorte de sabots à sonnettes, fort jolis, sans doute, mais qui pourtant le privent de ses ailes principales, qu'il avait aux pieds et non aux épaules. D'ailleurs il ne s'était pas proposé de donner un spectacle, mais une lecture, laissant au lecteur le soin de se faire un Fantasio et une princesse capables de se renvoyer sans les briser tant de bulles de savon. La grosse faute serait donc |aux comédiens, mais ils attirent le public et les voilà Innocents. C'est le goût du public qui est étrange et qui semble incompréhensible.

Deux choses expliquent ce mystère. Premièrement, la mode. Je l'ai dit, le poète est de mode, et le parterre subit la mode. Le spectateur qui peut le moins goûter et comprendre ce qu'il y a de vraiment admirable eu Musset, l'abonné du Siècle, par exemple, fait pour lapper et déguster les eaux grasses de Déranger, c'est celui-là présisément qui sera l'admirateur le plus patient de Fantasio, tant que la mode durera. Mais il

ne faut pas s'y tromper, il est soutenu par un instinct

UVBE lY.

profcod el stsk G'estia stcoade expfiafttifin da mystère, Uffrande^

Toute la littérature a du havinisme. dans les rebies* M^ . Ilii0O)en Bsl'pkûu eèicela peree la peau; Bërauger u'étaît paa fait d'outre choses Musset n'en manque pas, encore qu'il y paraisse moin», et que même des boutades soudaines éokteHil. souvent comme la j^otesta^ tion et la révolte d'une nature' supérieure ta lutte contre cette infiirmité* Mais la nature* supérieure est vaincue, le havinisBie demeoce' et se fait sentir. Sauf les échappées que je signale et qui portent le jet poétique de Musset, par moments, au-dessus des plus beaux sommets de M. Hugo, si vous examinez l'idée générale de l'auteur de RoUa sur Dieu, sur Tàme, sur le culte, vous ne trouverez rien qui dépasse le ni* veau havinite. Gonmie conception, c'est toujours aussi {riat; comme expression, c'est sowent plus grossier. Il y a de ridicules affectations de dédain, des irrévérences et des insolences qu'on ne rencontrerait pas dans les cotonnades théophîlantropiques du grand vicaire Liouis Jourdan et du bedeau LabédoUière. En somme, Musset malgré ses airs de Cavalier, est de la même église que ces Tétes-Kondes; il a reçu leur baptême, et tout en se moquant, il combat sous leur drapeau, il attaaque ce qu'ils veulent détruire. J'entends bien : il y a le fameux Es-ta canienty Voltaire ? et quelques autrea beaux veia^'une saine impiété n'ap^-

pi^mnorait pft&. Voltaire avait trouvé de ces beaux iirer»-là, -^ beaux à sa mode, — dans son Alxire, dans sa Henriade, dans d'autres endroits encore, et il les oilait souvent, défiant les Cbristicoks d'en finre de semblables ; il y a aussi de beaux vers de M. Hugo sur le Grudfix; il y a aussi des rimes pieuses de Béranger et des patenôtres du compère Jourdan, et je ne sais si le bon LabédoUicre n'a pas quelque brevet de Rome pour quelques livres ascétiques. Au bout du compte, l'auteur de la Confession d'un enfant du siècle était profondément anti-chrétien, et c'est déjà un excellent laissez-passer pour Fantasio.

Il peut bien m'ennuyer, pourvu qu'il m'empoisonna 1

Fantasio caresse davantage encore l^esprit du siècle par d'autres côtés.

Il donne une couleur nouvelle et plus poétique à l'ancien mauvais sujet de théâtre, entièrement passé de style.

