‹ Les odeurs de ParisChapitre 27 sur 71 · UN TRES-GRAND SAVANT · texte numérisé non relu

UN TRES-GRAND SAVANT

Nous avons la correspondance du fameux, du célèbre, du colossal Alexandre de Humboldt, qui vécut près de cent ans en pleine gloire, favorisé des hommes, des r(MS, du ciel et du Journal des Débats. Cette correspondance nous le met dans la main.

Alexandre de Humboldt fut un très-grand savant;

scmMB. ^8f(^

— seulcAidiit il ne «nt j»inan potvqptoiil^étah sctr la terre.

n arait beaneoiip d-esprit ; — senLement il élalt Fmssien ef il ae saraît pas s'emf êdier d'aroir beaucoup d'esprit.

Il éornnait des lettres charanantes ; — seulement il était extrêmement homme de lettres, et iltravaiBait beaueonp ses lettres pour qu'elles fassent plus diaarmantes et qu'on put les imprimer, «et eela est arrivé. -

Il avait le cœur hautain et fier ; — seulement il était chambellan du roi de Prusse, ee quU'obfigeeit de courber constamment son échme et* mène ecm cœur, et même sa tête.

n jouissaît des hommages que lui rendaient les rois, les princes, les gens de lettres et les journaux ;

— seulement il les trouvait bêtes, et le Journal des Débats même lui devenait quelquefois odieux, à caufte de la collaboration de M. Philarête Ghasles contre qui il avait une dent.

n était doué d'assez de mérite pour estimer peu son métier de chambellan et pour être fatigué de la Gour ; ^- seulement il ne pouvait s'en passer.

Tout lui réussit ; -^ seulement il s'ennuya beaucoup et il mourut dégoûté de la vie et épouvanté de la mort.

On publie après sa mort, «uivant son vœu, celte correspondance qu'il a éerite pour ressusciter un peu et se faire bien connaître. Elle le fcdt eonnattre en effet ; -^ seulement elle ne le ressasdte pas tont^fait

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si glorieux qa*il a vécu. Elle floulëve des maù, elle inspire peu de sympathie pour rhonune, elle fait surgir beaucoup de points d'interrogation touchant le philosophe, et même quelques uns touchant le savant.

Tant qu'il n'a que quatre-vingts ans, malgré les chers ennuis de la gloire, et les signes plus impatientants de la décadence, cela va encore. Il se moque encore des princes, des amis, des savants ; il se vante encore de penser à la Ville, un tantinet plus hardiment qu'il ne parle à la Cour ; il fait encore sa petite plaisanterie voltairienne et prussienne sur la vie éter* nelle:

a Un archi-chrétien me consulte pour savoir si je « crois que les âmes des animaux inférieurs sont a comprises dans la rédemption, si les punaiseç et les « mouches iront aussi en paradis. Elles me menacent « donc encore là-haut, et je retrouverai au del, chanc tant les louanges du Seigneur, les âmes de ces ani- « maux avec lesquels j'ai fait connaissance sur les « bords de l'Orénoque. b

C'est bien joli I mais les années se précipitent, la vigueur s'en va décidément, la mémoire faiblit, et il n'y a plus rien : a Je voudrais bien n'être pas dans a ma peau... Dans le désarroi de ma vie désolée, dans « ce temps de honte morale (!) je suis incapable de rapa peler mes souvenirs... Le soir de ma vie est bien 4L pénible et bien triste... »

Ainsi quatre-vingt-dix années d'existencoi la plus

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belle organisation pour savoir et pour voir, les plus beaux succès, les plus grands honneurs, et se coucher lentement tout entier dans la gloire comme le soleil dans la mer, — c'est un soir triste et une vie manquéel

Le rédacteur du Figaro , qui rend compte de la correspondance de Humboldt, termine par des réflexions dont l'expression est belle et le sentiment élevé :

a N'est-il pas remarquable que, dans la dernière

S hase de leur carrière, les grands esprits de ce siècle, éfaillants, désillusionnés, mordus ae doutes cruels, tombent dans le découragement, s'abîment en de suprêmes angoisses, confondent dans la même lamentation leurs propres destinées avec celles de leur temps, et poussent, avant de mourir, des cris de paons ou d'aigles blessés? »

a Qui sait? Peut-être est-il bon, pour la consolation des humbles, qu'une glorieuse vie ne soit pas dans son entier ime vie heureuse, et ne puisse, avec autant de justesse qu'une vie tout simplement honnête, être comparée par le poète au soir d'un beau jour. »

