‹ Les odeurs de ParisChapitre 28 sur 71 · LES ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

LES ÉCONOMISTES

n existe une grande et importante Société d'Économie politique qui publie un journal pour l'avancement de la science. On voit dans ce journal que la Société est divisée en trois partis formant trois écoles, le passé, le présent, l'avenir. Ils sont peu d'accord et ne laissent pas de se gouverner assez gaillardement.

La question qui s'agite entre eux jusqu'aux dernières chaleurs, est celle-ci :

Qu'est-ce que l'Économie politique ? .

L'économiste ancien, le Tieux d'il y a vingt ans, répond : L'Économie politique a des principes : elle est une science.

Le postérieur, l'économiste régnant, homme de transition, dit : L'Économie politique repose certainement sur des principes ou plutôt sur un principe, celui du progrès. Or, ce principe ruine à jamais la solidité de tous les autres; il empêche donc que l'Économie politique puisse être une science : elle est une étude.

Le novateur, l'économiste de l'avenir, aimerait mieux mourir que renoncer au progrès. Mais il est narquois et la démolition Tamuse. 11 se sert du a prin cipe » du progrès pour démolir l'Économie politique. Voici comme il raisonne :

Le principe du progrès empêche que l'Économie soit une science et la réduit à n'être perpétuellement qu'une étude ; or, l'étude des faits amène à constater leur contradiction et à les faire tomher les uns sur les autres ; donc l'Économie politique est en résumé et en réalité... une blague/

C'est là ce qui fait pousser de beaux cris dans la docte réunion. Mais, au fond, les a principes » ne tiennent pas contre l'étude, et l'étude n'aboutit à rien.

n me parait que les économistes sont les mêmes

âaO LIVHE T.

gens qui faLsaient autrefois des bonts-rimés, des madrigaux et des charades djsms le Mercure. L'Économie exige les mêmes aptitudes et les mêmes lumières, mais elle est moins innocente.

Leur fameuse société, telle qu'elle se peint dans on journal, est une îraction de l'immense cour du roi Pétaud. Ils se répètent sans fin et sans souci, se contredisent sans se comprendre et même sans s'écouter, «"invectivent au mépris de toute littérature. Monsieur Chose dit à Monsieur Un Tel : Vous faites des iruùmes/ Monsieur Un Tel répond à Monsieur Chose : Votre blague n'est pleine que d'âueries ! Et ils sont tous assez <k)ntents de la façon dont ils mènent la polémique.

Cependant ceux qui ont un peu d'esprit finissent par se faire mettre dehors. Ces outres sont en fort ctiîr, et ne craignent pas le coup de poing, mais elles ont observé que le moindre coup d'épingle les dégonfle.

Entre les économistes sérieux, il y a encore le grand combat sur les deux principes de Halfims : Sont-ils vrais; ne le sont-ils pas ?

Est-il vrai que les substances ou la richesse croit en proportion arithmétique, tandis que la population croit en proportion géométrique?

Les purs disent oui ; d'autres, en grand nombre, disent oui pour l'un, non pour l'autre, mais il y a beaucoup de confusion parmi eux, car ceux^ disent

oui au premier, non au second, et ceux-là oui au second, non au premier; d'autres disent oui et non ; d'autres un peu oui, un peu non ; d'autres non partout.

La conclusion de Malthus sur ses a principes, » c'est qu'il laut limiter la population. Or le seul hoBame que l'Économie politique ait produit en dehors des catholiques, dont ces niais contestent la coo^pétence, le seul qui leur ait imposé généralement le respect est Rossi. Q commence son cours en disajot qu'il faut exclure les axiomes qui coaidamnent/la morale. Par là tout Malthua est renversé.

Mais qu'est-ce que cela £ait aux malthusiens purs;, et à la plupart des autres? Us demandent ce que c'est que la morale. La morale est-elle une scienceJ est-elle une étude? est-elle une blague?

Il fout voir conmient, au nom de l'intérêt public, le chef des malthusiens purs tranche la question par le fait, et où il arrive I

. Les sous-préfets et les hobereaux de la classe moyenne, avocats, notaires, gens retirés, Usent beaucoup ees sottises et en soat fort imbibés.