Ce garnement tout de feu et d'appétits sensuels, cet animal ardent qui ne se contente pas de faire des dettes, mais qui bat ses créanciers, qui ne se contente pas de séduire les filles, mais qui les enlève, qui ne se contente pas de se griser, mais qui casse les verres^ on lui trouve aujourd'hui plusieurs graves défauts : il n'est point rêveur, il ne fait point de phrases, il n'a point de philosophie, il ne déclare aucun doute sur Tezistenee de Dieu, aucune intention de renverser

238 • UVRE iv.

l'ordre divin ni l'ordre humain, aucone aversion des hommes ; il n'est en révolte que contre le guet et point du touf contre la société ; il enfreint les règlements et ne les méprise pas; il ne méprise pas non plus son père, il se souvient de sa mère et de sa sœur^ enfin oe mauvais sujet n'est qu'un honnête homme futur. On voit en lui des pentes qui le feront tourner au vulgaire. Il sera amoureux, il se mariera, il paiera ses créanciers, il fera son service de chef de fhmille et de citoyen; en un mot, les vieilles vertus seront entées sur ce sauvageon et profiteront de sa sève reheUe. Après avoir, dans le feu de sa jeunesse, égratigné la morale, il prêtera sa forte épaule pour la soutenir, il s'acquittera aussi, et volontairement et largement envers ce timide créancier.

Ge n'est plus là du tout le jeune homme moderne. Une autre-poétique nous a fait d'autres goûts et d'autres mœurs. Pour intéresser et pour plaire, le jeune homme moderne, sage ou fou, doit être vieux, doit être usé, doit être caduc; un tronc mort où nulle greffe ne pourra prendre; un failli de cœur qui fera résolument banqueroute à tous ses créanciers naturels, a la famille comme à Dieu, à la société comme à la famille, qui vivra uniquement pour lui-même de la plus lâche privation de tout sentiment, et de qui personne enfin, sauf les tavcruiers et les ribaudes, ne tirera jamais que de fort médiocres dérisions de l'àme, de rintelligcnce, du devoir et de la vie.

Fantasio est le type enrubanné do cette espèce

BEAUX-ARTS BT BBUBS-LETTBBS. 3S9

channante. Je crois qu'il y a beaucoup d'instinctiye complicité dans la nalyeté qui l'applaudit.

Le garnement de Scribe, Picard et Waflard, tenait trop du commis-voyageur, mais cependant il valait mieux; il était plus honorable etméme plus poétique.

On y voyait, je le répète, les éléments d'un homme. Fantasio n'a en lui que les éléments nécessaires pour les fonctions qu'il va remplir à la cour de Munich : bouffon officiel, amant secret; et encore combien de temps cela durera-t-il ? Car le bouffon n'est pas gai, et Tamant semble de nature à perdre assez promptement sa condition.

Qu'elle est logique et vengeresse cette force des choses qtii conduit Musset à faire de son persoQnage, celui peut-être où il s'est le plus mis, un bouffon de cour; et qui amène ensuite les comédiens à donner en forme au même personnage cet autre emploi que sa fierté avait refusé ou que tout au moins sa pudeur avait laissé dans l'ombre I — Et qu'il est significatif, le public à qui l'on peut fedre admirer pareille œuvre 'usqne dans les épaisseurs de l'ennui I

La société est l'expression de la littérature.

Et la triste preuve, c'est Musset lui-même, l'auteur de Fantasio, pris conmie un bourgeois à son propre persomiage, tombant jeune dans Timpuissance et 'osant les dernières années de sa vie à ivrogner.

Poésiel Poésiel ce sont là tes coups.

UytiE IT,

vu

LB TRAI POiTÊ PAlUSIEir»

M. Hugo n'a aucun caractère de nationalité : c'est une composition comme le métal des cloches formé de matières dures, brillantes et sonores, d'inégale valeur. Du cuivre, de l'argent, de l'étainl mais la fosion, lors» qu'elle réussit, en fait un tout plus précieux que l'or» Je trouve à M. Hugo jusqu'à la forme de la cloche. U en a aussi, d'une certaine manière, l'emploi, la voix et le poids. Observez encore que la cloche ne chante pas f elle-même, qu'il faut la mettre en branle, qu'elle 'est mise en branle que par des vigueurs vulgaires^ <|u'elle est sujette à se fêler. Hélas! c'est M. Havin, c'est Polichinelle, c'est GaribalcU qui s^tent cet airain Aierveilleux, et que de fêlures!...