C'est très-bien; seulement Humboldt n'a pas été privé de ce que l'on peut appeler a une vie tout simplement honnête, » attendu qu'il n'y a rien de plus honnête humainement et de plus simple que de passer <{uatre-vingts ans à étudier, et cinquante de ces années d'étude à remplir les fonctions de chambellan près d'im roi d'Allemagne. Humboldt a été ignorant, voilà son malheur. 11 a ignoré la destinée et les devoirs de son àme. C'est de là qu'est venu l'assombrissement de

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00 soir que Dieu «lia vie Inî faisatent si beau, et ainsi s(* Tcrra fatalement assombrie tonte humble et honnête vie humaine qui sera menée avec le même oubli. Le malheur n'est pas de vîvi*e dans la gloire, il est de vivre dans l'ignorance de Dieu ; et cette ignorance est un crime, parce qu'elle est un oubli.

LE CÀRKAVAL DE LA SGIEIICE*

Alexandre de Humboldt s'amuse beaucoup du « carnaval de la science allemande. » Il eu fait ce joli tableau :

a C'était une chimie spéculative dans laquelle on ne se mouillait pas les mains ; exemple :

(( Le diamant est un caillou arrivé à avoir conscience de lui-même. Le granit, c'est Téther.

c( Le côté de la lune qui regarde la terre est autrement arrondi- que le côté opposé; la cause en est que la lune voudrait étendre vers notre planète ses bras amoureux, et que, ne le pouvant pas, elle contemple la terre en allongeant la mine.

a Les blocs de granit 6ur les rochers sont les tressaillements de la nature.

a Les forêts sont, comme on le sait, les cheveux de l'animal qui se nomme la terre; la partie. renflée de l'équataFor est le ventre de la natore.

<v L'Amérique est une forme femelle, longue, élancée, a<}ueuse, et au 48* degré froide comme la glace»

làk fKSXKCE, SC9'

''Les dégi^s de lâliftudé •sont des.cmnéeB; kiteinie est ^dUe à quarante-huit ans.

aL'Oilent est l'oxygène, rOccident est l'hydrogène ; il pleut quand ks nuages de TOrient se mêlent à ceux deTOccident. »"

« Enfin Bumboldt vint » et imt ordre à «es satv»

nales. Il entreprit une âisctusioa trèB-soignée du- globe

terrestre, et un inventaire exact desiorees de la na-

' ture. C'est le fameux Cosmos, ouvrage bien écrit,. du

moins en allemand.

Par malheur, une certaine ftiblesse de la vue prussienne, infirmité de naissance, ne lui ayant pas laïaié Hre le nom du Créateur organisateur de la natuve, Humboldt crut que la nature s'était créée elle-^mëme et organisée toute seule. — Et s'il connut cet ouvrier, alors il craignit de rencontrer plus savant que Husàboldt, et ne Tinterrogea point. — Peut-être aussi redouta-t-il de s'instruire plus que ne le pecmettaîent le roi de Prusse et le Journal des Débats.

Quoi qu'il en soit, la conséquence fut qu^un certain nombre de choses lui échappèrent. Notamment, il ne put mettre la main sur le principe moteur qui Haït que njnîvers n'est pas comme son Cosmos à faii, an squetette dstribué en une quantité de tiroirs, d'aittrars ing^neusement étiquetés.

Et la- question est aujourd'hui de savoir si ces<fbiis d*iiu^réfets, qui dimnaient au caillou la conseiense de •luiHaaême et à la hme des peines de eœur, étaient plus ioufl que les eacpérimentateurs d'aïqourd'hui, qui pté-

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tendent qne la natore s'est créée un jour, parce que sans doute elle s'ennuyait de n'être pas, et s'est ensuite organisée sans autre but apparent que de ne pas rester oisive?