LB DROIT D'AiNBSI&

Le premier-né est particulièrement le fils de la force, le fils de Tamour, le finiit de la bénédiction, l'enfant voulu et attendu. Il porte le premier les espérances de la famille. Lorsque les autres viennent, il les connaît le premier, il est leur premier appuis leur première joie. Rien qui soit plus dans la nature que ledroit du fils aîné.

M. Coquelet abhorre le droit d'aînesse. Il le trouve contraire à la sainte égalité, contraire à la famille, contraire à l'himianité. — Quoi I l'un de mes fils aurait des privilèges I Quoi ! l'un de mes fils serait riche et les autres pauvres I Ne sont-ils pas tous mes enfants, n'ont-ils pas une égale part de mon cœur ? — Et qui vous défend d'aimer également vos enfants, Coquelet? — Puisqu'ils ont égale part dans mon cœur, qu'ils aient donc une égale part dans mes biens !

Ainsi déclame Coquelet, avec beaucoup d'attendrissements.

Coquelet est humanitaire, dévoué au salut commun, prêt à soufirir et à mourir pour les peuples. Mais il ne comprend pas que la société puisse, dans l'intérêt conunun, lui imposer un règlement quelconque qui

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gênerait sur un point quelconque un mouvement de a son cœur, o

Si Coquelet raisonnait jusqu'au bout, il s'en voudrait mortellement, lorsqu'il a déjà un enfant, d'en produire un second, et plus encore lorsqu'il a deux enfants, df s'en donner un troisième. Et s'il en a quatre ou cinq, c'est un crime dont il ne peut s'absoudre et dont ei. général les premiers-nés ne l'absolvent pas, car chaque frère qui survient ôte quelque chose de la part des autres pour n'avoir lui-même qu'une part minime. Puisque Coquelet ne se croit pas le droit d'ôter à tous pour donner davantage à un seul, — moins dans l'in* térét de ce seul, que dans l'intérêt de la société qui requiert cet inégal partage — comment se permet-il d'ôter aux existants, à deux ou trois, pour éparpiller entre plusieurs et les réduire tous à presque rien ?

Avant de vous, exposer à devenir père d'un troisième, d'un quatrième, d'un cinquième enfant, avez* TOUS pris. Coquelet, toutes les mesures pour former et conditionner celui qui viendra bien exactement comme ceux qui sont venus ? Vous êtes-vous arrangé de manière que ce nouveau ne soit ni plus ni moins doué de force, de beauté, d'intelligence, et que le caprice insolent de la nature, morguant cette belle égalité où votre raison aspire, n'aille pas créer des privilèges parmi vos chers enfants ?

Téméraire, homme injuste, père dénaturél Tu t'exposes à procréer un fils qui aura un pouce de plus que ses frères, qid sera plus adroit, qui fera une plus

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belle fortnnel Ta vas mettre au monde mie fille d*esprit et de jarret qui pourra devenir première écuyère au Cirque-Impérial, tandis que sa soeur, d'une àme timide, d'une intelligence paresseose, d'une figure commune peut-être, ne sera bonne qu'à enfouir da^ uncouyentl...

J'ignore si Coquelet se laisse atteindre par ces scrupules; mais je vois qn*îl agît font comme.

Dans rap[M*éhen8i<Hi sans doute d'avoir des enfants inégalement partagés du oMé des dons naturels, ou d'avoir trop d'enflGmts pour les pouvoir établir tous aussi haut que lui, il va au plus sûr. il borne la fécondité de Madame Coquelet. Il vient un fils, il vient une fille ; il n'a que ce qu'il faut de bien pour que Monsieur son fils puisse acheter une charge et Mademoiselle sa fille un mari, c'est assez, restons-en là.

Et il n'en vient plus. Ceux qui auraient pu survenir demeurent. Non que Coquelet les condamne à la mort, il est trop régulier et trop humain pour commettre un pareil crime ! Il les condamne simplement à la privation de la vie.

C'est ainsi que Coquelet, sans abaisser sa fierté devant les lois de Dieu et sans transgresser les lois humaines, se procure les avantages du droit d'aînesse et sait pourtant en écarter a l'abus et l'horreur. D

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