Malgré le byronisme qui le gâte et le havinisme qui trop souvent l'abêtit, Musset est un oiseau gaulois, trts-français de culture, parisien seulement dans ses mauvais jours et seulement peur certams quartiers. Il ne tient ses lettres de naturalisation parisienne que d'une coterie, comme M. Hugo ne tient les si^mes que d'une cohue.

Paris les lâchera l'un et l'autre, lorsque le plâtre étant tombé, les œuvres choisies se dégageront des

BEÂUX-AHTS m MttStS-LETTRBS. 231

(gmte» conqpliètes; et ils ne seemi plus estimés que de eetDc qui sont nés peiur goùlêr les chefe-d'œntira.

n n'y a, deptns* Toltaîve, qn'nn' poète essentielle-^ ment parisien: ce n'est pas Béranger, qni n*est qn'es^ sentiellemcnt faubotirien et havinien; c'est Henri Heine, Allemand de naisscmoe,' Français de choix, jnif d'origine, qui se fit baptiser protestant, personne n'a su pourquoi, redevint jnif d'instinct, se crut ou se prétendit déiste, et au fond vécut, écrivit, mourut blasphémateur et athée sans parvenir jamais à en donner aucune raison.

11 est par excellence le poète parisien, et, ce qui peut étonner, poète lyrique et grand poète.

Allemand néanmoins, il a bien son petit goût de sauerkraui et de hareng fumé, mêlé de quelque rancissure de vieille pommade à la fleur bleue. Qui a passé par 1830 et s'est pu défaire exactement du bleu? Mais Heine doit à cette même qualité d'Allemand d'avoir pris do5 accointances avec la pensée et avec l'art, qui le préservent personneUement plus encore que Musset des embrassements de la vile popularité. Aussi cynique d'esprit qu'on le puisse être, et même un peu pins , il tient la canaiUe à distance et ne la touche que par ses écoliers.

Il en a beaucoup. Ses Uvres, peu fréquentés du public, sont le bréviaire des beanx esprits de la petite presse. Cest là qu'Hs ont pris le ton. Son extrême indécence empêche qu'on l'imite ni qu'on le cite, mais il. inspûre.

332 iitiB n.

Vapereau, qui est FrançaiB comme Jocrûae, ne Teul pas, par amour-propre national, que Ton égale Henri Heine à Voltaire. C'est Voltaire qui ne mérite pas de lui être égalé ni comme poète, ni peut-être comme Parisien. Voltaire n'a pas été plus insolent envers Dieu, envers la patrie, envers les hommes, n'a pas été plus incapable de respect envers quoi que ce soit de respectable, ni envers lui-même. Du reste, ils ont des conformités singulières de génie, de mœurs et d'aventure. De ces deux Parisiens parfaits, l'un ne vit pas à Paris, l'autre n'y est pas né, et l'esprit parisien s'étale aussi complet dans Heine qui l'a reçu par infusion, qu'il reste indélébile dans Voltaire malgré l'expulsion. Tous deux ont volontairement exilé par crainte des ennemis de tout genre que leur a faits leur talent. Tous deux sont pensioimés à l'étranger pour insulter la patrie qu'ils abjurent. Heine se prétend Français, Voltaire se dit Prussien. Heine touche une pension de Louis-Philippe comme Voltaire en reçoit une du roi Frédéric; et comme Voltaire injurie sans cesse les Français, qu'il appelle des Welches, Heine, Welche, injurie avec prédilectionles Allemands. Dans le fonds, ni l'un n'est Français ni l'autre n'est Allemand : ils sont Parisiens. Paris est à lui seul une patrie, et le vrai Parisien d'esprit et de cœur se soucie fort peu du reste, même de la banlieue.