Cette question ne vaut pas la peine de la débattre^ et en tout cas, ce n'est point moi qui m'en mêlerai. Je me suis toujours trouvé très-bien d'ignorer la phy* sique et la cbimie; j'en ai les idées plus claires, et je ne perds point de temps à changer de systèmes. Homboldt confessait (dans l'mtimité) qu'il ignorait où les hirondelles passent l'hiver : j'en sais donc sur ce point autant que lui. Que d'autres points où nos lumières sont égales I mais que d'autres points où je suis plus éclairé que l'Institut I Quand on saura où vont se chauffer les hirondelles, je ne tarderai pas d'en être informé, et je n'y tiendrai guère. Quand la chimie et la physique seront fixées, j'aurai toutes leurs conclusions pour quelques sous, et elles ne m'apprendront rien, si elles sont bonnes, que je ne sache déjà, puisque je sais que Dieu a créé le monde.

Mais, en attendant le détail, je crois, pour dire mon sentiment, que parmi les a savants » qui ne voient pas Dieu, les moins butors, les moins privés de l'instinct scientifique et les moins éloignés de la vérité sont ceux qui prodiguent l'àme, plutôt que ceux qui la nient; ceux qui donnent une àme au caillou et à la lune, plutôt que ceux qui refusent une àme à l'homme ; ceux enfin qui expliquent la cohésion du monde par l'amour, plutôt que ceux qui n'y voient qu'un système de con-

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trepoidfl et de ficelles. Car encore que Dieu ait tout créé avec nombre, poids et mesure, Dieu est amour et non pas mécanique.

Quelles idées supérieures parfois au fond de ces extravagances dont se moque le savant a positif I j» Eh ouil Dieu a donné aux astres, ses créatures, des bras amoureux par lesquels ils s'enlacent fraternellement pour former ce chœur immense de danses et de chants sacrés qui nous fait apparaître ses merveilles. Dieu a jeté une àme commime parmi tant de pièces d'un même ouvrage : cette âme des mondes est sa volonté qui^ à travers les espaces incalculables, règle le mouvement particulier de chacun, leur imprime le même mouvement général, les lie à une même action; et la poésie qui parle de leur mutuel amour n'est que l'expression élevée de la science, puisque, en effet, Dieu les créa pour s'assister dans une perpétuelle et invincible harmonie.

lE NOUVEL ORDIIE DU MONDE.

Un grand chimiste, même sénateur, exhortant certains écoliers, leur parla en ces termes, l'année que Galvaudin fut créé chevalier de la Légion d'honneur :

a Dans ce mouvement merveilleux qui anime la so-

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a ciélc nouvelle, ce ne sont pas les pius pressés ^oi « atteignent le but (?) ce sont les plus farts.

a Car jamais la pensée humaine n'eut' un champ e plus libre, une carrière plus étendue, une puissance « plus irrésistible. Les armes savantes décident du sort a des batailles »

Ces armes savantes qui viennent là tout de suite après la pensée et comme l'expression de la puissance la plus irrésistible, me renversent un peu en me montrant quel est décidément le but et quels sont décidément les plus forts.

Journaliste supprimé , je dois avouer que j'ai vu le temps où ma pensée avait le champ plus libre qu'aujourd'hui. Mais considérant que Galvaudin rédige les journaux officieux et brille dans la Légion d'honneur, je me disais : C'est Galvaudin qui est la a pensée humaine » : or, qui peut, en effet, résister au fort Galvaudin?

Cependant, si Galvaudin est plus fort que moi, les armes savantes sont plus fortes que Galvaudin; et cela ne laisse pas de changer le rang de la pensée dans la hiérarchie des choses modernes I

Galvaudin m'écrase parce que je crois en Dieu, le savant écrase Galvaudin qui croit encore à la pensée, et ce savant lui-même, qui fait les armes savantes, est écrasé par l'ignorant à qui il les remet. Je n'aperçois pas que la pensée ni même la science, cette grosse science qui crée les produits chimiques, soient placées au sommet de tout. Les possesseurs des armes

9 vantes, voilà les forts, et après eux, leurs flatteurs.

