PETITE DÉCOSVENUE BB LA SCIENCE
n y a un docteur Le Bon qui ne me semble pas du tout méchant homme. Le docteur Le Bon a des idées à lui, c'est-à-dire à d'autres, qui ne s'accordent nullement atec l'enseignement chrétien. Il croit que le monde existe depuis des millions d'années et s'est fait tout seul. Je dis qu'il le croit, parce que je vois qu'il le dit. Quant à ses raisons de le croire, je les ignore, et lui aussi probablement. Mais il est comme cela. Il a lu Renan, il a eu des maitres, force est bien de s'en rapporter à quelqu'un. Quelqu'un sans doute aussi lu* a soufflé qu'il faut aimer les hommes , et il s'en est rapporté à ce quelqu'un-là, malgré certaines expériences qui conseillent le contraire et qui sont bien aussi solides que les expériences par lesquelles il est établi que le monde s'est fait tout seul en plusieurs millions d'années.
C'est pourquoi le docteur Le Bon incline à la philanthropie, douce pente des belles âmes. — Qu'est-ce que c'est qu'une belle âme, docteur Le Bon, et même qu'est-ce que c'est qu'une âme? et pourquoi voyonsnous {voyons est une façon de parler) des âmes qui sont belles, et des âmes qui ne sont point belles?...
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Le docteur incline à la philanthropie, il dit toutes sortes de choses honnêtes en faveur de Thumanité ; il lui suggère cent clystères qu'elle pourrait prendre pour se rendre heureuse ; il remplit ses feuillets de patenôtres très-dévotes adressées au dieu Progrès. Ça ira, ça irai II multiplie cet acte de foi, mais il nourrit bien en lui certains petits doutes. Car ce dieu Progrès est un dieu lent et taquin, qui ne laisse pas de berner ses fidèles.
Le dieu Progrès, dieu du docteur Le Bon, — force est bien d'avoir un bout de dieu I — joue parfois au pauvre monde des tours déconcertants. Il a des inventions qui menacent de ne pas réussir du tout. En France, par exemple, — en France où ce diable de dieu possède tant d'autels entourés de tant de prêtres occupés sans relâche de procurer le bien de chacun et la puissance générale, — la population ne progresse pas; nous n'acquérons pas le nombre, ni peut-être la puissance f On fait pourtant ce qu'il faut. La France réalise un progrès par jour, im progrès par heure... Mais c'est la Prusse qui fabrique des hommes et qui gagne du terrain.
Le progrès de l'amusement, le progrès de la locomotion, mille autres progrès qui s'engrènent et qui tiennent à mille autres, ont amené des choses étranges. Ces jours derniers, le docteur Le Bon, d'après un autre docteur, écrivait ceci, en lettres itaUques :
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c Je doute qu'en Chine, ou Pon tue tout tranquillement les petits enfants qui sont en trop grand nombre, le massacre des enfants nouveaux-nés puisse jamais être aussi complet que test, dans certaines communes de notre France civilisée, le massacre des enfants-trouvés ou celui des nourrissons, »
Un autre docteur avait dénoncé le mal en 1846^ le trouvant dès lors si criant qu'il jugeait a impossible qu'on tardât encore d'y porter remède, o Hais il a fallu vaquer sans doute à d'autres soins, et le docteur Le Bon calcule que, a depuis cette époque, trois cent mille nourrissons ont succombé aux environs de Paris sevdement. » Il ajoute : a Plus de victimes que n'en font la guerre, le cboléra et tous les fléaux réunis. »
Yoilà un progrès I
Notez que la cause de cette mortalité était parfaitement connue, il y a plus de vingt ans. Ce sont les nourrices qui font cela, et un peu les pères et mères qui trouvent de la commodité à prendre ces sortes de nourrices. La plupart du temps, parents et nourrices s'inquiètent peu que le nourrisson meure. Quelquefois on s'en arrange.
C'est fait exprès I
Il existe dans Paris quantité de bureaux de nourrices, où r<m reçoit indistinctement toutes les nourrices qui se présentent. Ces bureaux les fournissent aux parents qui en demandent, et les parents les prennent de bonne foi comme les bureaux. Les bureaux trouvent d'ailleurs sans difficulté des médecins qui certifient que le lait
est bon* — c J'ai t«, disait à l'Académie M. Chevalier, « ime fexame qui avait à elle seule sept nouirissoiis « et n'avait ni hdt ni vacbe 1 1 » liais elle avait aan ocztîficaA.
n y a d'autres détails :
Les nourrices sont ramenées de Pcuis dans des charrettes où elles s'entassent avec les nourrissons, a et les braves femmes ne se font aucun scrupule a d'échanger leurs élèves. » Le docteur Le Bon ^gaye ce trait d'une petite observation malicieuse: a — Gomme il ressemble à son père ! dit la maman a confiante , lorsque , par un hasard heureux , elle « revoit le marmot qu'elle croit être le sien, b
C'est d'une gaité folle !
Autre bon tour de nourrice :
Privé de soins, abandonné à tous les hasards, mal nourri ou point du tout nourri, l'eufant meurt. La nourrice envoie aux parents des bulletins de santé, et continue de recevoir leur argent.
a Un grand nombre de nourrices vont prendre sans cesse des enfants à Paris, et n'en ramènent jamais. Le (iocteur Broefaard cite deux communes du département d'Eure-et'-Loic où les nourrissons meurent tous. U aidait même, toujours d'après ce médecin, qu'il y a es nourrices dont la réputation est tellement établie, queiks sont trh^tchenkées de certaines nuDs<MiB de J« capitale«.
LA SCIBNCB* am*
« Le docteur Brochaid engageait u]i.]BBÎre, membre
du conseil d'arrondissement, à s'opposer à l'exploitation immorale des nourrissons, dont les cadavres, suivaiil sa propre express»», pavaâent son cimetière.
— Je sau bien, répooidit Fadministrateur, f«e ces enfants sont voués à la mort; mais que voulez-vous, c'sst