Vraimeut, ce Heine avait considérablement d'esprit. Pour en avoir assez, il ne lui a manqué que de mieux se Jcfeiidre d'en avoir trop. Mais ce défaut ne nuisit

BBAm-ABTS BT BSLLES-LETTRBS. 233

point à sa gloire dans le monde des lettres parinennes, où la surabondance de Tesprit n'est pas le Tice qui saute davantage aux yeux. L'on redoute peu par là rencombrement de cette marchandise, connaissant à merveille une autre et pire manière d'assommer le consommateur.

Ce qu'était l'esprit de Heine, j'ai la fortune de n'avoir pas à le dire moi-même, n a fait quantité de préfaces où il a pris soin de donner à cet égard toutes les définitions et toutes les démonstrations les plus clairei}. On a n'a qu'à le laisser parler. Et pour n'être pas emiMurrassé du choix entre tant de portraits authentiques, j'en prends un qui m'est certifié par le plus illustre admirateur de cette grande figure littéraire, M. Théophile Gautier, prosateur et poète renommé dans Paris.

Peu de temps après la mort de Henri Heine, M. Théophile Gautier a fait son oraison funèbre dans la boutique du libraire Lévy, sous le titre pompeux d'Étude, Pour ne rien dissimuler, j'ai trouvé le titre un peu fallacieux et la pièce d'une allure assez lourde. Sur la réputation de M. Gautier, je l'aurais cru plus léger d'un bon tiers.

Il nous peint Henri Heine à l'époque de sa force, lorsqu'il était déjà Parisien consommé :

<i C'était un bel homme de trente-cinq ou trentensix ans, ayant les apparences d'une santé robuste; on eût dit un Apollon germanique, à voir son haut front

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Uanc, pur comme une table de marbre qav>iAbre* geaient d'abondantes manfet de chetBim bhmdê. Ses yeux bieus pétillaient de lumière et d'inspiratioii; ses jmes rondes, pleines, d'un contour éiégaait, n'étaient pas phmbéeê par la lividité romantiqfue à la mode à cette époque. Au contraire les roses vermeilles 8*y épanouissaient classiquement; une légère courbure hébraïque dérangeait, sans en altérer la pureté, r intention qu* avait eue son net et être grec, ses lèvres harmonieuses gardaient au repos une expression charmante; mais lorsqu'à parlait, de leur arc rouge jaillissaient en sifflant des floches aiguës et barbelées, des dards sarcastiques ne manquant jamais leur but; car jamais personne ne fut plus cruel pour la sottise : au sourire divin du musagète, succédait le ricanement du Satyre^ »

Je ne saurais m'abstenir de ftdre remarquer « dans l'intérêt des jeunes gens, » comme disait le musagètè Voltaire, que M. Gautier, autre musagètè, nous fournit ici un parfoit exemple de mal écrire. Noti pas qUe cela •oit précisément incorrect, malgré la teumure odieuse et même répréhensible des deux participe^ ctyocnt et ne manquant, massifs à faire suer. Mais,-^s«ns compter le je ne sais quoi de répugnant qu'offre la description d'un homme poussée à ee point et traitée avec ce soin, }asqu'à parler de son nez grec et de ses joues rondes^ eomme s'il s'agissait d'une femme, — que d'incongruités I Évitez, jeunes gens, ces à voir, ces a» contraire