Mais le grand chimiste ne voit que des fleurs; il tourne au poète :

- c hes anaâes savantes décident du sort des batailles. Nos vaisseaux, animés par des machines puissantes et liodles, bravent les vents et les flots. L'industrie ne connaît phis d'obstacles ; le commerce ne connaît plus de distances, et trouve notre globe trop petit pour son ambition. L'agriculture abandonne ses procédés antiques ; elle rend sa«dignité à Fhomme ; elle en épargne les sueurs en lui donnant des esclaves de fer que la vapeur anime. Le microscope et la chimie ouvrent aux médecins une connaissance plus étendue et plus sûre de la nature et du jeu de nos organes.

it Ah ! oui, il faut connaître l'homme et ses devoirs, il faut apprendre à aimer la vertu et à maîtriser ses passions, mais il faut aussi envisager en face ces vaillantes forcée de la nature que notre siècle a découvertes, et qui, domptées par le génie, révèlent au' monde étonné qu'un ordre nouveau vient de naître : Novus rerum nascitur ordo, et qu'une civilisation plus large, plus hbre, plus indépendante et plus haute s'ouvre aux destinée» de rhumanité. »

Quelle ébuUition, et que ce grand chimiste est coûtent de sa chimie! Mais autant Francs que chimiste, il passe de la glorification de la chimie à la glorification de la France, reine du monde nouveau, — puiâqu'elle ne négligera pas la chimie i

a Travaillez, jeunes élèves, car votre place est marquée daps ce vaste entraînement! travaillez, maîtres aévoués, car vos leçons recèlent les germes d'où sortiront les épanouissements de cet avenir de force, de grandeur, d'éclat et de lumière que l'union des lettres et des sciences prépare à la patrie I

« Ah I pourquoi ne pouvez-vous pas aller au loin interroger les peuples qui la contemplent, cette patrie bien-aimée? Pour le point de vue, les distances produisent l'effet du temps ; ils vous parleraient le langage de l'histoire, et vous diraient quelle est et quelle restera dans le monde la place de cette France nouvelle à laquelle vous appartenez.

(( Héroïque oans les combats, désintéressée dans les alliances, toujours prête à la défonse de l'opprimé, fidèle à sa parole, esclave de la justice, prodigue de ses lumières, elle est redoutée de ses envieux, respectée de ses rivaux, presque partout aimée d'une sympathique affection, et jamais elle n'a mieux développé

sa puissance, son génie et son ardente activité

Travaillons/ travaillons/ Le mot d'ordre de la France, qui n'aime les lâches ni sur les champs de bataille, ni dans les travaux de la paix, le vôtre doit être toujours: Travaillons/ laboremusiit

Depuis sept ou huit ans que ce discours a été prononcé, on a fait dans le monde im certain usage des a armes savantes, b Elles venaient de coucher par terre quelques centaines de mille hommes en Crimée, sans rendre la Turquie plus solide et sans endommager beaucoup la Russie ; elles avaient endommagé l'Autriche à Solférino, sans confectionner entièrement l'Italie. £u Amérique, elles ont mis le Sud sous le

joug du Nord, moyennant une dépense de deux millions de chrétiens jeunes et bien en chair dont les ossements sont en train de produire tout autre chose que des balles de coton. Elles ont facilité le voyage do Pékin,'^Iequel nous a valu le musée chinois, qui n'est point le plus curieux du monde. Elles ont procuré la destruction de plusieurs villes sur divers points du globe, de façon à montrer la bénignité des anciens tremblements de terre. Enfin, elles ont démoli TAutriche et élevé la Prusse, et au total, par leur concours, une dizaine de nations sont mortes, présageant le destin de tout peuple qui ne se montrera pas a le plus fort » d'ici à très-peu de temps.

J'ai demandé aux manufacturiers: — Est-ce que l'industrie ne connaît plus d'obstacles? Ils ont répondu : — Si fait! Il y aie jeu des armes savantes, la brutalité des ouvriers, l'encombrement des produits, les déloyautés de la concurrence.

J'ai denifindé aux commerçants : — Ne connaissez- TOUS plus de distances? Ils ont répondu: — La distance entre l'ancienne probité et les mœurs actuelles a pris des proportions inouïes et invincibles.

