‹ Les odeurs de ParisChapitre 20 sur 71 · NOT,E · texte numérisé non relu

NOT,E

Un trop grand nombre de mes contemporains estiment le talent de M. Gautier pour que je veuiUe laisser croire que je le méconnais. Certainement, si j'étais chargé de classer son étude de Henri Heine, je ne placerais pas ce morceau dans les premiers rangs! Par incapacité de saisir la pensée du poète ou par honnête embarras d'avouer tout le charme qu'elle a pour lui et tout le bien qu'il lui veut, il s'arrête à con-

Aiérer la forme, et ne le fait pas en expert. Mais nous avons de lui quantité d'autres pièces moins manquëes. Il y en a beaucoup, le plus grand nombre, contre lesquelles je suis à peu près assuré de n'avoir jamais à élever la moindre critique. Cependant, je n'ignore pas tout. Sur la chaude recommandation d'un esprit charmant, j'ai lu son Roman de la Momie, où sont racontées les aventures surprenantes de la belle Tahoser, IBlle du grand-prêtre égyptien Pétamounoph, laquelle fut miraculeusement guérie d'une courbature par Moïse, peu de temps avant le passage de la mer Rouge; puis fort aimée de Pharaon qui périt en poursuivant les Hébreux; puis retrouvée toute fraîche ces jours derniers, en son tombeau, par un jeune Anglais qui la désembauma et s'enflamma du même amour que Pharaon, dont il brûle encore à l'heure qu'il est. C'est un travail de grande imagination! Je serais injuste si je feignais d'avouer que la partie descriptive est souvent d'une remarquable dextérité; un calque ne serait pas plus exact, et un moulage en plâtre n'aurait pas plus de relief. Pour la couleur, M. Gautier y excelle ; je n'ai nulle part rien vu de plus égyptien; le bleu et le vermillon surtout sont de première qualité. En somme, M. Gautier est un bon peintre de nature morte, et tout au moins un excellent photographe.

Mais, pal exemple, il est trop persuadé qu'il a des connaissances en matière d'art, de philosophie et de religion, et c'est ce qui me contraint de lui dire

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que les puissances de la photographie ne vont point si haut.

TIBULLE MOUTOIf.

Tibulle Mouton, à peine au sortir de Tenfanoe, lut les poètes nouveaux et sut qu'il avait du génie. Il ne le laissa point ignorer. Tout de suite il composa des vers dans le dernier goût. Ses parents^ d'abord charmés, connurent assez tôt qu'il ne feraient rien de lui. On le mit au collège, aux écoles spéciales, chez le notaire, chez l'avoué, dans le commerce, dans les chemins de fer; il ne réussit en rien qu'à produire des sonnets, toujours dans le dernier goût. Il y a vingt ans que cela dure, et Tibulle Mouton est présentement âgé de trente-cinq ans et auteur de mille sonnets. Pour ne rien déguiser, ce garçon est imbécile» Ses parents n'ont plus qu'une lointaine espérance, c'est de lui faire obtenir tôt ou tard un prix de l'Acadjémie française et .la croix d'Honneur. Lorsque TihuUe sera primé et décoré^ ils ne rougiront plus tant de l'éducatiox qu'ils lui ont fait donner avec un peu d'orgueil, et qui leur a coûté gros. Ils pensent même qu'ils le marieront honnêtement, parce qu'après tout il ne dissipe point son patrimoine et n'est nullement

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débauché. — L'on ne doit pas, disent-ils, le juger snr ses vers ; en vers, il est Tibnlle, mois en tout K. reste il est Mouton, et c'est* un véritable innocent, plut6t craintif, qui ne serait même pas bote et qui pourrait* figurer^ s'U n'avait cette déplorfd)le manie de se tenir toujours dans quelque coin à mâchonner des vers.

Yaid la dernière production de Tibulle» Je l'ai tiréed'un gros recueil tout plein de choses pareilles, où les^ poètes d'avenir paient leur gleire en attendflmt- le libraire qui les paiera. L'on voit 'qu'en effet Tibulle ne manque pas d'ordre, puisque sur le léger sou de poche qu'il tire de ses parents il a su économiser de quoi prendre un billet d'entrée pour huit sonnets t Or, les sonnets tiennent beaucoup de place à cause des titres et des blancs.

Les huit sonnets ont un titre général :

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