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et tontes œs suiehorgi» qui âo&Mut à la phrase une figure de coche ensablé. Évitez ces épithètes accrochées partout : c'est un goût sauYi^ de porter des pendeloques jusque dans les narines. Évitez ces adverbes qui fimt plouf, encore que tel bruit vous semble beau. Évitez les s aiwidanUg masses de cheveux, x> car c'est un pléonasme. Des (ouffts peuvent être luaîgres, des masses sont toujours touffues, c'est-à-dire abonc^antes; et le pléonasme dans le style est signe d'un esprit qui n'a pas le mot, comme la multitude des paroles en affaires est signe d'un homme qui n'a pas le sou. Et enfin, jeunes gens ! sur toute chose gardez-vous de croire que la plume est faite pour peindre avec des couleurs, et que l'écrivain coloriste est celui qui prend la palette à la place de l'encrier. L'écrivain peint & l'emere et dédaigne tout autre procédé. Voilà en dix lignes, du blanc, du blond, du bleu^ du non plombé, du non livide, du rose, du vermeil et du rouge ! Avec toute cette dépense, l'auteur réussit à me donner très* bien l'idée d'une grosse poupée allenuuMle; c'est ainsi qne l'on peint à Ni]ffemberg ou encore à Épinal, et je crois que Henri Heine, déposant a le sourire divia du nrasagète, » eût été « cruel » pour cette mise en couleur.

Je ferme la parenthèse et je laisse M. Gautier conti» nuer son « étude. »

m Un k\ger cmboupoint païen, que devait expier plus

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a tard une maigreur toute chrétienne, arrondissait ses a formes : il ne portait ni barbe, ni moustache, ni «favori, ne fumait pas, ne buvait pas de bière, et a comme Gœthe (il) avait horreur de trois choses... »

Si vous êtes curieux de connaître ces trois choses dont Gœthe avait horreur et que M. Gautier rappelle sans les nommer, par un sourire discret, en a arrondissant ses formes, » c'étaient le son des doehes, le christianisme et les punaises. — Mais tout le monde ne sait pas écrire pour avoir horreur de ces trois choses* là et pour savoir les indiquer si à propos sur la pierre tumulaire d'un ami.

M. Gautier poursuit :

a Heine était alors dans toute la ferveur hégélienne ; « s'il lui répugnait de croire que Dieu s'était fait «homme, il admettait sans difficulté que l'homme « s'était fait Dieu, et se comportait en conséquence, « Laissons-le raconter ce splendide enivrement Intel- « lectuel. »

C'est maintenant Heine qui parle, justifiant l'admiration dont on vient d'entendre un écho :

« J'étais moi-même la loi vivante de morale, j'étais impeccable, j'étais la pureté incamée ; les Madeleines les plus compromises furent purifiées par les flammes de mes ardeurs et redevinrent vierges entre mes bras : ces restaurations de virginité faillirent parfois, il est vrai, épuiser mes saintes forces. J'étais tout amour et tout exempt de haine ; je ne me vengeais plus de mes ennemis; car je n'admettais pas d'ennemis vis-à-vis de ma divine personne, mais seulement des mécréants,

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et le tort qu'ils-me faisaient était un sacrilège, comme les iiqures qu'ils me disaient étaient autant de blasphèmes. 11 fallait de temps en temps punir d^ telles impiétés, mais c'était un châtiment divin qui trappait le péchem* et non ime vengeance par rancune humame. Je ne connaissais pas non plus à mon égard des amis, mais des fidèles, aes croyants, et je leur faisais beaucoup de bien. Les frais de représentation d'un dieu qui ne pouvait être chiche et qui ne ménage ni sa bourse ni son corps sont énormes. Pour faire ce métier superbe il faut avant tout être doté de beaucoup d'argent et de beaucoup de santé ; or, un beau matin, c'était à la fin du mois de fé^Tier 1848, ces deux choses me firent défaut (1). Afa divinité en Ait tellement ébranlée qu'elle s'écroula misérablement. »

Voilà Ilèine bien portant, peint — sans couleur I — par lui-même. Peint avec plus de vérité que de vraisemblance, car rimpudence passe ici la commime mesure ; mais elle n'outre pas sa mesure à lui, et il Ta toujours remplie de la même façon. L'on peut imaginer à peu près ce que produisait l'esprit d'un homme capable de se peindre ainsi pour le public.