J'ai demandé aux agriculteurs : — Votre dignité d'homme vous est donc enfin rendue ? Êtes-vous contents de vos a esclaves de fer que la vapeur anime ? » Ils ont répondu ; — Nous n'aurions jamais deviné qu'un chrétien perdit de sa dignité pour conduire sa charrue à l'ancienne mode ; et encore aujourd'hui nous croyons que le valet de ferme qui observe les comman

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déments de Dieu et de fÉglise est tm homme plos digne qne le sénateur qui ne les observe pas. Du reste les campagnes se dépeuplent pour remplir les villes de cabaretiersi de laquais et de filles à tout faire. Le luxe gagne beaucoup, Tivrognerie beaucoup, Timmoralité beaucoup, et l'impiété, et Tenvie et la misère davantage encore. Quant aux a esclaves de fer, 9 leur fumée n'a pas la fécondité de la sueur chrétienne ; cette sueur contenait im principe de vie que la chimie n'a point connu. Et aux jours des grandes angoisses et du grand jeu des armes savantes, les esclaves de fer ne vaudront pas ces bras qui jadis défendaient, parcelle à parcelle, le sol sacré.

J'ai demandé aux médecins : — A présent que vous avez la chimie et le microscope, vous moquez-vous de la mort? — Us ont répondu : — Nous ne nous moquons bien que de la vie; mais le choléra, la diplomatie et les armes savantes sont plus moqueurs que nous.

J'ai dit aux soldats : — Tous avez des armes savantes, vous êtes sûrs de la victoire I Us ont répondu : — Pas du tout! Les autres peuvent avoir des armes aussi savantes ou plus savantes, et personne n'est sur de rien. D'ailleurs, le siècle est charmant, les casernes sont vastes et aérées, l'on se rend à la bataille en voiture, sans cahots et sans ampoules, et l'ordinaire de campagne tend à se bonifier : deux plats de viande, un de légumes, du vin, huit cigares par homme, le café et ses accessoires! Mieux vaut, à ce prix, conquérir la terre que la cultiver.

Là. SCIENCB. 327

De plus méditatifis ont ajouté : — Le monde, comme dit le chimiste, devient petit pour l'ambition du commerce; il le devient aussi pour l'ambition du soldat. Bientôt le monde pourra tenir dans la main d'un seul homme. Savez -vous que ce seul homme aura de beaux commandements à donner! Il ne nous reste qu'un vœu à fcûre : c'est que a Thonmie » ne soit pas- Prussien.

Suivant le conseil de l'illustre chimiste, j'ai porté mes regards par delà nos frontières, et j'ai interrogé les peuples : — Parlez-moi comme pariera l'histoire, parlez-moi de cette Frsmce nouvelle, ma patrie et celle du fort Galvaudin. Je sais qu'elle est hérûlqoe dans les combats, désintéressée dans les alliances, toujours prête à la défense de l'opprimé, fidèle à sa parole, esclave de la justice, redoutée, req»ectée, aimée. Tous les caporaux et Limayrac l'avaient dit avant le grand chimiste, Limayrac et tous les caporaux le répètent tous les jours; mais ce sont de ces choses qui plaisent encore plus en langue étrangère...

0 surprise! Le Russe afiectait de ne pas entendre; l'Anglais disait que le Prussien venait de gagner une belle partie, et que Tltalie était belle fille; le Prussien retroussait superbement sa moustache très-épaisse, regardant l'Alsace par-dessus la Bavière à genoux; et ritahen lui-même, tordant avec insolence sa barbiche, jetait sur Nice des yeux roulants capables d'efirayer Monaco.

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Déconcerté par cet accueil des forts, je me tournai vers les faibles, vers les opprimés, vers ceux qui ont crié justice et demandé protection; vers le Liban, vers la Pologne, vers Rome... Mais ils étaient morts.

Je conclus que peut-être le grand chimiste a vu sous des couleurs trop riantes le novus ordo rerum qu'il annonçait aux collégiens de Paris il y a sept ou huit ans. Tannée que Galvaudin fut créé chevalier de la Légion-d'Honneur.

Novtis rerum nascitur ordo I Ainsi chantait Virgile, divinement averti que le Christ allait paraître à l'horizon de l'humanité. Mais vous avez beau dire, chimiste, et vous aurez beau faire : le Christ se retire, et ce qui revient à sa place ne donnera pas sujet de chanter.

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