Lorsqu'il décrivait de la sorte le a splendide enivrement intellectuel » où il s'était entretenu jusqu'à l'âge sérieux de quarante-huit ans, la fête était finie 'et l'avait laissé dans un anéantissement corporel voisin de la mort, paralytique, aveugle, presque sans souffle et déjà enveloppé du linceul. 11 garda le lit huit ans. Son intelligence seule demeurait entière ; mais hélas I plus enivrée que jamais, plus enchainée par le sophisme

{{) Louîs-Pliilippo s'en allait et la pension avec lui.

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et par Torgiieil que ne rétoijt son eorps par la makh éàe. C'est en cet état qu'il écrivit oa plutôt qu'il dieta ses meilleurs poèmes et ses blasphèmes les plus odieux.

Ouant à la pensée, on y sent le vide et le déMre. Sans perdre jamais les qualités pour ainsi dire matérielles de son esprit, toujours souple, brillant, élégant, aigu, plein de feu, il semble avoir totalement perdu la faculté de le gouverner. Cet instnimcnt admirable n'est plus qu'un jouet périlleux dans les mains d'un enfant méchant et irrité, qui veut tout briser et qui se blesse lui-même.

n n'a désormais que des colères, des sarcasmes et du désespoir, un désespoir vil, furieux de ne pouvoir ressaisir les ivresses grossières de la vie. Il se moque de toute idée, de tout culte, de toute croyance, même de toute frloire. Il hait, il veut jouir et il meurt î La fievue des /Jeux-Mondes, qui n'a rien tant admiré que Heine, ne peut s'en taire, et elle le blâme avec ces beaux yeux baissés de prude libre-penseuse qu'on lui voit quelquefois : a Dans ses aspirations au rp}jos, le a regret des jouissances maténelies, il faut bien le «dire, tient une place singiilièrement agrandie. Ce a regret des voluptés impossibles serait même, si on et le prenait au mot, la conclusion de ses pensées sur 0 la mort. Toujours l'ironie, comme on voit, toujours a le dédain de l'âme et la négation de la vertu^ tou- « jours enfin ses théories méprisantes que l'humoriste « ne craint pas de s'applique i lui-même 1 1 Mais la

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Heuue des Deux-Mondei est trop large et bienveSante personne aa fond ponr appliquer à Yhumorùte les théories que Ini-mëme ne crcdnt pas de s'appliquer; et en servant au public ses bla^hèmes fraîchement éclos, elle ajoute : a Nous croyons que ce n'est là encore « qu'une crise dans le développement de sa pensée. » Hélas ! il y mourut dans cette crise, et rien n'est plus épouvantable et plus navrant. Je ne sais si l'histoire des lettres renferme un épisode qui passe l'horreur du spectacle qu'offrit ce malheureux. Durant huit années, Dieu appesantissant sa main sur sa chair et sur ses os, le tient suspendu au-dessus de l'abime et lui laisse toute son intelligence pour le considérer et se sauver. La douleur lui arrache des rugissements et des blasphèmes, pas un mot de rq>entir, pas un appel à la clémence ; son intellig^ace fourvoyée ne reçoit pas un rayon de la hiHdère d'en haut, mais osmme impréignée déjà des vapemrs qui montent du ^ouffire, elle se tourne avec rage contre ce Dieu qui lui offire la vie et qui lui laisse le temps. La miséricorde fut moins offerte à Voltaire et il la refusa moins. Non, Yoltaire lui-même ne semble pas avoir à ce point nié Dieu et s'être si profondément enfoncé dans la pooirritare du bel esfnt I Heine a ricané jusque dan^ le cercueil; jusque dimale cercueil il regrette les joies de la luxure et de la ripaille ; jusque dans le oercueil il songe à la gloriole littéraire, en affectant de V. dédaigner; du fond du cercueil il voit encore ses amis de France et d'Allemagne qui applaudissent émer-

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▼eiUés à la puissance de ses ricaneniBDts, et c'est en ricanant qu'il expire.

yoici l'épilogue du dernier livre de Heine, ce que la Beuue des Deux-Mondes appelle ses novissima verba.

a Ils disent que la glope réchauffe notre tombe. Folies et sottises que tout celai mieux valent pour nous réchaulfer les lourdes caresses d'une vachère amoureuse. Mieux vaut aussi pour nous réchauffer les entrailles, mieux vaut boire largement du vin épicé, du punch et du grog, n: ème au fond des plus ignobles tavernes, au miHcu de voleurs et de vagabonds échappés à la potence, mais qui vivent, qui respirent, qui ronflent et qui sont plus dignes d'envie que le glorieux enfant die Thétis. »

Belles paroles d'un moiu*ant, et digne épilogue de •sept ou huit volumes d'œuvres complètes! Mais le monde pour qui chantait le poète a trouvé cela délicieux. Ils sont tous dans la dernière admiration de ce beau courage, de ce beau dédain, de ce beau rire ; l'excellent M. Gautier ne peut se consoler de ne l'entendre plus :

a Les amis de Heine devraient se réjouir de ce que cette atroce torture soit terminée enfin, et que le bour^ reau invisible ait donné le coup de grâce au pauvre supplicié ; mais penser que de ce cerveau lumineux, iétri de rayons et d'idées, d'où les images sortaient en Bourdonnant comme des abeilles d'or, il ne reste plus aujourd'hui qu'un peu de pulpe grisâtre, est une douleur qu'on n'accepte ^s^ sans révolte. C'est vrai, il était cloué vivant dans sa bière; mais, en approchant l'oreille, on entendait la poésie chanter sous le drap

noir. Quel deuil de voir un de ces microcosmes plus vastes que Tirnivers et contenus par l'étroite voûte d'un crâne, orisé, perdu, anéanti I Quelles lentes combinai* sons il faudra à la nature pour former une tête pareille! »

0 musagète Gautier, que voilà de mauvaise prose et de plus mauvais lieux communs, et que les abeilles d'or qui habitent votre pulpe grisâtre semblent peu en humeur de sortir aujourd'hui! Cependant ranimezvous. La nature n'est pas si lente ouvrière que vous croyez. EUe a déjà façonné quantité de c< tètes pareilles; » il y en a des centaines sur le boulevard et une au moins par rédaction de petit journal. Vous n'avez guère cherché, si vous croyez qu'il est difficile de trouver des hommes qui soient dans l'essentiel ce que Henri Heine a été, et vous n'écoutez guère, si vous n'entendez pas partout le bel accent de son àme dévouée au genre humain.

Quand les Allemands indignés lui reprochaient ses injures, son impiété, son cynisme, et la pension qu'il recevait de Louis-Philippe, et d'autres choses louches, Henri Heine commençait par les accabler d'invectives, les traitait de cafards, d'hypocrites, de laquais prussiens; ensuite il leur disait qu'il était plus patriote qu'eux, qu'il travaillait plus qu'eux à la grandeur de TAUemagne; enfin il promettait aux Allemands l'empire du monde, pour peu qu'ils sussent faire certaines choses qu'il leur indiquait :

« Quand nous aurons réalisé le grand œuvre de la

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P évolution : la Démocratie universelle I Quand nous auronc poursuivi la pensée de la Révolution dans toutes SCS conséquences, quand nous aurons détrait le sérvîlisme jusque dans son dernier reftige — le ciel ! — Quand nous aurons chassé la misère de la surface de la terre, quand nous aurons rendu sa dignité au peuple déshérité, au génie raillé, à la beauté profanée, comme nos grands maîtres, les penseurs et les poètes i'ont dit et l'ont chanté, et comme nous, leurs disciples, le voulons : — alors ce n'est pas seulement l'Alsace et la Lorraine, mais la France tout entière, mais l'Europe et le monde sauvé tout entier, qui seront à nous ! Oui, le monde entier sera allemand ! b

Ce programme patriotique est daté de 1844, dtt temps que le poète faisait son métier de dieu hégélien, aux gages du bon et prudent roir Louis-Philippe. — ESt f ose assurer que Paris fourmille d'apôtres de même sorte, parfislitement dévoués à répandre le même Étangile, aux mêmes conditions. Réaliser la démocratie, universelle, détruire le servilisme, abolir la misère, rendre sa dignité à la beauté profanée, travailler à tout cela comme Henri Heine, sans être forcé d'en croire un mot, sans renoncer aux huitres, ni aux fée* ries, ni aux pensions, ni aux décorations qui suivent les pensions, ni aux profits supplémentaires que réalise toujours quiconque sut attraper des décorations et des pensions :.. mais Poivreux en est, Galapias ëa e$t, Galvaudin en est; sauf de rares exceptions, toute la presse en est! Je ne découvre partout que des petits Henri Heîne qui vont demain me traiter de servile hypocrite, et je ne sais comment fait M. Gautteï* pour ne les voir pas.

BBAUX-ARTS ET raU^S-LETTRES.

Le génie peut manqueF, il n'tetft poA siéeeMaire* Henri Heine en eut pour k oonionuaation de toute sa lace. Voltaiw a duré cent ans et n'esl pas épuisé, gràee aux govôftta qui k tvaduiseiKU La nature est sage: trop de soleil brûlerait la, luoissony Iro^. d'abdiUeB d'or dans la « pulpe gri^ke » nuiraieut aux progiès populaires de ridée. Imaginez tels ou tels journaiiii rédigdi jiar des gens, de génie : comme k vente baisserait I U faut des aminfisfteaurs, des apktisseups et des avitts^ aeurs qui ôtent aux dodri&es crhniuelles eerteànes frétés, certaines audaces de sincérité qui révèlent trop où. eUes tendest, autrement les multitudes refur sanôent d'avaler ces poisons et k vérité ne serait pas assez vengée des sociétés qui favorisent le coujps de Terreui*. Il est juste que ks puissants du monde, ks ,ridies, les sages, les dilettanti que Voltaire et Heine ont amusés sachent un jour ce qu'en coûte le divertissement; et jamais cette justice ne serait complète si Galvaudin, Poivreux et Gakpks n'apportaient à k pesée de ces grands hommes le secours de leurs traductions.

OmaM^ Gautier dme ne prie pas kiVaA«rââe bâter sçs. a combinaisons s et de. succhauffer ses foumeaui^ pour nous donner tout de snite un autse Heine* C'est un, vœu témévaire. Heine secalt gêné, et peut-être gênant. L'on, a sujet de douter que Voltaire, en 93, eût été^bon révolutionnaire.; peut^tre eùVil falk, commt

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à d'antres, lui « couper le 8i£Qet. » Et Henri Heine, si € cruel pour la sottise, » de quel œil pense-t-on qu'il regardccrait aujourd'hui ses continuateurs et même ses admirateurs? Au sourire divin du musagète, succéderait le ricanement du satyre.

Ce serait plutôt maintenant aux chrétiens de souhaiter qu'il s'élevât des Voltaire et des Henri Heine ; qu'il s'en élevât simultanément plusieurs ! Ou l'horreur de la sottise et de la putréfaction présentes les tirerait par force de la cohue impie, ou du moins ils nous vengeraient par les portraits qu'ils traceraient les uns des autres; ces portraits, que nous ne pouvons qu'adoucir, et que seuls ils sauraient rendre véridiques, en y multipliant les audaces de leurs mains imr pudentes et de leur langue efirontée

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